Tout Woody à perdre Allen

Confrontée à la fronde des employés de Hachette aux Etats-Unis, l’autobiographie du réalisateur de Manhattan aurait pu ne jamais sortir. Un petit éditeur indépendant s’est finalement chargé de la publier. En France, c’est Stock qui a acquis les droits de “Soit dit en passant”. Mais l’ouvrage, qui revient amplement sur les rapports de l’auteur avec Mia Farrow, aurait tout aussi bien pu porter le titre de son 6e film: Guerre et Amour .

“Certaines personnes voient le verre à moitié vide; d’autres, à moitié plein. Moi, j’ai toujours vu le cercueil à moitié vide”. Chez Woody Allen, la lucidité ne s’est jamais départie d’une bonne dose d’humour noir. Soit dit en passant, son autobiographie publiée après bien des péripéties éditoriales, ne fait pas exception à la règle. Au point même que l’auteur parvient à glisser des pointes d’esprit dans le sujet pourtant dramatique qui occupe une bonne partie de l’ouvrage – et qu’il qualifie lui-même de “sujet fastidieux” : les accusations d’attouchements sexuels sur mineur dont il a fait l’objet de la part de la fille de son ex-compagne, la comédienne Mia Farrow.

Quelle que soit son opinion sur l’affaire, il s’agit ici de la chronique du livre d’un réalisateur de premier plan (même si le principal intéressé s’en défend), pas d’un tribunal. Et, pour ce qui concerne la justice, une équipe de thérapeutes et une enquête de police ont conclu par deux fois à l’absence de preuve et au peu de crédibilité des accusations. Sur ce qui s’est passé, Woody Allen adopte autant un point de vue, forcément subjectif, qu’il documente des faits pour la plupart vérifiables. Nombre de journalistes ont vu dans les longs passages consacrés aux démêlées judiciaires de l’auteur une forme de plaidoyer pro domo. La question est: comment, dans une autobiographie digne de ce nom, passer sous silence une affaire qui occupe 30 ans de votre existence? Au final, comme le constate l’auteur, “comme je ne crois pas en l’au-delà, je ne vois vraiment pas quelle différence cela fait que les gens se souviennent de moi comme d’un cinéaste ou d’un pédophile”.

En attendant de valider tel ou tel éclairage posthume, c’est bien le cinéaste qui nous intéresse. Celui qui, aux Etats-Unis comme en Europe, a toujours été considéré comme un auteur “intellectuel”. C’est à cette réputation-là que Woody Allen cherche en premier lieu à tordre le cou. Lui, l’aspirant magicien qui en pinçait pour la BD, ne s’est entiché de philosophie que quand il s’est agi de séduire ces filles qui “se maquillaient très peu, choisissaient invariablement des cols roulés, des jupes et des collants noirs, un exemplaire de La Métamorphose dans leurs gros sacs en cuir”. En revanche, très tôt, l’auteur montre un talent rare pour écrire des… blagues! Toute l’oeuvre “allenienne” tire son efficacité du sens de la formule trempée d’humour juif. Et c’est ainsi, à force d’ajuster les bons mots, avec une assiduité doublée d’une indéniable sagacité, que le fils de Nettie et de Martin Konigsberg va gravir tous les échelons pour atteindre les sommets du 7e art. On peut ne pas être sensible aux films de Woody Allen mais difficile de contester qu’ils n’ont pas marqué plusieurs générations de spectateurs.trices.

L’intérêt de Soit dit en passant, outre son style alerte et drôlatique, c’est la somme d’anecdotes portant sur les coulisses des films du réalisateur et, plus largement, de l’industrie cinématographique. On découvre comment Woody Allen s’est brouillé avec Emma Watson pour une bête histoire de cuisson d’oeuf! On y croise Peter O’Toole, Groucho Marx ou encore Cary Grant. Et, de Diane Keaton à Scarlett Johansson en passant par Mariel Hemingway, les innombrables comédiennes à qui le réalisateur a confié des rôles magnifiques (deux d’entre elles décrocheront un Oscar du meilleur rôle féminin). Jamais avare de compliments à propos de celles et ceux avec qui il a travaillé, Woody Allen fait preuve de plus de circonspection sur ses propres capacités à produire quelque chose de satisfaisant. “Je suis un imperfectionniste”, confie-t-il, précisant qu’il “aime tourner une scène, passer à la suivante, en finir et (se) tirer”. Sa recette? “Engager de grands acteurs et les laisser tranquilles, tel a toujours été mon grand secret pour la mise en scène”. D’ailleurs, il reconnait préférer l’écriture à la réalisation qui est toujours “un vaste champs de mine”. En cela, difficile de ne pas établir un parallèle avec sa conception de l’existence, laquelle, qu’on y prenne ou non garde, peut toujours vous pêter à la gueule.

Car au-delà de la seule interprétation cinématographique du monde, Soit dit en passant s’affirme comme un livre profondément « existentiel ». Le témoignage d’un homme de 84 ans qui convulse à l’idée de franchir un seuil et qui constate:  « Ils ont tous disparu. Truffaut, Resnais, Antonioni, De Sica, Kazan. Certes, Godard est encore en vie, mais il a toujours été un anti-conformiste ». Le cinéma, la mort, l’humour. Tout est dit.

Soit dit en passant, Autobiographie, Woody Allen. Ed. Stock

Soudain Romy Schneider

Comment saisir l’autre, cet autre qui toujours échappe, la mort n’étant qu’une des figures possibles et pourtant ultimes de l’échappée belle? Belle comme Romy Schneider, dont s’empare, ou plutôt se rapproche Guillaume Poix dans ce texte “à la lisière du théâtre, de la parodie et du roman”, ainsi que le spécifie la 4e de couverture. Au départ, il s’agit d’une commande du directeur du Théâtre Le Poche à Genève, une manière de plonger dans La piscine, ce film des symétries meurtrières où les corps désirables se figent en clichés. Ici les personnages et les partenaires de l’actrice (Delon, Piccoli, Trintignant, etc.) parlent pour l’absente ou plutôt disent l’absente, l’enferment parfois dans un regard essentiellement masculin que le procédé d’écriture s’emploie justement à désamorcer. C’est parfois naïf, forcément orienté au-delà même de celle que fût l’actrice, toujours poétique et finalement riche d’intuitions. Comme celle-ci, placée dans la bouche de Jacques Dutronc, partenaire de Romy Schneider dans L’important c’est d’aimer de Zulawski: ” …mourir ici, comme ça, au milieu des autres, mourir ici comme ça – pas sur scène mais plutôt en jeu – mais non: en vie, oui, bien sûr, c’est ça: mourir en vie”.

Soudain Romy Schneider, Guillaume Poix. Lisières, Ed. Théâtrales. 

La direction d’acteur peut-elle s’apprendre?

Pour cet ouvrage collectif, Jean-François Dussigne reprend le titre des rencontres internationales qu’il avait organisées à l’Université de Paris 8 en 2014. Professeur en arts du spectacle, pédagogue et metteur en scène, l’auteur privilégie le croisement des regards puisque l’on compte pas loin d’une cinquantaine de contributions (Georges Banu, Stéphane Poliakov, Marie-José Malis…). On y évoque le travail de Mnouchkine, Chéreau ou encore Castorf qui, chacun(e) se sont confrontés au défi de la direction d’acteur, les deux premiers l’abordant par le « non-dit », le troisième par l’espace. Dans tous les cas, force est de constater qu’il existe autant de méthodes que d’individus et qu’aucun modèle ne s’affirme au détriment des autres. C’est cette pluralité qui fait la richesse d’un ouvrage qui, loin d’épuiser la question qu’il pose, en explore la complexité tant d’un point de vue pédagogique qu’artistique. Avec ce constat, toujours vérifiable, que c’est la notion même de « direction d’acteur » qui reste à définir.

La direction d’acteur peut-elle s’apprendre, collectif sous la direction de Jean-François Dussigne. Ed. Les Solitaires Intempestifs

Le guide du comédien

A l’instar du Guide du routard, dont il partage le même attrait pour les territoires à explorer, Le Guide du comédien fait figure de référence pour toutes celles et ceux qui ambitionnent de monter un jour sur une scène – ou sur un plateau de cinéma. Même si les nombreuses adresses mentionnées concernent avant tout les apprentis comédien.nes français.ses, les conseils fournis pour préparer les concours et les auditions restent valables au-delà des frontières de l’Hexagone. Au fil des nombreuses éditions, les rubriques se sont renforcées, et l’on transite ainsi de “La documentation et la culture du comédien” à “La vie pratique du jeune comédien” en passant par “Théâtre et cinéma en listes et statistiques”. Un chapitre est également consacré aux écoles d’art dramatique tandis qu’un autre aborde l’aspect juridique des contrats d’engagement. Bref, à défaut de faire de vous une vedette, Le Guide du comédien vous fournit quelques repères dans un parcours souvent semé d’embûches. Utile, donc, mais sans doute ni plus ni moins que le Guide du routard

Le Guide du comédien, 16e édition. Eric Normand et Alain Hegel. Ed. Du Puits fleuri

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