Assistant·es de réalisation : les allié·es invisibles du jeu
Entretien croisé avec Sonia Rossier et Benoît Monney
Souvent méconnu du grand public, le métier d’assistant·e de réalisation est pourtant l’un des pivots invisibles d’un tournage. À la croisée des impératifs artistiques et logistiques, ces professionnel·les orchestrent le temps, régulent les tensions et veillent à la circulation des informations. Mais leur rôle ne se limite pas à la mécanique du plateau : ils et elles entretiennent une relation quotidienne avec les comédien·nes, faite d’écoute, d’anticipation et parfois de médiation.
Comment se construit cette relation ? À quel moment intervient-elle ? Jusqu’où un·e assistant·e réal peut-il ou peut-elle influer sur les conditions de jeu ? Et comment conjuguer contraintes de production et exigences artistiques sans fragiliser les interprètes ?
Entretien croisé avec Sonia Rossier et Benoît Monney, assistant·es de réalisation aguerri·es qui racontent un métier profondément humain, où l’organisation est indissociable du soin porté aux interprètes.
Propos recueillis par Sami Kali

©Ghislaine-Heger
Nous sommes les facilitateurs et facilitatrices du plateau
Si l’on demande à Sonia Rossier de définir son métier à destination des comédien·nes, elle ne parle ni de planning ni de logistique, mais d’ambiance de travail.
« Je dirais que nous sommes les facilitateurs et facilitatrices du plateau. Nous organisons le tournage avec souplesse, écoute, bonne humeur. Parfois, notre rôle peut sembler sévère, mais il ne faut pas s’y fier. Nous faisons tout notre possible avec les moyens et le temps que nous avons pour créer des conditions optimales de travail. »
Même écho chez Benoît Monney, qui insiste d’emblée sur la dimension humaine :
« Nous sommes une sorte de diplomates du tournage. Nous gérons l’organisationnel, l’humain, les réunions, le plan de travail. Le mot clé pour moi, c'est la communication. Nous sommes vraiment les personnes qui relaient toutes les informations à l’ensemble des départements. »
Tous deux insistent sur un point adressé directement aux interprètes : venir vers eux en cas de question, de doute.
« Il ne faut jamais hésiter à s’adresser à nous », dit Benoît. « On est là pour ça. »
Une relation qui commence bien avant le plateau
Contrairement à une idée reçue, le lien avec les comédien·nes ne débute pas au premier jour de tournage.
« Pour moi, ça commence, de manière indirecte, dès la lecture du scénario », explique Benoît. « Je fais un dépouillement, une sorte de passage en revue des personnages, décors et plus encore. Je liste ainsi les rôles et repère ceux qui ne sont pas bien définis. Une serveuse qui apporte un verre, par exemple. Est-ce que c’est de la figuration ? Une silhouette ? Un rôle ? Et j’insiste toujours auprès de la production : dès qu’il y a une phrase parlée, c’est un rôle. »
Ce travail très en amont influence directement la distribution. Même lorsqu’il n’est pas en contact direct avec le casting, l’assistant·e de réalisation agit ainsi sur la matière humaine du film. « Souvent, je communique le nombre de rôles manquants plus d’un an avant le tournage. Donc oui, indirectement, on influence déjà le terrain de jeu. »
La fabrication du plan de travail est sans doute l’endroit où l’influence des assistant·es de réalisation sur les interprètes est la plus forte - et la moins visible. Un plan de travail de tournage est le document de référence qui organise le calendrier détaillé des scènes à filmer, les lieux, le personnel, les acteurs et le matériel nécessaire. Il ordonne le tournage pour optimiser la production, garantir la disponibilité de tous et assurer le respect du budget et des délais.
« Quand je construis un plan de travail, j’essaie vraiment de me mettre à la place du réalisateur ou de la réalisatrice », raconte Benoît. « Si je vois une scène très émotionnelle, j’alloue plus de temps. Je sais qu’il faudra peut-être plusieurs prises ou laisser le temps nécessaire aux comédien·nes pour entrer dans un état délicat. »
Il évoque aussi l’importance de la continuité:
« J’essaie de regrouper des blocs émotionnels. Si une bagarre est suivie d’une scène de retombée, je fais tout pour les mettre ensemble. Pour rendre le travail des comédien·nes plus organique, plus fluide. Je garde toujours des petites notes sur moi pour me rappeler les raisons de ces blocs. »
Sonia Rossier aborde cette question sous un angle plus sensible encore :
« Dans les longs métrages, j’essaie de placer les scènes très lourdes émotionnellement assez tôt dans le tournage, mais pas au tout début. Il faut que les comédien·nes aient le temps de faire connaissance avec leur partenaire de jeu, mais qu’ils, elles ne portent pas cette pression pendant tout le film. Sinon ça va empiéter sur la qualité de leur jeu, leur concentration, ou ça peut générer une si grande angoisse que certain·es artistes prennent même du poids. »
Sur les séries, cette question devient encore plus aiguë.
« En série, on tourne rarement dans l’ordre », rappelle Sonia. « On tourne par décor, par disponibilité. Donc j’essaie d’éviter que les comédien·nes aient trop de changements de costumes dans une journée. Chaque changement, c’est un autre moment dans la vie du personnage. Et j’essaie d’éviter le plus possible cette gymnastique émotionnelle aux interprètes. Mais si je peux tout de même ajouter une petite recommandation, je conseille aux comédien·nes de se faire des petites notes personnelles sur l’état de leur personnage dans chaque scène. Ça aide énormément à se repérer, à être efficace. Et du coup cela nous aide aussi. »
Avoir le don d'ubiquité
Au-delà de l’organisation, la relation se construit dans une observation fine des pratiques de travail. Les assistant·es ont l’oeil et l’oreille partout, tel un baromètre des énergies. Sur le plateau, ils, elles constituent une présence discrète mais constante - et pourtant rarement perçu·es comme des interlocuteurs artistiques.« Je suis souvent au combo (petit enregistreur vidéo utilisé sur les plateaux de cinéma pour diffuser et contrôler instantanément l'image et le son issus de la prise en cours) », raconte Sonia. « J’écoute les dialogues, mais aussi ce qui se dit entre les prises. Ça me permet de sentir comment ça se passe pour les comédiens. Mon cerveau fonctionne en arborescence. J’écoute, j’observe, j’anticipe. »
Benoît parle lui aussi d’une attention périphérique :
« Nous avons un rôle important dans l’atmosphère de travail qui est installée. Sur une scène intime ou une scène de comédie, je ne vais pas parler avec la même énergie. Cette modulation constante du rythme et du volume participe directement au climat de jeu. Il faut être au diapason du film, de la vision de la réalisation pour favoriser un résultat le plus proche possible de celui escompté. Et tout cela, en ayant une partie de notre cerveau déjà orientée sur le reste de la journée. »
Certains enjeux se jouent déjà dans les loges, où ce sont généralement les deuxièmes assistant·es qui évoluent. Leur poste comprend, entre autres, la rédaction de la feuille de service quotidienne, ordonnant la journée de travail pour les équipes et les comédiens, souvent sous la supervision du ou de la premier·ère assistant·e mais aussi la coordination de l’arrivée des acteurs et actrices, leur passage au maquillage et costumes et leur présence sur le plateau au bon moment. Ils communiquent étroitement avec les premier·ères assistant·es. Benoît confirme :
« Les deuxièmes assistants me remontent souvent des informations. Quelqu’un est arrivé de mauvaise humeur, quelque chose ne va pas. J’essaie d’écouter les concerné·es avant que cette énergie ne se propage.»
Sonia porte une attention particulière à la préparation des artistes:
« J’essaie toujours de comprendre la manière dont les comédiens se préparent. Certain·es préfèrent ne pas parler, mettent des écouteurs. D’autres, tels Danny De Vito avec qui j’ai travaillé, blaguent jusqu’à “action”. Mon rôle, c’est de faire en sorte que ces façons opposées de se concentrer ne se confrontent pas, ne se nuisent pas et que chacun·e puisse donner le meilleur. Je prends le temps de comprendre les caractères. Le but, c’est qu’ils, elles arrivent dans la meilleure disposition possible pour leur performance. »
Les comédien.ne.s sont des présences rares et précieuses, essentielles pour un film.

©Ferdi-Limani
Au fond, les deux assistant·es reviennent toujours à la même idée : protéger l’espace du jeu. Cela implique parfois d’intervenir indirectement : modifier un planning, désamorcer une discussion, ralentir un rythme.
« La performance des comédiens, c’est ce qu’il restera dans le film. Les comédiens sont des présences rares et précieuses, essentielles pour un film », dit Sonia. « Tout le reste doit servir ce cocon. »
Benoît parle d’un rôle de filtre :
« On absorbe beaucoup de choses pour que ça n’arrive pas jusqu’à eux. »
Cette position transversale donne aux assistant·es de réalisation une capacité particulière à percevoir les fragilités.
« La tâche numéro un, c’est de ne pas rester dans une tour d’ivoire », dit Sonia. « Il faut une grande sensibilité. Tu développes un radar. Tu anticipes les conflits avant qu’ils n’explosent.»
Benoît renchérit:
«Nous désamorçons des tensions que personne ne verra jamais. Mais parfois, il faut aussi laisser les gens s’expliquer entre eux, percer l’abcès puis les encourager à discuter calmement pour trouver un terrain d’entente et redémarrer du bon pied. »
Une sensation de tiraillement
« On marche constamment sur un fil », résume Sonia. « Si une scène dépasse le temps prévu, je ne vais pas l’interrompre, mais je vais annoncer que la suivante aura moins de temps. J’essaie toujours de formuler les choses positivement. En ce qui concerne les comédien·nes, leur exigence ou parfois leurs doutes les poussent à demander des prises supplémentaires. Je les accorde en général car cela va les soulager et je peux toujours ajuster le planning. Mais toutes ces micro-décisions nécessitent de la jugeote. Dans ma tête, je fais des calculs d’apothicaire en permanence pour mesurer les impacts de chaque changement sur l’ensemble du tournage. »
Cette position constamment placée entre le présent et le futur n’est pas le seul facteur éprouvant. Les assistant·es de réalisation font face à une autre réalité, celle de se trouver entre les besoins de la production comme le respect du budget et ceux de la création. En véritables funambules, ils et elles s’évertuent à ne pas faire trop pencher la balance d’un côté ou de l’autre.
« Parfois, je me sens comme un enfant de parents divorcés », confie Sonia en souriant. « Entre la production et la réalisation. Tu essaies de ménager les deux, mais il faut avoir le cuir solide. »

©Pierre-Daendliker
Benoît formule la même idée autrement :
« On est tirés entre le budget et la vision artistique. Constamment. Nous sommes comme une sorte de tampon. Nous absorbons beaucoup de choses pour préserver les interprètes, la réalisation et le reste de l’équipe.»
Comprendre cette tension permet de lire différemment certaines contraintes, telle que celle du temps, source d’incompréhension principale pour les comédien·nes.
« On convoque souvent les acteurs plus tôt que leur heure de tournage », explique Benoît. « Il y a le maquillage, la coiffure, mais aussi l’incertitude du plateau. Il peut arriver que nous finissions de tourner une scène en avance mais aussi en retard. On ajuste en permanence. Un tournage c’est comme un Tetris (jeu vidéo de puzzle en mouvement). Mais nous essayons toujours de communiquer les changements au cast. »
Les assistant·es de réalisation sont d’ailleurs souvent les premiers destinataires des demandes des comédien·nes.
« Ça peut être des choses très simples », raconte Sonia. « Le confort des loges, par exemple. Mais ces petits détails ont un impact énorme sur le jeu. Les loges, c’est l’antichambre de la performance. Si on y crée une bulle confortable, tout le monde y gagne.»
Benoît distingue plusieurs types de demandes :
« Si c’est logistique, on règle ça au plus vite. J’ai l’exemple d’une comédienne qui a eu un problème à l'œil, je relaie l’information à la production et elle est très vite emmenée chez un ophtalmologue. Mais si c’est une demande artistique, je préfère envoyer les interprètes vers le réalisateur ou la réalisatrice. Je pense que c’est important qu’il n’y ait qu’une seule personne de référence. »
Les comédien·nes doivent avoir une seule boussole.

©Berat-Kryeziu

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Les deux assistant·es sont très clairs sur ce point : ne pas intervenir directement dans le jeu.
« Je ne fais jamais de direction d’acteurs », affirme Benoît. « Sauf si le réalisateur ou la réalisatrice me le demande. Sinon, je transmets, mais je ne m’approprie pas les indications. Les comédien·nes doivent avoir une seule boussole. »
Sonia ajoute:
« Quand j’entends des comédien·nes qui parlent ensemble des rôles ou des enjeux, je vais tout de suite désamorcer les débats car j’estime que ces choses doivent être discutées avec le ou la réal. Il ne faut pas qu’il y ait des directions artistiques opposées à celle du film. Parfois, en tant que comédien·ne, on peut ne pas comprendre une direction prise par le ou la réalisateur·ice, mais cette personne a le fil rouge du film en tête, et cette direction s’inscrit dans la logique globale de la narration. Voilà pourquoi j’interviens.»
Il arrive également que les assistant·es deviennent relais, notamment dans des configurations complexes. « Sur des scènes de voiture, par exemple, où la réalisatrice ne peut pas être là physiquement car il n’y a pas assez de place, il arrive que je sois la seule personne de l'équipe de réalisation proche du cast.» raconte Benoît. « Si tel est le cas, la réalisatrice me donne les indications et soit je fais entendre sa voix aux interprètes via mon talkie, soit je leur répète les informations. »
Les scènes sensibles : un cadre préparé
Sur les scènes d’intimité ou de violence, le métier a évolué, et pour le mieux.
« Aujourd’hui, beaucoup de choses se préparent en amont », explique Sonia. « Avant, c’était plus compliqué. On était parfois messagers de demandes très sensibles. »
Elle évoque notamment l’arrivée des coordinateurs d’intimité comme un changement majeur, qui sécurise le cadre pour tout le monde.
Benoît ajoute :
« Dès le plan de travail, je note ces scènes-là tout comme celles de cascades, de courses de voiture, d'agressions, les scènes en langue étrangère, etc. Tout ce qui demande plus de soin pour les comédien·nes. Puis, je consulte les coaches de chaque domaine pour m’assurer des conditions nécessaires au bon déroulement des scènes en question. »
Un aspect rarement évoqué concerne l’après-coup des scènes émotionnelles.
« Si je vois qu’un comédien est un peu perdu et que le réal ne va pas vers lui, j’y vais », raconte Benoît. « Surtout avec les plus jeunes. Je me souviens d’une actrice de 14 ans qui avait beaucoup de scènes et pas toujours évidentes. On se faisait des petits signes à distance. Juste pour que je sache que tout allait bien pour elle. C'est essentiel pour moi de construire des relations de confiance avec les comédien·nes.»
Sonia partage cette attention :
« Je me suis retrouvé à jouer une réceptionniste dans la série RTS Intraçables. Je n'avais que deux répliques mais j’ai essayé de faire de mon mieux. On tourne deux, trois prises. Puis je ne sais pas trop ce qu’il se passe et je vois avec étonnement que la caméra tourne déjà le contre-champ et une comédienne, Sofia Essaïdi, me dit “Bienvenue sur les séries chérie”. J’ai compris ce que vivent les comédien·nes. Je me suis retrouvée transportée dans leurs doutes; est-ce que ma performance était crédible? Et je vois que le réalisateur est déjà occupé à la prise suivante. La posture de comédien n’est pas évidente. Il faut se rendre disponible, fragile et pendant ce temps il y a des enjeux beaucoup plus logistiques qui se jouent. J’admire énormément le travail de jeu et j’essaie de toujours faire qu’il y ait un temps de digestion après une performance ou d’inciter les réalisateur·ices à aller parler à leurs actrices, acteurs, pour ne pas les laisser dans l’inconnu. »
Une reconnaissance encore fragile
Sonia Rossier a remporté le Prix spécial de l'Académie lors des Prix du cinéma suisse 2024. Cette distinction récompense son travail sur le film "Laissez-moi" du réalisateur Maxime Rappaz, saluant son expertise dans la gestion de plateau et le rôle essentiel, souvent invisible, de l'assistanat de réalisation. En effet, malgré leur rôle central et la forte pression à laquelle ils et elles sont exposé·es, la reconnaissance reste discrète.
Sonia évoque un souvenir marquant:
« Un jour, sur le tournage d’une série, une cascadeuse est venue me voir parce qu’elle avait remarqué que je n’avais pas le temps de manger. Elle s’indignait de mes quinze minutes de pause. Ça m’a presque fait pleurer que l’on fasse attention à mon bien-être. Nous ne sommes pas des machines mais des êtres humains avant tout. »
A la fin de cet entretien croisé, à travers les paroles de Sonia et Benoît, une évidence se dégage : le lien entre assistant·es de réalisation et interprètes repose moins sur des gestes visibles que sur une multitude d’ajustements silencieux.
Planifier sans rigidifier.
Encadrer sans contraindre.
Protéger sans enfermer.
Dans cet espace intermédiaire, fait d’écoute et d’anticipation, se joue une part essentielle du cinéma : celle où l’organisation devient un allié du jeu - et où, derrière les talkies et les feuilles de service, se cachent souvent des partenaires plus attentifs qu’on ne le croit.

©Pierre-Daendliker-serie-espece-menacee.
Paroles de plateau
Sabine Timoteo, comédienne : « Benoît est pour moi quelqu’un d’une grande sensibilité, d’une finesse rare dans la relation à l’autre, tout en restant profondément professionnel. C’est quelqu’un qui peut être hors de sa zone de confort pendant des jours et continuer à faire tourner une équipe qui, ensemble, raconte une histoire. Toujours avec justesse.
Je pense souvent à des images du tournage de Transamazonia, de Pia Marais. La chaleur, les conditions difficiles, le Brésil, la Guyane… une fatigue très concrète, physique, liée aussi à la charge de travail. Et au milieu de ça, je revois Benoît Monney seul à une table de petit-déjeuner, en train de chercher des solutions. Fatigué lui aussi, mais toujours avec un sourire, toujours avec cette foi tranquille.
C’est quelqu’un à qui l’on fait confiance instinctivement. Un élément rare, précieux. Il a du courage et il ne lâche jamais l’affaire. Et je crois qu’on l’aime pour ça. »
Arcadi Radeff, comédien :« Sonia, c’est une énergie. Quelqu’un de très dynamique, toujours en mouvement, capable de gérer mille choses à la fois - et tout ça avec humour. Elle anticipe, elle agit, elle fait avancer le plateau, et elle trouve encore le moyen de lancer une blague au bon moment.
Elle a une manière très naturelle d’être avec les gens. Avec elle, il n’y a pas de tension inutile : elle ne crie jamais, mais elle prend les choses en main. Elle sait exactement quand intervenir et comment faire avancer les choses sans brusquer personne.
Je me souviens qu’on s’échangeait même des petits cadeaux pendant le tournage d’Intraçables. Ça dit beaucoup de son rapport au travail et aux gens. Il y a chez Sonia quelque chose de très chaleureux qui rend l’ambiance plus simple, plus vivante.
C’est quelqu’un qui aime profondément son métier, et ça se sent. Elle a une grande expérience, elle a tout vu, et pourtant elle garde une générosité et une fraîcheur rares. Sur un plateau, cette qualité humaine fait toute la différence. »
Baptiste Gilliéron, comédien : « Mon premier souvenir avec Benoît remonte à un court métrage, puis à la série Station Horizon, où il était deuxième assistant, donc très proche des acteur·ices. La première fois que nous avons travaillé ensemble avec lui comme premier assistant, c’était sur Pauline Grandeur Nature. Depuis, nos routes se croisent régulièrement, et c’est toujours un immense plaisir.
Ce qui me frappe chez lui, c’est sa manière d’habiter un poste souvent intense et stressant. Le rôle de premier assistant peut vite devenir celui du “flic du set”, et lui ne tombe jamais dans ce piège. Il travaille avec beaucoup de dévotion et de professionnalisme, mais surtout avec un vrai souci des personnes.
Il veille à ce que les acteur·ices soient bien traité·es et bien informé·es. On sent beaucoup de respect dans sa façon de faire tenir un plan de travail parfois serré.
Et malgré les enjeux, il garde toujours une place pour la légèreté. Entre deux prises, il y a des regards complices, des blagues, des débriefs très drôles. On a un peu grandi ensemble à travers les projets qui se sont mis sur nos routes, et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autres.»
Maxime Rappaz, réalisateur de Laissez-moi : « Sonia est à la fois une présence rassurante et une force très structurante sur un plateau. Pour moi qui réalisais mon premier long métrage, c’était essentiel. Elle a cette capacité rare de diriger le plateau avec finesse, sans rigidité, en construisant un pont très intelligent entre les besoins de la réalisation et ceux de la production.
Elle sait aussi créer un lien juste avec les comédiennes et les comédiens. Elle est à leur écoute, attentive, disponible, tout en étant capable de poser des limites quand certaines exigences deviennent irréalistes. Cette capacité à protéger à la fois le film et les personnes est précieuse.
J’apprécie énormément l’ambiance qu’elle installe : un équilibre subtil entre des moments de détente, presque légers, et le sérieux d’un travail profondément engagé. Elle apporte une qualité humaine qui dépasse la simple organisation.
Pour toutes ces raisons - et aussi parce qu’avec le temps nous sommes devenus amis - il m’est aujourd’hui difficile d’imaginer un prochain tournage sans Sonia. »
Élie Grappe, réalisateur de Olga : « Sur Olga, j’ai compris à quel point le premier assistant tient réellement la barre d’un tournage. Cette évidence m’a offert un grand espace pour travailler avec les interprètes, parce que je savais que le plateau était conduit par Benoît.
Il dirige avec beaucoup de calme, sans agressivité ni démonstration d’autorité. Cette sérénité a un impact direct sur les interprètes. Jouer implique une forme de vulnérabilité, et cela demande un environnement sûr, sans tensions inutiles. Dans sa manière de conduire le plateau, Benoît permet vraiment cela.
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est sa justesse dans la relation : toujours à la bonne distance avec les interprètes. Et comme il est lui-même réalisateur, il a un vrai regard sur le jeu. Sur Olga, nous échangions régulièrement avec lui, la cheffe opératrice et le scripte. Il avait des idées très fines, qu’il proposait toujours avec beaucoup de tact. J’adorais pouvoir solliciter son avis. »
Frédéric Baillif, réalisateur de Genève-Dublin
« C’était la première fois que je travaillais avec un premier assistant aussi expérimenté. Benoît Monney est quelqu’un d’adorable, profondément dévoué, avec une vraie capacité à se mettre au service du film.
Ma manière de travailler repose beaucoup sur l’improvisation : aucun dialogue écrit, de longues prises, des interprètes pas tous professionnels. Cela demande une grande souplesse, notamment pour mettre en confiance des personnes peu habituées au plateau. Benoît a été d’une flexibilité remarquable avec cette méthode inhabituelle.
Le tournage impliquait aussi de nombreuses réorganisations : des changements de scénario, des ajustements constants du plan de travail liés au réel. Il a absorbé tout cela avec une grande sérénité. Là où il aurait pu y avoir des obstacles, il voyait surtout des défis à relever.
Il a su comprendre ma méthode, s’y intéresser sincèrement, et se mettre au service de ma vision. »