Boubacar Samb, une sentinelle sans tabou

MON TRUC EN PLUS (I) Un vent de tolérance chasserait des plateaux les a priori, si vite et si loin qu’aucune discrimination n’aurait le loisir d’y germer ! Vraiment ? Le conditionnel reste de circonstance. Publiquement, le microcosme artistique défend à cor et à cri toute spécificité comme la marque d’un supplément de caractère. Dans ce même fief niche pourtant un certain conformisme.

Tels des grigris portés près du cœur, nous brandissons nos valeurs universalistes et présentons la scène comme un espace exemplaire de liberté et d’éclectisme ; un cabinet des curiosités auxquels monstres sacrés, typés, freaks, créatures et idoles accèdent en foulant du tapis rouge. Ici, on kiffe les signes particuliers sans préjugés, promis juré ! Visionnaires, nous sublimons le hors-norme avec une longueur d’avance et dansons fièrement dans les marges. Le lisse et le convenu nous font lever les yeux au ciel en bayant aux corneilles. Nous préférons le charme tourmenté des beautés baudelairiennes, qu’exacerbe une déesse d’étrangeté. Pourtant… la singularité adulée par le poète lesté de spleen « trône parfois dans l’azur comme un sphinx incompris ».

L’humanisme auto-proclamé, proche parfois du sacerdoce, ne teinte-t-il pas davantage les déclarations théoriques que les actes ? Quiconque a participé à une audition ou un casting a senti l’inavouable frémir à mi-voix au détour de remarques douteuses, et certains préjugés peser lourdement dans la balance.

Un particularisme ethnique, morphologique, biographique ou culturel – que la bienséance rebaptisera pudiquement « originalité » – représente-t-il véritablement un atout ? Une origine étrangère, la couleur de la peau, l’atypisme d’un parcours, une spécificité physique, se révèlent-ils parfois des remparts pour accéder à certains rôles ?

Comment un comédien gère-t-il ses complexes, en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’homme, dans un métier qui implique le corps et l’identité ? Le milieu artistique échappe-t-il aux élans grégaires qui poussent les moyens à ostraciser l’exceptionnel ? Pas sûr…

À l’occasion du feuilleton Mon truc en plus, les témoignages d’acteurs aux personnalités bien trempées éclaireront ce questionnement sur le théâtre comme pratique fédératrice et inclusive. Pour ce premier acte, entretien avec Boubacar Samb.

«Høpe-Howl»-2011-cie-sturmfrei © Christian-Lutz

“La mémoire est la sentinelle de l’esprit” selon Macbeth. Boubacar Samb est la sentinelle  du plateau selon moiSon aplomb ne manque pas d’égards. Sous la force tranquille – aux vertus apaisantes pour tous ceux qui s’y frottent – gronde une hardiesse d’explorateur en quête de lumière. Boubacar est un roc, un phare autour duquel dansent et se fracassent les tourments de l’intrigue.

Il scrute le réel puis sculpte son jeu, agençant ses intuitions au cœur des espaces, tel un architecte tenu en équilibre sur deux jambes ; forme et fond. Il aime marcher sur la matière pour la ressentir intimement à l’instar des grands bâtisseurs ; Franck Lloyd Wright ou Jean Nouvel le bien-nommé, dont la créativité, en perpétuel renouvellement, célèbre par le verre, le plein, le vide ou le béton, la puissance de transformation du monde. « Il faut établir des règles sensibles, poétiques, des orientations qui parleront de couleurs, d’essences, de caractères, d’anomalies à créer, de spécificités liées » au contexte. Les invectives de Nouvel font écho au bouquet de pensées mijotées façon Salades mêlées par Boubacar, comme les « géométries du cœur dessinant les axes d’une variété de goûts qui [lui] sont chers, d’une multitude de couleurs nuancées par des songes en noir et blanc ».

La curiosité de Boubacar l’attire, sans complexe ni prétention, vers des matières rigoureuses telles que la physique, l’architecture, la biologie ou les mathématiques. Après absorption, il les revisite avec l’élégance du gourmet et la langue fleurie des ermites shakespeariens. Voici le suc d’une suave rencontre avec le comédien d’origine sénégalaise, co-directeur du Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne depuis 2006 et poète depuis la nuit des temps.

Quelle(s) rencontre(s) ou expérience(s) ont stimulé votre parcours et contribué à révéler votre personnalité artistique ?

– Mon premier souvenir de théâtre marquant remonte à mon adolescence au Sénégal, et à l’atelier- théâtre du collège que je fréquentais. Une fois le collège terminé, j’ai arrêté le théâtre. Je n’ai fait ni école de théâtre, ni Conservatoire ; je suis ce qu’on appelle un autodidacte. Par la suite, avant de m’installer en Suisse, j’ai passé cinq ans à Paris ; c’est là qu’une personne de mon entourage m’a proposé de jouer dans une troupe d’amateurs. À cette même époque, j’ai commencé à toucher au cinéma, non pas parce que je me destinais à la carrière d’acteur mais tout simplement parce que je comptais, parmi mes connaissances, des réalisateurs qui, de temps à autre, me sollicitaient pour une petite apparition dans leurs films.

Arrivé en Suisse, Philippe, l’un de mes amis – qui savait que j’avais une petite expérience de plateau – m’a tendu une perche : « Je connais quelqu’un qui est en train de monter une pièce. Il cherche un acteur africain. Ça t’intéresse ? ». C’est ainsi que j’ai rencontré Joël Aguet qui m’a engagé dans Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, que nous avons joué dans un lieu alternatif à Lausanne. Ma carrière a démarré comme ça. C’était en 1989, j’avais 37 ans. Ensuite, j’ai joué au Théâtre du Jorat à Mézières dans César Ritz ; une biographie librement adaptée du créateur du grand hôtel Le Ritz à Paris. Une pièce de Bernard Bengloan, mise en scène par Jean Chollet. J’interprétais le rôle de son médecin.

Après ces deux premières expériences professionnelles, j’ai rencontré Philippe Mentha avec lequel j’ai pu développer une collaboration longue et fidèle. Grâce à lui, j’ai appris les ficelles du métier. En réalité, même si je gravitais autour, c’est presque par hasard que je suis tombé dans le théâtre. Je naviguais déjà dans le milieu artistique mais mon but n’était pas du tout de devenir acteur. Non, c’est vraiment arrivé comme ça.

Par ailleurs, j’ai travaillé entre autres avec Denis Maillefer, Claude Stratz lorsqu’il dirigeait La Comédie. Georges Wod, alors qu’il était à la tête du Théâtre de Carouge, m’a engagé pour jouer un maître d’arme dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Plus récemment, j’ai adoré travailler avec Maya Bösch, une metteure en scène qui porte un univers passionnant. Et pardon pour celles et ceux (nombreux) que je ne cite pas.

Vous est-il arrivé de vous sentir « différent » ou jugé dans le cadre professionnel, et de ressentir un certain inconfort lié à ce jugement ?

– Aborder ce sujet soulève, selon moi, un paradoxe. J’estime que nous ne devrions même pas avoir besoin d’en parler. La question ne devrait plus se poser aujourd’hui, malheureusement, étant donné que certains comportements perdurent, il faut en parler.

Les gens n’expriment pas nécessairement leur sentiment profond, surtout pas ici en Suisse, mais jamais aucun jugement personnel n’a été formulé à haute voix, face à moi. Il m’est arrivé d’avoir des désaccords avec un metteur en scène à propos de tel ou tel aspect du rôle, mais il s’agissait de tensions liées à nos différences de caractères ou à la divergence de nos avis dans le traitement du personnage, pas au fait que je n’ai pas fait d’école de théâtre, ni en raison de ma couleur de peau. Peut-être est-ce lié à la manière que j’ai de me présenter aux gens ; je n’ai jamais joué la victime : ça me gonfle. Il ne faut pas se faire d’illusions ; il ne suffit pas de débarquer pour que s’ouvrent les portes. Je pense que, si tu es bon, on se fout que tu sois grand, petit, jaune, blanc, ou violet. Lorsque je rencontre un problème avec quelqu’un, je ne mets pas en avant le fait d’être étranger ou Africain. En fait, je ne mets jamais ma couleur de peau en avant parce que cela se voit. Je n’ai pas besoin de faire l’Africain, ni d’en parler ; mon origine est visible… « Le tigre ne proclame pas sa tigritude »*.

Par contre, il m’est arrivé de questionner les indications d’un metteur en scène parce que ce qu’il me demande va, du fait de ma couleur, apporter une connotation qui ne me semble pas en harmonie avec ce que nous voulons faire entendre du texte. Cela se produit généralement avec les pièces classiques. Si ce que l’on m’indique va à l’encontre de ce que l’auteur inscrit dans la pièce, si le sens de ce que l’on s’apprête à faire n’accompagne plus son propos, alors je le signale et propose une alternative. Dans ce cas, c’est en effet moi qui anticipe les connotations malencontreuses et qui remets en question l’orientation proposée. J’alerte : « Attention, si l’on va de ce côté-là, on produit telle résonance, or je ne crois pas que ce soit ce que nous voulons raconter ».

Peut-être suis-je passé à côté de certains rôles que l’on ne m’a même pas proposés, parce que le.la metteur.re en scène aura décidé qu’un homme noir ne convient pas, mais il m’est impossible de le savoir dans la mesure où la rencontre n’a, dans ce cas, même pas lieu. Il est également probable que certain.e.s pensent à moi, puis se ravisent « Ah non, ça n’ira pas ; il est noir ». Pour celles et ceux avec lesquel.le.s j’ai eu contact ou pour lesquel.le.s j’ai auditionné, ce problème-là ne s’est pas posé, ou alors de manière tacite. Dans ce cas, je ne le saurai jamais.

Avez-vous des complexes? 

– Je ne vais pas appeler ça “complexes”, mais il est vrai que – selon le rôle que j’endosse – j’ai mes appréhensions et doutes au moment d’entrer en scène ; ce qu’on appelle généralement le trac. J’appréhende ce que les gens vont dire mais je n’ai pas de complexes physiques ni de craintes quant à mon aisance verbale ou mon rapport à la scène.

J’ai toujours pratiqué ce métier de manière assez détachée, ce qui me préserve un peu de l’auto- jugement. Bien sûr, j’ai un ego comme tout le monde, mais pas démesuré il me semble. Je ne ressens pas le besoin d’être remarqué et mène ma carrière d’acteur avec une sorte de recul. Quand j’arrive à bosser, c’est bien. Et lorsque je n’ai pas de boulot au théâtre, je me laisse la liberté de faire autre chose. J’ai pas mal travaillé à la télé, parfois, j’étais actif à la fois à la télé et au théâtre. Mon sentiment de liberté provient sans doute du fait que je n’ai jamais couru après les contrats. Cela ne m’a pas obsédé car j’ai toujours conservé une sorte de distance par rapport à tout ça. Il m’est arrivé – comme n’importe quel comédien – d’être stressé par le manque de travail ; mais cela se passe à un autre degré d’inquiétude.

Pensez-vous que le milieu artistique défend la diversité ? Est-il représentatif de la diversité sociale, culturelle et de pensée ?

– J’ai beaucoup travaillé en France où perdure un vrai problème, qui a tendance à se reproduire en Suisse. Dans le milieu culturel, à la télévision, au théâtre, la diversité n’est pas du tout représentée, mais vraiment pas ! Cela pose problème. Dans la rue, on croise des gens de partout, alors comment cela se fait-il qu’on ne retrouve pas le même foisonnement sur les écrans, au cinéma, sur scène ? On commence à peine à s’y mettre alors qu’un pays comme l’Angleterre n’a pas développé les mêmes blocages, pourtant l’empire britannique a, comme la France, un rapport étroit à la colonisation et à la décolonisation du continent africain. Ces barrières, ce rejet de l’Autre, persistent encore aujourd’hui. Comment cela se fait-il ?

Le débat s’ouvre bien timidement. Dernièrement, j’ai participé à une discussion au Poche de Genève sur la place des acteurs noirs, évidemment très restreinte. Au début des années 90, j’ai joué dans Streamers de David Rabe, mis en scène par Denis Maillefer. À cette occasion, le supplément culturel du quotidien 24 heures m’a consacré un portrait. J’avais alors fait part de mon étonnement sur le fait que la couleur de peau requise pour pouvoir jouer un personnage ne soit inscrite nulle part dans les pièces. Avec un brin d’ironie, je questionnais le véto qui consiste à imposer dans la distribution des rôles, des règles que le texte ne demande absolument pas et d’ainsi relever l’absurdité de pensées telles que : « Toi ? Non tu ne peux pas faire ce rôle, parce que tu es de telle couleur ».

J’ai participé à un projet où les comédiennes jouaient des rôles d’hommes, et cela fonctionnait tellement bien ! On ne se posait juste pas la question du sexe parce que cela marchait artistiquement. Il faut faire confiance à l’intelligence du spectateur. Si la fable est bien racontée, les gens sont prêts à rentrer dans l’histoire par toutes sortes de canaux. Il n’est pas nécessaire d’imposer qu’un interprète soit enrobé ou mince, ou jeune ou beau. Pourquoi ne pas imaginer un Roméo et Juliette avec de vieux acteurs de quatre-vingts ans. Cela serait marrant de découvrir cette histoire à travers un autre prisme.

Selon vous, il n’y a donc aucune raison d’induire un physique, un âge, un genre spécifique au personnage?

– Absolument. C’est quelque chose dont je suis convaincu depuis toujours. En se recroquevillant sur des critères classicistes, ou en imposant des règles strictes pour dire le texte comme ci, mais pas comme ça, on se ferme. Certains metteurs en scène aiment suivre ces règles. Personnellement, je trouve mieux qu’il y ait de l’inventivité au théâtre, un réinvestissement continu de l’imaginaire et surtout ; une ouverture d’esprit. On peut s’emparer d’un texte classique et en faire quelque chose de très ouvert, uniquement grâce à la mise en scène. Il existe de belles tentatives d’appropriation des textes classiques au cinéma, pour lesquelles les dialogues sont librement adaptés, quitte à être tordus. Pourquoi cette liberté de réinvention ne serait-elle pas possible sur un plateau ? Elles sont là, les lourdeurs du théâtre.

À ce propos, nous préparons pour la fin de l’année 2021, une adaptation cinématographique de la pièce de Daniel Keene Cinq hommes, mise en scène par mon ami Robert Bouvier, qui dirige le Théâtre du Passage à Neuchâtel. Ce film sera réalisé par le jeune et talentueux cinéaste Basil Da Cunha. Nous avons énormément tourné en Suisse et en France avec la version théâtrale, créée en 2006. Cette aventure artistique reste pour moi l’une de mes meilleures rencontres humaines.

“Cinq hommes”, Cie du Passage- Crédit: Mario Del Curto

Dans le milieu culturel, à la télévision, au théâtre, la diversité n’est pas du tout représentée, mais vraiment pas ! Cela pose problème!”

«Høpe-Howl»-2011-cie-sturmfrei © Christian-Lutz

Existe-t-il un rôle que vous rêvez d’interpréter?

– Oui, j’ai toujours eu envie de jouer Richard III, et Hamlet aussi. Je n’ai pas couru après, mais c’est vrai que cela m’aurait beaucoup plu d’incarner ces deux rôles. Cela ne s’est pas fait. Richard III m’intéresse pour la figure qu’il offre. Il y a de quoi se mettre sous la dent pour l’acteur qui l’interprète ! Je trouve ce personnage si riche. Pour le personnage d’Hamlet, il y a plus de retenue à trouver, ainsi que son intériorité complexe. Que du Shakespeare : j’adore !

Existe-t-il des rôles que vous vous interdisez? 

– J’ai toujours rêvé de jouer des rôles de femmes, mais de vrais rôles de femmes. Nous soulevons là un autre problème ; les femmes disposent de moins de grands rôles que les hommes.

Existe-t-il des rôles que vous n’auriez pas envie de jouer?

– Tant que ma dignité et mon intégrité physique sont préservées, je joue tout ce que vous voulez. Cet enthousiasme est peut-être lié au fait que je n’ai pas suivi un chemin classique, du coup le questionnement sur la valeur du personnage ne m’effleure pas ; je ne nourris aucun a priori à son égard. Si j’accepte de participer à un spectacle, cela sous-entend que j’accepte le rôle que l’on m’a assigné parce que j’ai lu la pièce en long, en large et en travers. J’essaye de me mettre dans la peau du rôle, quel qu’il soit. Bien sûr, nos petites voix intérieures peuvent juger : « Ce personnage quand même… Je ne sais pas si je ferais ça, moi, à sa place. En tous cas, je n’aimerais pas être comme lui… »

Genre Richard III?

(rires) – Oui ! Mais justement, on est au théâtre. Une fois que je sors de là : c’est fini. Je ne comprends pas ce truc du personnage qui vous poursuit jusque dans votre lit. Certains comédiens aiment dire: « Je suis pris par le rôle ». Non ! Moi je sors du plateau et quitte là mon personnage jusqu’au lendemain. J’aime le côté caméléon de l’acteur qui se glisse dans la peau du rôle pour incarner quelqu’un d’autre que celui qu’il est à la vie, et qui après, tac ! revient à ce qu’il est vraiment.

En lisant les textes publiés sur votre site internet, j’ai découvert votre intérêt pour les sciences et l’architecture. Pourquoi ces domaines en particulier ?

– Je suis fasciné par les scientifiques. Ils regardent la nature, le ciel et les étoiles, puis bâtissent des théories complexes à partir de là. Je m’intéresse aussi à la physique quantique, qui repose sur des déductions mathématiques et non sur l’observation. L’homme arrive à expliquer le monde théoriquement ; c’est extraordinaire. Je m’amuse avec les sciences et d’autres disciplines très sérieuses à travers l’écriture. Mes textes témoignent de la manière dont je reçois ces connaissances, sans prétention car je ne suis pas scientifique. Je suis juste un passionné qui lit régulièrement des revues scientifiques, essaye de s’informer, suit l’évolution des découvertes et de la recherche. Dans Shakespeare plane une sorte d’intuition cognitive. L’approche quantique lie des mondes déconnectés en apparence et se différencie de la théorie de la relativité développée par Einstein. À l’époque de Shakespeare, on ne parlait pas encore de physique quantique mais je ne peux pas m’empêcher d’y penser quand il fait dire à Hamlet : « On me demande de lier des mondes discontinus ». Hamlet a la faculté de vivre dans deux mondes ou deux réalités différentes pour le commun des mortels : le monde de l’être et celui du non être.

J’aime faire des liens entre mes centres d’intérêt et le théâtre, créer des interactions entre lui et la musique, la danse, l’écriture bien sûr mais aussi des matières plus éloignées comme la physique, la biologie, l’architecture. D’ailleurs, si je devais recommencer une vie professionnelle, j’aimerai être architecte. J’ai aussi adoré travailler avec une chorégraphe à Budapest, et même si je ne le crie pas sur les toits, j’aime écrire et partage volontiers cette passion avec mes proches, ou au-delà.

En réalité, si je pouvais, j’étudierais toutes les matières sans exception, mais j’ai conscience des limites de mon cerveau. J’aime tellement apprendre… c’est un plaisir infini. La connaissance est comme un puits sans fond qui s’élargit à mesure que tu le remplis, un chemin essentiel pour rester humain parmi les humains.

Votre curiosité inspire-t-elle votre jeu d’acteur?

– Oui, être curieux, ouvert et observateur des gens et de la vie, m’inspire pour le théâtre. Il n’est pas rare que cela fasse tilt dans ma tête : « Tiens, celui-ci, je le verrais bien dans telle pièce ou dans tel rôle ». Tant de choses nous inspirent. Je vois aussi les liens entre mon goût pour l’architecture et le théâtre. J’ai parfois des coups de cœur en me baladant : « Ce serait génial de monter telle pièce dans ce “décor” ». Cela peut être un bâtiment, un espace nu, un site extérieur avec des arbres, peu importe, pourvu que se dégage de cet endroit quelque chose qui nous donne envie d’y jouer. C’est totalement intuitif.

Étant donné que vous êtes sensible aux espaces, vous êtes-vous déjà senti inconfortable dans une scénographie, qui est une architecture de plateau ?

– Absolument. C’est bien que vous parliez de ça car j’ai, quelques rares fois, dû jouer dans des scénographies où je ne me sentais pas bien. Si le comédien ressent l’inconfort d’un décor, c’est qu’à mon sens, ce décor est raté. Ça aussi, c’est intuitif.

Propos recueillis par Laure Hirsig

Lien vers le site internet de Boubacar Samb : https://monpanierasalades.com
* Boubacar cite Wole Soyinka : écrivain et metteur en scène nigérian, lauréat du prix Nobel de littérature en 1986, et son concept de tigritude.

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