Le théâtre dans la peau – Acte 3

(IN)CARNATIONS est un feuilleton qui donne la parole autrement à celles et ceux dont la voix publique s’est tue un vendredi 13. Une série de portraits “épidermiques” signée Laure Hirsig.

Confinement et mesures-barrière excluent tout rassemblement et toute proximité: deux conditions sans lesquelles le théâtre n’a pas lieu.

Ni une, ni deux, on assiste à une fulgurante levée de bouclier anti-viral à grands coups de lectures skypées, de pièces de chambre, de matchs d’impro en split-screen, de rediffusions de spectacles. Bref, un déballage massif d’initiatives créatives fuse sur la toile.

Pendant ce temps, j’entonne le suppliant refrain de Dominique A « Qu’est ce que tu n’ferais pas Pour la peau ? ». La peau du théâtre me manque. Notre unité de temps, de lieu et d’action me manque. L’inclination à nous approcher les uns des autres pour nous faire face me semble une disposition naturelle. Rien ne remplace l’expérience d’être là quand l’acteur produit l’acte théâtral sans filtre, sans écran, sans intermédiaire ; juste sa peau ou celle du personnage dans laquelle il se sera glissé.

Membrane délicieuse qui nous délimite, la peau pourtant respire. Elle nous sépare et nous relie. Baromètre de nos émois, de nos hargnes et de nos troubles, elle trahit ce qui ne reste pas sagement dedans. Alors les joues rosissent, la sueur perle, les larmes coulent, les chairs se hérissent, les veines se gonflent, les postillons fusent. Ce florilège de manifestations physiques involontaires teinte d’humanité et de sensualité l’interprétation de l’acteur. À son tour, le public frémit, salive et tremble sous les salves du jeu.

Les présences singulières ou la qualité d’abandon de certains comédiens déclenchent en moi d’irrépressibles bouleversements. Je pars sonder celles et ceux, dont la sensibilité à fleur de peau me contamine à chacune de leur apparition. Est-ce que la peau du plateau leur manque aussi ?

Crédit: LDD – Efes  Kitap- Pixabay

François Revaclier

Le spirituel danse l’art

Bourgmestre dandy aux faux atours de Wahrol, moustachu en jupette, post-ado moulé dans un kimono-slim, tyran en treillis, looser au grand cœur, sosie tranchant de Louis-Ferdinand Céline, François Revaclier nous fait voyager dans la nuit du plateau à travers mille visages. Maniant habilement son Je(u) est un autre, il serpente vers le personnage et glisse ondulant dans une nouvelle peau, jusqu’à la prochaine mue.

S’il convoque ses avatars sans forcer sur le fard, cet acteur caméléon n’hésite pas à y laisser sa peau.
Un jour, je l’ai vu franchir le seuil d’une métamorphose. Après un monologue tendu, mené crescendo au micro, sur une nappe musicale jouée live par ses partenaires, j’ai vu l’acteur décrocher, comme un spationaute dont on aurait sectionné le câble de connexion à sa navette. Délivré de la tourmente du texte, il tourbillonnait, pris par une force centrifuge quasi mystique. François le derviche tourneur, visage incliné vers les cintres, ouvrait sous nos yeux un canal vertical pour danser l’homme comme trait d’union entre Terre et Ciel. Son corps devenu toupie, semblait connaître l’extase d’un silex piqué par l’étincelle.

C’est pourtant les pieds bien sur terre et avec pragmatisme que l’acteur répond à mes questions. François a donc des racines et des ailes…

 

Est-ce que le théâtre vous manque ?

– Cela ne dépend pas de moi, je suis pris dans une énergie globale et globalement les chose se sont arrêtées. Je ne vais pas contre ce mouvement mais réagis plutôt comme un animal, plongé dans une sorte d’hibernation. J’attends que ça passe.

Je profite de cette période pour faire d’autres choses. Si je ne peux pas faire de théâtre, j’agis ailleurs. Je ne suis pas à fleur de peau, à ressasser « il faut que je travaille ». Bien sûr, ça fait du bien à l’ego d’être sur un plateau mais je peux facilement dévier ailleurs. Aujourd’hui, je suis dans une énergie où je prends ce qui m’est offert : quand je suis sur un plateau j’ai énormément de plaisir, je suis honoré qu’on me propose un projet mais quand je ne fais pas de théâtre je ne tourne pas en rond. J’ai d’autres activités qui me permettent de rester en vie.

Ceci étant dit, envisager une reconversion ou arrêter le théâtre ? Non, c’est mon job. Je fais ce travail depuis plus de vingt ans. Le théâtre fait partie de moi, de ma personnalité, de ma façon de m’exprimer. Je m’exprime à travers d’autres formes artistiques comme la photo, la vidéo ou la musique mais le théâtre est le moteur qui me permet de faire toutes ces autres choses. Si j’arrête le théâtre, serais-je toujours aussi créatif ?

Je ne ressens pas le manque ici et maintenant mais je me réjouis de mon prochain projet professionnel. Si je n’ai pas de contrats pendant 7 ou 8 mois, forcément je me demanderai si ce que je fais est suffisamment bon pour qu’on m’engage ? Mais là, c’est l’ego qui se rebiffe et François qui crie « Au secours, appelez-moi, aimez-moi ! Sinon je vais être dans la merde ». Le jour où je ne serai plus au chômage parce que j’ai un mécène, je ne me poserai plus ces questions ; je prendrai un contrat quand il vient. La passion, je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire ; je suis un passionné sans être un passionné, comme si je n’étais pas tout à fait conscient de l’importance que le théâtre a véritablement pour moi. Ça, je le saurai sur mon lit de mort, quand j’aurai 90 ans.

Depuis la fermeture des théâtres, je ne suis pas allé sur les sites internet pour visionner des spectacles en ligne (Saint-Gervais en propose par exemple), même si les captations sont très bonnes. Je trouve que cela ne marche pas ; le théâtre n’est pas pensé comme un film. Je ne vais pas non plus regarder ce que font les autres artistes, même les musiciens. Je n’ai pas besoin de ça. Je suis juste allé voir Neil Young, qui a une éthique extrêmement forte en temps normal. Il ne retransmets pas ses concerts sur le net dans une optique opportuniste ou promotionnelle. Il a l’habitude de les partager et s’en fout si, en contrepartie, il ne reçoit pas 15 000 like sur facebook. Neil Young en mode concert confiné : tu as l’impression d’être à ses côtés et de partager une bière avec lui.

Quand vous vous trouvez sur le plateau, que cherchez-vous à dire avec votre corps, que ne disent pas les mots ?

–  Mmm… (temps) C’est intéressant, parce que c’est un paramètre que je ne maîtrise pas. Lorsque je dois jouer un caractère, un rôle, je ne sais pas ce qui va arriver ; je suis guidé par une forme d’instinct.

Peut-être que, ce que dit mon corps, ce sont des mouvements qui ne m’appartiennent pas dans mon quotidien. Je peux plaquer une gestuelle pendant une ou deux répétitions au début du travail, mais il y aura rapidement un décalage entre ce qui est dit et ce que je fais, normal puisque j’aurai plaqué artificiellement. A contrario, ces mouvements que je produis sans en avoir l’air, ni même conscience, sont des impulsions du corps qui surgissent organiquement et me surprennent. Souvent, c’est le ou la metteur(e) en scène qui m’indique « T’as vu ce que t’as fait là ? ». Alors seulement, je réalise. Je ne suis pas un comédien qui conscientise forcément ce qu’il produit sur scène ; je laisse les informations entrer en moi, sans réfléchir.

C’est drôle, un copain m’a dit un jour : « Toi, quand tu travailles : t’es comme un filtre à café. L’eau entre doucement quelque part et ressort ailleurs. C’est très lent, mais ce qui ressort est transformé ».

Que ce soit au théâtre ou au cinéma, je suis extrêmement sensible à la silhouette. Trois ans de danse avec notre très chère et aimée Noémie Lapzeson – que ce soit les cours pris avec elle ou les spectacles faits avec elle – m’ont apporté la conscience du corps. On a le corps qu’on a ; je ne suis pas parfait mais j’ai une conscience solide du corps, grâce à laquelle je gagne ensuite la conscience du texte. Le corps peut me donner un timing, un espace-temps. Quand nous faisions des exercices, Noémie nous disait : « les doigts parlent, c’est jusqu’au bout des doigts que ça se passe ». Il m’arrive de voir des acteurs dont les corps pourraient être morts parce que leurs mains ne vivent pas. C’est extrêmement difficile de faire vivre les bras sur scène. On ne sait jamais quoi foutre avec ! Comme s’ils n’étaient qu’un prolongement mal formé. Si l’on n’a pas conscience des membres qui constituent ce prolongement ; les bras, les mains, les doigts, qui vont soit vers la terre, soit dans les cieux ou sur les côtés, on n’a qu’un demi-corps. Noémie m’a offert cette conscience-là. J’en ai souffert car il faut trouver la soupape. Ce n’est pas en restant sur un plot en ligne droite que l’on réussit à faire sortir quelque chose, mais il ne faut pas trop en faire non plus… Il faut tenir l’équilibre. Quand le corps vit, le texte vit aussi et c’est ce vivant qui donne la présence.

Que provoque en vous le regard collectif et anonyme du public ? Sentez-vous les spectateurs ou vous rendez-vous imperméable à leur présence pour ne pas être déstabilisé ?

– Je ne suis pas du tout imperméable au public au contraire. Je ne parlerai pas de la Première car je déteste les Premières, mais lorsque je suis un peu plus confortable, c’est ce qu’il y a de jouissif. Tu as le pouvoir, et là, devant toi, une masse de 15, 50 ou 400 personnes.

Lors de l’un de ses concerts, Michael Stipe, le chanteur du groupe REM, se faisait un trip à la guitare tout seul. Il jouait mal, étirait un interminable kling kling. Exaspéré, un mec du public finit par lui crier «  Fuck off, t’es nul ! ». Sans s’interrompre, il a répondu : « Ta gueule : c’est moi qui suis sur scène, c’est moi le roi et je fais ce que je veux ».

Pour moi, le public est comme une caméra ; il se focalise sur toi et ce qu’il y a sur la scène. Forcément, depuis là, tu aimantes les regards. D’où la performance qui consiste à tenir les spectateurs qui t’écoutent. Parfois, tu les chopes par les silences, comme si tu étais une sorte de… magicien. En définitive, tu es maître du temps que tu as sur un plateau mais tu es aussi responsable de l’attention braquée sur toi et sur la scène.

Si tu te rends imperméable aux gens, si tu fais comme s’ils n’existaient pas : à mon avis il faut arrêter de faire ce métier. T’es sur le plateau pour ça, c’est tout.

Êtes-vous le même hors scène et sur scène ? Qu’est-ce qui caractérise, selon vous, votre personnalité scénique ?

– Non, je ne suis pas le même. Sur scène, je suis pris dans une énergie de création, qui exige de se consacrer totalement à l’instant présent. Les rares fois où il m’arrive de penser à la Migros ou à la Coop, je ne suis pas dedans. Ça ne veut pas dire que c’est mauvais, mais ça doit donner autre chose.

Je continue à croire que quand tu es dedans, s’ouvre une dimension de canalisation. Tu utilises un tuyau à l’intérieur de toi qui te connecte à quelque chose qui n’a rien à voir avec la réalité. Comme par enchantement, dans ces moments-là, tu n’as plus ni la problématique de ta mémoire, ni la problématique de tes mouvements, ni celles de la mise en scène ou de tes placements. Tout tourne, tu n’es plus dans la réflexion : tu es dans l’être. Tu es canalisé et ignores tout de ce qui va sortir. Donc non, tu n’es pas toi.

Je pense que cela peut arriver à toute personne. Un gars qui fait du pain, en pétrissant sa pâte, peut aussi avoir une sorte d’illumination, il est aussi pris dans une autre sphère. Sur un plateau, quand je suis bien luné, je suis dans cette autre sphère. Je ne suis pas du tout en 2020, ni François Revaclier.

Un ami comédien m’a fait un jour une remarque qui m’a énormément touché. Je jouais le père Capulet dans Roméo et Juliette. Après le spectacle, il me dit : « J’ai ressenti en toi tous tes voyages ». J’ignore pourquoi, où, quand, comment. J’ai juste trouvé ça extrêmement touchant comme retour. De l’extérieur, peut-être perçoit-on ma personnalité en version “dédoublée”, cette fameuse personnalité artistique. J’ai une personnalité hors du théâtre et une personnalité dans le théâtre. Apparemment, elles se rencontrent partiellement si j’amène mes bagages avec moi sur le plateau. C’est peut-être cela qui créé une qualité de présence qui m’est propre.

Teenfactory-Sandro Palese. Crédit: Sylvain Chabloz 

On dit que le théâtre est l’art de l’illusion par excellence, celui qui se joue et joue avec la réalité. Le théâtre est-il néanmoins pour vous un moment de vérité ?

– D’un côté, je dirais que l’art scénique est une bulle qui a sa vérité en tant que spectacle, mais pas une vérité en tant que telle. Je ne pense pas qu’on puisse changer le monde grâce au théâtre. Il interroge et propose des réponses. Je n’ai pas la prétention de changer le monde avec un spectacle. Quand je suis allé voir l’exposition du peintre Edward Hopper, j’ai ressenti des émotions sensitives, comme une bulle de sensations dans un instant présent. L’art est la vitrine d’un instant présent. Les peintures en constituent la mémoire. Elles me permettent de me projeter dans une autre réalité spatio-temporelle. Si je regarde un film en noir et blanc des années 30, je peux y déceler des vérités de l’époque, mais ce n’est pas ce témoignage qui va changer le monde. L’art peut être récréatif, interrogatif, mais ça s’arrête là, et je pense que c’est sain comme ça.

D’un autre côté, la quête de vérité est totalement mon sacerdoce ! Quelle que soit la forme théâtrale dans laquelle j’agis. Même dans le burlesque, je pense qu’il y a une forme de vérité qui doit être donnée, carte sur table. Il faut que les gens croient ce que je raconte même si je mens. André Steiger disait : « Nous, sommes les prostitués et le spectateur est le client qui paye pour un mensonge. Tu as aimé ou pas ». D’une certaine façon oui, je me prostitue pour transmettre une vérité. Que ce soit une histoire, une fiction, un essai, peu importe, mais il faut que ce soit vrai. J’ai un souvenir marquant qui date du Conservatoire. Nous travaillions sur un Feydeau avec Armand Deladoëy. Il s’acharnait sur chacun de nous pendant une heure, sur une phrase. « Refais ! Non, on refait… Non, j’entend pas ! Làààà, ouuuiiii, j’entends ! ». Quand tu parles en scène, il faut que ça sonne vrai. D’ailleurs, on sent quand un comédien ou une comédienne ne croit pas à ce qu’il ou elle dit.

Comment vivez-vous le confinement par rapport à votre métier?

Durant le mois de confinement que l’on vient de traverser et pour ceux qui nous attendent encore, je n’ai pas de contrat ; donc je n’ai rien perdu. J’étais confiné avant le confinement.

Je n’ai pas d’enfants, et vu que je confine, je n’ai plus d’horaires : rien à charge. Je fais ce que j’ai envie de faire à mon rythme. Du coup, je me concentre sur un projet de création personnel. Étonnamment, alors que je n’ai encore rien posé de concret, je pense que quelque chose va surgir en avril ? En mai ? Je n’en sais rien. Je suis en phase de ruminement ; je rumine dans ma tête sans m’imposer de contrainte, ni me donner d’indications.

Ce confinement agit fortement sur mon rythme : tout s’écoule avec une extrême lenteur qui me permet de passer toutes les portes d’un slalom géant, mais extrêmement lentement, suivant un rythme cardiaque étonnant. Tout ce que ma tête a ingurgité s’y distille avec lenteur, mais clarté. Quelque chose va donc en ressortir. Je ne suis pas du tout dans l’anxiété. Je me dis : « Quelque chose va se passer, peut-être se faire, à nouveau s’écrire, mais je ne sais pas quoi ».

Je sens que la planète entière est extrêmement lente et j’adopte ce rythme planétaire. Je ne peux pas aller plus vite que le mouvement de la Terre alors je m’accorde avec son rythme cardiaque. J’ai beaucoup d’empathie avec ce qu’il se passe partout dans le monde en ce moment. Il y a une grosse détresse, pour beaucoup de gens. Pour ma part, je suis dans un endroit confortable pour être confiné ; je ne suis pas dans un deux pièces de 20m² en plein centre ville. Quand j’ouvre la fenêtre ou la porte, il n’y a pas une cohorte de voitures qui passent. Je suis en campagne et jouis d’un environnement qui sied agréablement au confinement. Alors, j’ai davantage envie de penser aux autres qu’à moi. Bien sûr, je prends soin de moi et de ma maison mais je prends aussi des nouvelles des autres. J’appelle et demande simplement : « Comment vous allez ? Comment vous sentez-vous dans ce moment si particulier ? » J’ai appelé des amis à Jakarta. Ils répondent “à l’indonésienne”. Tout est XXXL là-bas, tout est surdimensionné. Les mesures barrière ? (rires) Ils sont les uns sur les autres, point barre. Si on leur dit : « Mais, il ne faut plus être les uns sur les autres, c’est dangereux ! » Ils te répondent : « Ah oui ? Mais alors, on fait comment ? » Gros point d’interrogation. Je ne dis pas que la solitude n’existe pas là-bas, mais elle n’a rien à voir avec ce qu’on vit. Ici, il y a beaucoup de gens qui vivaient confinés avant même le confinement. Il faut que nous soyons attentifs et disposés à apporter de l’aide autour de nous. Cette situation fait ressortir les anxiétés de chacun. Parfois, les réactions sont même absurdes. J’ai vu des images des quais à Paris aux heures autorisées pour le jogging. C’est bestial : les gens courent, d’autres promènent leur chien, tous se plaignent d’une plus grande affluence qu’habituellement. Ceux qui courent sont en sueur et passent à quelques dizaine des centimètres de ceux qui marchent : c’est la fête du covid-19 à Paris !

 

Quelle est votre vision pour le théâtre dans le monde d’Après?

– Je n’ai pas de vision mais… ce que je trouve intéressant, c’est ce que chacun d’entre nous aura vécu. Nous aurons tous expérimenté quelque chose d’inhabituel, même si c’est tout petit.

Pour moi comédien, le théâtre est un apprentissage de la Vie, de ce qui vit autour de moi, des expériences vécues ou de celles que tu peux voir se vivre à travers les autres. Le comédien est un capteur de la vie qui se passe autour de lui.

Ce que nous éprouvons avec le coronavirus a la puissance d’un 11 septembre 2001, ça marque un tournant. Peut-être, vais-je utiliser l’état dans lequel je suis maintenant dans mon métier. C’est un paramètre de vie supplémentaire.

Par contre, je n’entrevois rien de différent pour le milieu théâtral. Y a-t-il eu un avant et un après Première Guerre mondiale pour le théâtre  ? Non. Il y aura sans doute quelques spectacles, du genre Le covid-19 et moi, ou Je suis seul dans mon appartement, mais pas de bouleversements de fond. D’ailleurs, je ne sais même pas s’il faut y réfléchir. Lorsqu’un changement opère, il agit sans faire exprès. Quelque chose arrive, une transformation, du théâtre mais surtout du monde en général. Si l’économie change, le théâtre va changer. Si la politique change, le prisme général va bouger et le théâtre forcément, à travers lui, aussi. Mais le théâtre ne changera pas seul ; tout est relié. Avant l’arrivée du covid-19, quand je voyais les p’tits jeunes manifester, je pensais « Patience, on prend tous un énorme virage, mais extrêmement lentement ». Et boum ! Le virus explose. C’est une globalisation – positive pour le coup – en forme de virage, qui intègre tout, dont le théâtre qui suit le mouvement général.

Une question spécifique au théâtre m’a néanmoins taraudé : quand va-t-on reprendre le théâtre ? On est censés reprendre un spectacle de Sarah Marcuse en septembre. Les représentations sont prévues pour le mois d’octobre ; nous serons l’un des premiers spectacles à être programmé. Sera-t-il alors permis de se rassembler ? Possible de jouer ?

Par ailleurs, je dois passer un audition début mai, mais… comment fait-on si on ne peut pas se toucher ? Jouer sans contact, maintenir les distances sanitaires requises, au théâtre, c’est dur. L’audition aura t-elle lieu, malgré tout ? Je ne sais pas.

Je me questionne aussi sur le plan économique, car nous devons alimenter notre délai-cadre. Or, notre secteur d’activité est totalement bouché, on ne peut pas travailler.

Je me suis aussi demandé à quel moment je vais pouvoir, en tant que spectateur, à nouveau m’asseoir dans une salle de spectacle, un théâtre ou un cinéma. Comment les gens vont-ils réagir quand quelqu’un éternue ? Comment les gens vont-ils se regarder, alors que tu as peut-être juste une poussière dans le nez ou le rhume des foins. La dimension anxiogène va survivre à l’épidémie, c’est sûr.

Du coup, je me prépare au pire. Je pense que L’Orangerie n’aura pas lieu : plus rien pendant l’été. Alors quid du mois de septembre ? Octobre ? Lorsqu’on aura un vaccin, les autorités pourront prendre des risques mais il ne sera vraisemblablement pas mis en circulation avant l’année prochaine. Pendant tout le laps de temps qui précède la découverte du remède miracle, l’ennemi étranger – qui n’a pas de forme mis à part quand tu l’observes sous un microscope – plane quelque part. Le pire des scenario serait le déferlement d’une deuxième pandémie, qui reparte comme en 40. Cela nous indiquerait que nous avons ouvert trop tôt les vannes. Ce seront les autorités qui en porteront alors la responsabilité.

Bien sûr, je n’espère pas que tout cela va durer jusqu’à l’année prochaine, d’où l’importance de rester chez soi, qu’on en termine le plus rapidement possible.

 

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