NoƩmie Griess, au plateau et au micro

J'AI DEUX AMOURS (II) Parce qu'il vaut mieux avoir plusieurs cartes dans son jeu, certain.e.s comédien.ne.s doublent la mise en matière d'activités. Pour le deuxième épisode de sa série, Laure Hirsig rencontre Noémie Griess.

ComĆ©diennes et comĆ©diens de ce feuilleton ne sont pas Ć  demi-passionnĆ©s, mais doublementĀ ! ParallĆØlement Ć  leur mĆ©tier d’interprĆØtes, ils se consacrent pleinement Ć  une autre pratique. Choisir, c’est renoncer. Eux dessinent un troisiĆØme territoire, Ć  l’image de leur curiositĆ© et de leur complexitĆ©, où leurs deux Amours peuvent s’ébattre en toute libertĆ©.
Voici les anti-dilettantes, ouverts sur le monde, dont les tĆ©moignages tordent le cou Ć  un solide prĆ©jugĆ© sur les comĆ©dien.nes. AbsorbĆ©s par la contemplation Ć©bahie de leur nombril hypertrophiĆ©, ces ĆŖtres Ć©thĆ©rĆ©s planeraient au-dessus du rĆ©el, captifs volontaires d’un monde parallĆØle, ou insouciance rime avec indolence. Rien n’altĆØre la surplombante rĆŖverie dans le cœur Ć©goĆÆste de la tour d’ivoire où ils se terrent. PlanquĆ©s dans la fiction, actrices et acteurs s’épargneraient les alĆ©as de la rĆ©alitĆ©. Ces indĆ©crottables Narcisses font de l’exhibition profession de soi et de foi. LogiqueĀ : l’ego gonfle sous les projecteurs, voilĆ  un phĆ©nomĆØne thermique bien connu. Être ou paraĆ®tre, c’est comme boire ou conduireĀ ; il faut chois… StopĀ !
Les idĆ©es prĆ©conƧues sur les « théâtreuxĀ Ā» ont la dent longue et la peau Ć©paisse. Soyons aussi coriaces qu’eux pour les contrer. Femmes et hommes de théâtre ne sont pas d’immuables monolithes. Leurs champs d’action contribuent, au contraire, Ć  opĆ©rer des changements concrets et pacifistes au sein de la sociĆ©tĆ© civile.
Je suis partie à la rencontre de polytalentueux qui ont accepté de dévoiler la face cachée de leur lune de miel avec un deuxième amour.

Barrio Colette©Laureat Bakolli

Qu’elle soit bottĆ©e de patins Ć  roulettes, apparition cauchemardesque en combi intĆ©grale Ā« lĆ©opard Ā», ou dancing-queen en justaucorps flamboyant, NoĆ©mie Griess dĆ©boule sans vergogne sur les plateaux et derriĆØre les micros. Ses deux histoires d’A. se dĆ©clinent en Ā« o Ā» ; fritto-misto caliente associant au croustillant d’un théâtre fortement incarnĆ© le fondant d’une musique-pop irisĆ©e.
ƀ l’aise sous toutes ses formes, ayant rĆ©ussi l’amalgame de l’humour et du charme, voilĆ  une minette qui pousse la chansonnette toujours plus loin, quitte Ć  secouer le cocotier des empoussiĆ©rĆ©s de la comĆ©die musicale, genre auquel elle instille un zest de tragĆ©die et d’ironie. Les dĆ©boires du marchĆ© de l’emploi et les acrobatiques stratĆ©gies dĆ©ployĆ©es pour y survivre, voilĆ  le genre de dĆ©senchantement que NoĆ©mie chante et danse avec toute l’espiĆØglerie qui rend les galĆØres presque jolies.
Son sourire diablotin masque un cœur tendre. Si bien que, sur la voix comme sur le regard passe, par-ci par-lĆ , le voile d’une Ć¢me nuageuse. Si parfois le rimmel coule, c’est pour dĆ©couvrir une flamme plus vacillante derriĆØre l’éternelle pĆ©tillante.Ā Pour l’heure, nous partageons un cafĆ©-cuisine plein de souvenirs et de projets.

Quel métier rêviez-vous de faire enfant?

- Je me souviens trĆØs bien qu’à l’âge de 5 ans, je voulais devenir pianiste. Mon premier morceau Ć©tait exclusivement composĆ© de do / do / do... Je jouais en boucle, alors mes parents m’ont inscrite Ć  un cours. Mon dĆ©sir Ć©tait profond, pourtant l’idĆ©e m’a quittĆ©e, sans que je sache pourquoi. En tout, j’ai suivi 14 ans de cours mais, si je ne pratique pas, je perds vite. Pendant le premier confinement,Ā je me suis achetĆ©e un orgue des annĆ©es 70 que j’ai installĆ© dans ma chambre. Je chante en m’accompagnant avec. Cela me reconnecte autrement avec le clavier.

Comment le théâtre vous a-t-il percutée ?

- Par hasard. CĆ“tĆ© scolaritĆ©, j’étais un peu perdue. ƀ l’ECG – Ɖcole de Culture GĆ©nĆ©rale – j’ai eu la chance de rencontrer un prof de théâtre, Monsieur Meister, qui est malheureusement dĆ©cĆ©dĆ© depuis. Il nous faisait travailler l’impro, puis m’a proposĆ© d’intĆ©grer un cours supplĆ©mentaire le mercredi avec 2-3 autres Ć©lĆØves. J’ai commencĆ© le théâtre avec lui. Au bout d’un an, comme j’étais toujours aussi perdue cĆ“tĆ© Ć©tudes, il m’a soufflĆ© : Ā« Fais une Ć©cole de théâtre Ā». J’ai rĆ©pondu : Ā« Oui, pourquoi pas ! Ā» et je me suis inscrite Ć  l’école Serge Martin. J’ai arrĆŖtĆ© au bout de 6 mois, partiellement Ć  cause de problĆØmes de famille mais aussi parce je me sentais larguĆ©e. Le travail corporel ne me dĆ©sarƧonnait pas car j’avais fait 10 ans de danse. Par contre, je manquais d’expĆ©rience avec le texte. Je dĆ©barquais comme une fleur, avec quelques mois de cours de théâtre hebdomadaire suivis dans le cadre scolaire. J’avais 18 ans Ć  peine et Ć©tais dĆ©scolarisĆ©e depuis mes 14 ans. Serge Martin m’impressionnait intellectuellement, la volĆ©e que j’intĆ©grais Ć©tait nettement plus Ć¢gĆ©e que moi. Du coup, je ne me sentais jamais assez intelligente, jamais assez cool. J’avais l’impression qu’il fallait ĆŖtre hyper politique puisque j’étais dans une classe de gens engagĆ©s. J’arrivais sur scĆØne... tĆ©tanisĆ©e. C’était horrible, je ne comprenais pas ce qu’il fallait faire, ni ce qu’il fallait raconter. C’était uniquement le plaisir du jeu qui m’avait poussĆ©e Ć  m’inscrire mais je peinais Ć  le retrouver tant je me sentais dĆ©calĆ©e. Au bout de 6 mois, j’ai arrĆŖtĆ© le supplice. Serge m’a dit : Ā« Si tu veux revenir l’annĆ©e prochaine, la porte est ouverte Ā». J’ai rĆ©flĆ©chi, pris du recul et suis revenue l’annĆ©e suivante. La classe que j’ai alors intĆ©grĆ©e me convenait davantage. L’ambiance y Ć©tait plus lĆ©gĆØre, nous rigolions beaucoup. Moi aussi, j’avais changĆ©.

Pourquoi, comment et quand a commencƩ la composition de chansons ?

- J’ai l’impression que la musique et le rĆŖve de devenir chanteuse ont toujours Ć©tĆ© lĆ , de maniĆØre latente. Les murs de ma chambre Ć©taient recouverts de posters de chanteuses. À l’école Serge Martin, nous travaillions la voix avec Chantal Bianchi mais j’ai appris Ć  chanter sur le tas. J’ai dĆ©couvert que j’en Ć©tais capable en travaillant au Palais Mascotte pendant mes Ć©tudes chez Serge Martin. LĆ -bas, on m’a fait chanter de temps en temps.
Une autre Ʃtape a ƩtƩ ma rencontre avec la comƩdienne Judith Goudal. Nous adorions chanter ensemble, puis avons commencƩ Ơ Ʃcrire des chansons en buvant du vin. Nous avons dƩcrochƩ un premier concert. Quelques autres ont suivi.
Et le théâtre, bien sĆ»r, m’a permis de convoquer le chant. J’ai toujours Ć©tĆ© attirĆ©e par le théâtre musical. En 2018, j’ai crƩƩ une comĆ©die musicale, Recherche d’emploi, qui pose un regard grinƧant et humoristique sur le monde du travail. Nous Ć©tions quatre sur scĆØne. Ambition World Tour est une version plus lĆ©gĆØre que j’interprĆØte seule. J’ai conƧu les morceaux de ces spectacles avec le musicien Donatien Roustant, mon ex-compagnon. J’esquissais une mĆ©lodie. Lui, qui est trĆØs douĆ© pour les arrangements, en dĆ©veloppait la composition. C’était comme un jeu, nous procĆ©dions par Ć©tapes. Ƈa fait clichĆ©, mais, en plus de cette envie puissante de chanter qui ne me lĆ¢che pas, ce sont clairement des rencontres qui m’ont guidĆ©e.
Le projet musical que je mĆØne actuellement rĆ©sulte de ma rencontre avec Robin Girod, musicien et producteur. AprĆØs m’avoir vue dans Ambition World Tour Ć  la GraviĆØre, il m’a proposĆ© une journĆ©e de studio avec des musiciens : Ā« Tu seras gĆ©niale comme chanteuse avec un band Ā». Nous avons faitĀ deux chansons dont FaƧon FaƧon, suite Ć  quoi il m’a proposĆ© d’intĆ©grer son label Cheptel Records. Je ne me pose pas beaucoup de questions lorsque je sens que ce qui se prĆ©sente coĆÆncide avec mon envie. Je ne me demande pas si je suis capable ou pas ; j’y vais ! Au pire, c’est pourri. Si je n’essaye pas, je n’avancerai pas. J’ai donc proposĆ© Ć  mes deux meilleurs amis Anissa Cadelli et Nicolas Scolari de me rejoindre. C’est ainsi qu’est nĆ© notre groupe Barrio Colette. Nous travaillons en trio. L’impulsion peut donc venir de l’un de nous trois. Par exemple, la chanson Filles GarƧons qui est rĆ©cemment sortie en clip* s’est construite sur l’impulsion d’Anissa qui est arrivĆ©e avec les paroles et les accords. Nicolas et moi avons composĆ© les arrangements, mais lui ou moi pouvons Ć©galement amener la matiĆØre qui va servir de base Ć  une chanson. Nous avons sorti il y a quelques jours notre premier EP intitulĆ© Amour de Vivre.

Comment qualifiez-vous la musique que vous faites?

-Ā Mmm... Pop-rock ? Ƈa parle Ć  tout le monde. Ou pop underground ? Dans l’absolu, j’aimerais bien inventer un nouveau nom de musique. Je vais y rĆ©flĆ©chir.

Quelles Ʃtaient les chanteuses sur vos posters de chambre d'adolescente?

- (silence) La honte... Jennifer. Ā« Au soleil, lalala... Ā» (rires). Non, mais Ƨa c’était seulement ado !

Je vous imaginais plus rock?

-Ā Non non, je ne suis tellement pas rock ! Moi, j’aimais les Destiny Childs, Beyonce a Ć©tĆ© mon obsession comme tout le monde. Je n’ai pas eu d’entourage bobo pour me dire ce qui est bien ou pas. J’écoutais Anastasia, CĆ©line Dion et tous les tubes du moment Ć  la radio. Petit Ć  petit, j’ai dĆ©couvert d’autres types de musiques, mais Ć  la base, j’écoute de la variĆ©tĆ© extrĆŖme.

 

Recherche d'emploi Ā Ā© Neige Sanchez Ā 

" Tu peux aimer une chanson sans avoir de culture, d’érudition, de connaissances spĆ©cifiques, sans mĆŖme parler la langue. La chanson est plus accessible que le théâtre et j’ai aussi l’impression qu’il y a moins d’ego dans le monde de la chanson que dans le milieu théâtral."

Ambition World © Greg Clément

Qu’est-ce que la chanson vous apporte d’unique ?

- Je crois que c’est plus simple pour moi de chanter que de dire... Pour dire un texte, je rĆ©flĆ©chis Ć  l’interprĆ©tation, aux intentions alors que quand je chante, l’élan vient directement du ventre. Je me pose beaucoup moins de questions, comme si j’entretenais un rapport Ā« naturel Ā» avec la chanson. Par ailleurs, la chanson nous rallie Ć  la famille, aux amis. La musique est tout le temps lĆ , pendant les repas, les fĆŖtes.
Ma grand-mĆØre, qui vit en Espagne, chante du flamenco traditionnel en cuisinant, c’est magnifique. Je l’écoute avec admiration. Elle aussi Ć©coute ce que je fais et dit: Ā« Ah, que bonito ! Ā». Mais elle ne comprend pas les paroles car elle parle exclusivement espagnol. C’est Ƨa que j’adore avec la musique. MĆŖme si tu ne comprends pas, les sons et les Ć©motions sont accessibles. Je parle hyper mal l’anglais pourtant j’écoute tout le temps des morceaux en anglais. Tu peux aimer une chanson sans avoir de culture, d’érudition, de connaissances spĆ©cifiques, sans mĆŖme parler la langue. La chanson est plus accessible que le théâtre et j’ai aussi l’impression qu’il y a moins d’ego dans le monde de la chanson que dans le milieu théâtral.Ā Enfin, ce que la chanson m’apporte d’unique est tout simplement ce plaisir fou que j’éprouve Ć  chanter. ƀ force d’avoir en permanence envie de chanter, il m’a semblĆ© Ć©vident qu’il fallait m’y dĆ©dier concrĆØtement.

Vous parlez d’accessibilitĆ© pourtant la chanson suppose une combinatoire complexe qui associe le mot, le rythme, la note.

- Peut-ĆŖtre que cette complexitĆ© me correspond. Au fond, j’adore les contraintes. Lorsque je chante, je me sens comme dans un cocon. D’ailleurs, je me sens moins Ć  nu en chantant qu’en jouant. Lorsque je chante, tout Ć©mane des choix que je fais, du coup j’assume complĆØtement. Cela me questionne moins que d’essayer de comprendre ce qu’un.e metteur.e en scĆØne attend de moi. Comme je suis un peu parano, il m’arrive de sur-interprĆ©ter des indications jusqu’à me prendre la tĆŖte pourĀ ĆŖtre sĆ»re d’avoir bien saisi ce que l’on attend de moi. La chanson ; c’est Ć  moi. Personne ne peut rien me dire, Ć  part mes deux collĆØgues, avec qui on est sur le mĆŖme plan. Avec eux, Ƨa coule comme une Ć©vidence.

Qu’amenez-vous du théâtre dans la chanson ?

- Le théâtre m’incite Ć  Ć©tirer mes idĆ©es dans les chansons. La musique est trĆØs spontanĆ©e. Le théâtre m’a habituĆ©e Ć  une forme d’exigence de sens et de mise en perspective des idĆ©es. Du coup, lorsque surgit une idĆ©e de chanson, j’essaye de convoquer le mode de pensĆ©e qu’on applique au théâtre. Que veux-tu faire de ton idĆ©e ? J’essaye de lier mes deux passions Ć  cet endroit-lĆ .
Je pense qu’un groupe de musique comme La Femme Ć©tire aussi ses idĆ©es. D’ailleurs, leurs lives sont mis en scĆØne. Je crois que c’est cet aspect du théâtre que j’aimerais amener dans ma musique.Ā Je prĆ©pare actuellement une nouvelle comĆ©die musicale qui se jouera au Théâtre de L’Usine. Oui, je vais continuer Ć  tout mĆ©langer ; théâtre, musique, danse. Ma distribution tire les gens de théâtre vers la musique et inversement. Comme interprĆØtes, j’ai choisi la comĆ©dienne Judith Goudal et mes acolytes de Barrio Colette : Anissa et Nicolas. J’aimerais vraiment mettre en scĆØne le set live pour voir comment le concert peut prendre une forme théâtrale, comment mes deux pratiques peuvent fusionner sans que l’une prenne le dessus sur l’autre.
Je suis fan du film musical Phantom of the Paradise de Brian de Palma. Les acteurs jouent Ć  jouer une comĆ©die musicale qui n’arrive jamais Ć  se construire complĆØtement. Des moments chantĆ©s et dansĆ©s se succĆØdent, comme autant de bribes du spectacle censĆ© se faire. Cela rĆ©sonne fortement avec le théâtre actuel dans lequel on manie le Ā« faux-vrai Ā» en permanence. Je souhaite continuer Ć  explorer le travail sur le fil ambigu de ce Ā« faux-vrai Ā», mais appliquĆ© Ć  une forme de comĆ©die musicale. Ce mode de narration est sous-explorĆ©. On ignore l’étendue des formes qu’il peut prendre. En France, on a rĆ©duit la comĆ©die musicale aux gros shows comme RomĆ©o et Juliette, qui ne me donnent pas envie. ƀ New York, c’est beaucoup plus riche, dĆ©calĆ© et expĆ©rimental et Ƨa, c’est stimulant. Il y a tant de possibilitĆ©s. J’ai l’impression qu’on peut aborder n’importe quoi en chantant, plus qu’en parlant, que l’on peut sortir la comĆ©die musicale du manichĆ©isme naĆÆf dans laquelle on a tendance Ć  la maintenir. Il me semble tellement plus facile de dire les pires choses en chantant, car on verse moins dans le pathos. Par exemple, si je dis que je suis dĆ©primĆ©e en musique, je peux enrober mon propos qui va mieux passer, Ƨa va ĆŖtre entĆŖtant et on se sentira accompagnĆ©.e. Tandis qu’au théâtre, les mots se donnent et se reƧoivent mais se dĆ©posent moins. Les messages passent mais restent moins dans la tĆŖte. La chanson, on la porte plus longtemps. Le son communique un cri du cœur dans lequel nous pouvons tous nous retrouver.

Qu’amenez-vous de la chanson dans le théâtre ?

- Ma capacitĆ© Ć  chanter tout simplement.Ā Je remarque qu’assouvir mon besoin de chanter fait que je suis moins obsĆ©dĆ©e en rĆ©pĆ©tition. Je harcĆØle moins les metteur.e.s en scĆØne : Ā« Hey, j’ai une super chanson Ć  vous proposer Ā». Je peux un peu lĆ¢cher l’affaire et cesser de vouloir en placer Ć  tout bout de champ.
Il faudrait que je prenne des cours de chant pour pouvoir habituer ma voix aux fluctuations entre portions parlĆ©es et parties chantĆ©es. Lorsque nous jouions Recherche d’emploi au Théâtre de l’Usine, ma voix s’est Ć©teinte parce que je l’utilisais mal. Je ne pouvais plus parler. J’ai dĆ» prendre de la cortisone. Il existe des techniques pour placer correctement sa voix qu’il me serait utile d’apprendre.
Dans le rapport au public, j’adorerais qu’au théâtre, les spectateurs se lĆØvent et tapent dans les mains, comme dans un concert. Ce serait gĆ©nial ! AprĆØs, il faut rĆ©ussir Ć  les replonger dans le propos. Comme j’ai toujours rĆŖvĆ© de voir une chanteuse craquer pendant un concert et nous faire de grandes rĆ©vĆ©lations sur sa vie, je pense que je pourrais intĆ©grer des ruptures du genre dans mon théâtre musical, comme des sĆ©quences de craquages-confidences entre deux chansons.

Quelles diffƩrences notables entre les deux disciplines ?

- Mon rapport au temps au théâtre est plus condensĆ© et plus cadrĆ©. Je sais quand je travaille, quand je finis. C’est trĆØs agrĆ©able aussi. La musique est lĆ  en permanence, sans contraintes, mais aussi sans ĆŖtre payĆ©e. Je fais tout gratuitement pour l’instant. VoilĆ  une autre diffĆ©rence pour moi entre le théâtre et la musique. Comme nous sommes d’abord amis, notre trio travaille tout le temps. On se voit, on mange ensemble, on boit un verre : une idĆ©e surgit et du coup ; on fait une chanson. IdĆ©alement, j’aimerais professionnaliser mon activitĆ© de chanteuse.Ā Théâtre et chanson peuvent se nourrir l’un, l’autre. Ce sont deux outils merveilleux. Je suis Ć  l’aise sur scĆØne quand je fais un concert grĆ¢ce au théâtre. Lorsque nous avons fait des concerts avec Judith Goudal et Steven Matthews qui nous accompagnait Ć  la guitare, nous avons injectĆ© de la théâtralitĆ© dans le tour de chant, car nous sommes tous trois comĆ©diens.
J’ai remarquĆ© que c’est compliquĆ© dans la tĆŖte des gens de comprendre que l’on mĆØne deux carriĆØres parallĆØlement. J’imagine dĆ©jĆ  les remarques dĆ©boussolĆ©es : Ā« Tu deviens chanteuse maintenant ? Tu n’es donc plus comĆ©dienne ? Ā». RĆ©cemment, on m’a trĆØs sĆ©rieusement demandĆ© : Ā« Tu vas faire comment pour choisir ? Ā». Mais, pourquoi devrais-je choisir ? On peut tout faire en mĆŖme temps. Il faut juste assumer d’être ensuite un peu fatiguĆ©e.

 

* Lien clip Filles Garçons de Barrio Colette: https://www.youtube.com/watch?v=DgbsSHi7kCs

Propos recueillis par Laure Hirsig