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Avignon:

le marché de dupes?

FESTIVAL S’il offre parfois des opportunités, le Off n’en reste pas moins une foire d’empoigne où l’on se rend à ses risques et périls.

Oscar Wilde y côtoie Pierre-Emmanuel Barré. Le Jaurès de Dominique Ziegler y voisine avec “Mission impro-cible”, duo d’improvisation, ou encore “Fool for Love” de Sam Shepard. Et partout, les affiches de plus ou moins bon goût se disputent de maigres espaces encore vierges pour tenter de séduire le badaud. Lequel, indifférent, n’en fait de toute façon qu’à sa tête.

Crédit: Eric Meylan

Autoproclamé « plus grand théâtre du monde », le Off d’Avignon – plus précisément l’association Avignon Festival & Compagnies – fait désormais penser à la grenouille de la fable. Créé dans le climat contestataire de 1968, par un André Benedetto qui refusait le diktat du In, il souffre autant de son réel succès que de l’inflation de sa programmation. Le quotidien saisonnier “Le Bruit du Off” a beau proposer une sélection sans langue de bois à ses 475 000 lecteurs de juillet, il devient de plus en plus difficile de s’y retrouver parmi plus de 1500 propositions! Ce n’est pourtant pas le spectateur qui prend les plus gros risques: dans le pire des cas, il aura perdu 20 euros, l’équivalent d’une pizza et d’un soda.

Des propositions qui s’écrasent

Pour une compagnie qui rêve de s’y produire, les enjeux sont tout autre. Le budget moyen pour être présent sur l’une des nombreuses scènes d’Avignon s’élève à 24 000 CHF.- (lire à ce propos la tribune de la comédienne et metteure en scène genevoise Sara Marcuse). Sur son site, le Off propose pas moins de 127 lieux de spectacle, de 19 (Le Salon des Soies ) à 320 places (Le Paris). En moyenne, il faut compter entre 8 et 11 000 CHF.- pour occuper une salle deux heures par jour pendant les trois semaines du festival.
Quant à la promo (flyers, affiches, mais aussi dossier de presse, contacts, etc.), elle est quasi exclusivement à la charge de la compagnie. Un conseil: bien se préparer en amont, notamment en ce qui concerne les rendez-vous avec les producteurs et autres programmateurs. D’autant plus que le Off devient de plus en plus un marché à l’usage exclusif des théâtres privés, lesquels cèdent volontiers aux sirènes du mercantilisme. Difficile de s’y faire remarquer avec un spectacle exigeant ou trop pointu! « Ceux qui font un travail de laboratoire et les grosses productions y entrent en contact dans un foisonnement tel que les propositions s’écrasent les unes les autres », constatait il y a peu Olivier Neveux, professeur d’Histoire et d’esthétique du théâtre à l’ENS de Lyon. Ajouter à cela une certaine désaffection d’un public vieillissant et vous obtenez un tableau qui n’a plus rien de lumineux.

 

 

Crédit: Eric Meylan

Une pétition pour sauver le Off

Pour Paul Beffeyte, le boss du Off, il s’agit désormais de diversifier les publics, en se concentrant notamment sur la région PACA. Pas sûr que cela suffise à calmer les inquiétudes des Sentinelles, la Fédération des compagnies du spectacle vivant, qui a lancé une pétition intitulée « Avignon Festival Off en danger! » il y a un peu plus d’un an. Parmi les exigences qui figurent sur leur Lettre ouverte, « replacer les compagnies au coeur du festival », remettre « la qualité artistique au premier plan et qu’elle ne soit plus supplantée par les impératifs financiers de la rentabilité », et « avoir le temps de présenter des spectacles ambitieux et cesser cette course folle en avant qui veut que nos spectacles soient de plus en plus courts, de plus en plus efficaces, de plus en plus formatés ». Tiens tiens tiens, ça ne vous rappelle rien? Le Festival Off ne serait-il finalement qu’un reflet des politiques culturelles actuelles?

 

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