L'Empire des signes

Ils sont là, œuvrant dans les angles morts pourtant grouillant de vie ; sur le plateau, suspendus dans les cintres, s’affairant dans les coulisses, les ateliers ou dans le secret des loges. Ils habillent les corps et l’espace, scénographient, construisent, éclairent, composent, sonorisent, maquillent, filment, coiffent, photographient, peignent, coachent, tirent des fils narratifs, accompagnent. Doté.e.s de savoirs-faire uniques, ces magicien.ne.s de l’ombre mettent leurs compétences et leur créativité au service du spectacle, des acteur.ice.s et du public. Sans eux, rien n’advient. Pourtant leur parole est rare. Cette méconnaissance des métiers fondamentaux du théâtre et du cinéma est une hérésie.  L’Empire des signes vous propose de basculer back-stage pour faire connaissance avec ces artisans, techniciens et créateurs-concepteurs souvent anonymes qui officient pour que la forme rencontre le(s) sens. Le témoignage d’un.e comédien.ne offrira un bref contre-point sur ces pratiques méconnues.

Danielle Milovic, créatrice lumière

Au théâtre, la lumière fait la pluie et le beau temps, le dehors et le dedans, l’obscur et le flamboyant. Architecture immatérielle, elle tire les fils de la métamorphose scénique.

Une fois n’est pas coutume ; braquons un coup de projecteur sur ces magicien.ne.s de l’ombre qui sortent les boîtes noires de leur obscurité en sculptant l’espace de la fiction à coup d’ondes électromagnétiques.

Pour parler d’un métier nécessitant un large spectre de compétences techniques et artistiques, je me suis entretenue avec Danielle Milovic, une chasseuse d’images qui illumine nos plateaux depuis plus de trois décennies. Ses fines patines, son sens du rythme et de l’humour, sa curiosité inaltérable, son énergie dévorante teintent son parcours ; celui d’une femme qui a la flamme mais qui jamais ne se pavane sous les feux de la rampe. Son précieux témoignage éclaire la réalité d’une profession de passion. 

Comédien à la carrière époustouflante, Thierry Jorand partage ensuite quelques mots sur Danielle et son rapport aux lumières, offrant un contre-point d’interprète-esthète.

Article signé Laure Hirsig

Comment définiriez-vous votre métier ?

Je suis créatrice lumière pour les arts vivants. J’ai débuté ma carrière à l’âge de 18 ans à la Maison des Arts de Thonon-les-Bains en tant que technicienne. Je me suis donnée à fond. Après 5 ans d’expérience comme technicienne, j’ai commencé à concevoir des lumières pour le Théâtre de Marionnettes de Genève. J’avais 23 ans. Cela fait 35 ans que je travaille et 10 ans à peine que je ne me définis plus comme éclairagiste mais comme "créatrice lumières". J’ose enfin affirmer ma part "créatrice".

Mon défi étant de trouver où mettre mes projecteurs. Je passais des nuits à faire des croquis, je n’y connaissais rien mais c’était mathématique, et comme j’étais bonne en maths...

Qu’est-ce qui vous a attirée dans la lumière ?

Je n’étais pas du tout motivée à l’école tout en sachant précisément ce que je voulais faire plus tard : créer des publicités. Pour cela, j’envisageais d’intégrer une école de cinéma. Vu mes résultats, seules deux écoles m’acceptaient, me destinant à devenir soit secrétaire, soit couturière. Mon oncle m’a alors dit « Danielle tu es un artiste j’en suis certain, tente la couture, tu deviendras peut-être une grande styliste ». Je n’ai pas aimé la couture mais j’ai facilement obtenu mon CFC* à 18 ans. J’ai postulé à la Maison des Arts de Thonon qui cherchait un.e assistant.e plateau. Cela semblait tomber à pic, un long métrage allait s’y tourner cette année-là. Mon rêve ! J’ai été déçue par cette expérience de cinéma. J’avais goûté en premier au spectacle vivant et immédiatement accroché à la lumière pour la scène. Comme à l’époque, j’avais peur de l’électricité, j’ai décidé de passer un CFC d’électro-technique comme candidate libre en cours du soir pour poursuivre dans cette voie.

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puisez-vous votre inspiration ?

L’intuition me guide. D’abord, je me créé des images mentales. La dimension technique vient en second plan. À l’époque où j’ai débuté ma carrière d’éclairagiste, le Théâtre de Marionnettes de Genève étaient équipé avec un système de deux ponts. Les comédien.ne.s manipulaient depuis ces ponts. Toutes les marionnettes étaient stockées dans les coulisses. Du coup, il ne restait aucune place pour l’éclairage. Il fallait installer les sources-lumière à l’intérieur de l’aire de jeu ou éclairer le plateau avec des faces qui aplatissent tout. Moi, je voulais du relief et pouvoir séparer l’image avant de l’image arrière en travaillant différents plans. Alors, je me suis dit que la meilleure solution serait d’éclairer avec des latéraux-douches pour effacer les ombres portées. Je passais la moitié du temps dans les coulisses à observer et noter tous les déplacements des comédien.ne.s et des marionnettes. Mon défi étant de trouver où mettre mes projecteurs. Je passais des nuits à faire des croquis, je n’y connaissais rien mais c’était mathématique, et comme j’étais bonne en maths... Je dessinais, calculais les angles des projos, traçais les faisceaux. Au lieu d’utiliser les perches pour y accrocher les projecteurs, j’ai fini par tirer des tubes depuis le plafond et y ai suspendu mes sources exactement à l’endroit où j’en avais besoin. Les comédiens pouvaient tous tourner autour.

Tania De Paola dans "Le jardin de la grosse dame"©Danielle Milovic

Avez-vous conservé cette méthode artisanale ou utilisez-vous des logiciels informatiques ?

J’aime suivre l’évolution du matériel. La curiosité est mon moteur. D’ailleurs, quand j’arrive dans un théâtre qui a un projo que je n’ai jamais utilisé, je me rue dessus pour voir ce qu’il a dans les tripes. Depuis 13 ans, j’utilise mon propre logiciel que je maitrise complètement et m’assure une parfaite autonomie. Je transporte mon système avec moi. Il se résume à un ordi et un boîtier.

Nathalie Cuenet et Pierre-Isaïe Duc dans "Vie et mort de Pétula" de Valérie Poirier, mise en scène Yvan Rihs©Danielle Milovic

La conduite lumière est aussi importante que le concept. L'architecture-lumière devient poétique grâce au rythme que je lui donne.

À quoi se reconnaît le style Milovic?

Architecture et Rythme. Je sculpte l’espace soit avec le traitement de la lumière elle-même, soit par l’installation des projos qui composent une sorte de scénographie. À l’intérieur de cette architecture, je peux varier les styles à l’infini, selon l’univers théâtral que je dois éclairer.

Une fois que je tiens mon concept, je travaille le rythme. Par exemple, récemment, j’ai dû faire une création lumières en 6 jours seulement. J’ai implanté une voûte de projecteurs, nimbé l’espace d’un peu de brouillard. Comme nous étions deux spectacles à jouer le même soir, nous devions nous partager le matériel. Personne ne voulait des PC** alors je les ai tous pris et j’ai construit ma voûte avec leurs faisceaux. Toute l’installation lumière était à vue. Je n’ai passé que 3 jours à développer l’idée mais j’ai consacré les 3 jours suivants à écrire la conduite pour piloter cette installation. La conduite est aussi importante que le concept. L’architecture-lumière est devenue poétique grâce au rythme que je lui ai donné. Nous avions l’impression d’être sous la voûte céleste. Je dis toujours que le son aide le texte et que la lumière aide la mise en scène.

Quelles sont les contraintes auxquelles vous confronte votre métier ?

Principalement le manque de temps. Lorsque le temps manque, je me démène pour ne pas perturber les comédien.ne.s. Lorsque le temps est suffisant, nous pouvons essayer ensemble des choses plus fines, plus précises. L’autre contrainte est le doute qui me tenaille jusqu’à l’arrivée du public. J’ai un vrai problème avec ça. Une fois qu’arrivent les spectateurs et que je reçois les premiers retours, il s’amenuise. J’arrive alors à estimer le travail accompli, voir si c’est réussi, mais aussi prendre du recul pour revenir fraîche chercher de meilleures solutions en cas de reprise, ou s’il y a des choses à améliorer. Lorsque je fais la régie de ma création, mon cerveau a besoin d’un laps de temps pour permuter de créatrice à régisseuse. Au bout de quelques jours, les deux casquettes reviennent se visser sur ma tête.

Vous arrive-t-il de ne pas adhérer à un univers artistique ? Si oui, comment gérez-vous ?

À une époque, cela me rendait nerveuse et désagréable, je me confrontais aux metteur.e.s en scène. Aujourd’hui, je réussis à lâcher. J’essaie toujours de me raccrocher à quelque chose ; les comédien.ne.s bien sûr mais aussi la musique, le décor, les costumes, les maquillages. J’aime collaborer avec les autres concepteurs. Il y a de formidables professionnel.le.s en Suisse romande.

"Mangata" Cie Roz&Coz, mise en scène Joëlle Richard

©Danielle Milovic

En deux mots, que détestez-vous dans votre métier ?

Couper les gélatines ! J’ai horrrreur de ça !

Plus sérieusement : l’incompétence ou le manque d’écoute. La dernière fois que j’y ai été confrontée, j’ai dû laisser le metteur en scène tomber dans son propre piège avant de pouvoir lui proposer quelque chose qu’il m’a finalement laissée faire. J’ai le chic pour mettre le doigt sur les doutes dans les mises en scène ou chorégraphies. La lumière finit toujours par piéger les faiblesses de mise en scène. Forcément, je pose des questions quand je n’arrive pas éclairer une scène.

Et puis, au début de ma carrière, j’ai parfois été confrontée au sexisme. J’ai le souvenir cuisant d’un régisseur engagé pour régler les retours-son d’un concert d’Alain Souchon à la Maison des Arts de Thonon où j’officiais comme régisseuse plateau. À plusieurs reprises, il m’a agressée verbalement avec des : « Qu’est-ce que tu fous là ? Pas de femme sur le plateau. Tire-toi ». À sa 3ème remarque, j’ai signalé son comportement à la direction, qui est allée chercher le manager d’Alain Souchon. Ils sont descendus sur le plateau et l’ont foutu dehors. Une demi-heure après, un autre régisseur-son le remplaçait. Il reste encore des petits machos par-ci par-là mais je suis moins confrontée à ce genre de problèmes. J’ai même l’impression que l’on me respecte précisément parce que j’ai résisté à certains comportements abusifs.

Il reste encore des petits machos par-ci par-là mais je suis moins confrontée à ce genre de problèmes. J’ai même l’impression que l’on me respecte précisément parce que j’ai résisté à certains comportements abusifs.

En deux mots, que préférez-vous dans votre métier ?

La conduite*** parce qu’avec rien tu peux faire beaucoup ! J’aime travailler les transitions entre les effets. Je suis une créatrice mathématicienne (sourire). Il y a une pensée logique, mathématique, à constuire pour ne pas épuiser le spectateur en rythmant les effets. La conduite c’est de la dramaturgie. Par exemple, j’ai récemment créé la lumière d’un spectacle dans lequel l’un des projecteurs racontait tout le long la même chose.

J’aime aussi, même quand le processus est laborieux, collaborer avec des metteur.e.s en scène qui stimulent mon imaginaire et partagent leur vision pour que quelque chose sorte de mes tripes.

Xavier Fernandez-Cavada - Premiers Amours - Théâtre Saint-Gervais © Dorothée Thébert Filliger

Xavier Fernandez-Cavada - Premiers Amours - Théâtre Saint-Gervais © Dorothée Thébert Filliger

Êtes-vous très présente en répétition, lisez-vous le texte, vous documentez-vous ?

Tout dépend des projets. En 2022, j’ai créé les lumières de Premier amour de Beckett. Comme entrée en matière, Xavier-Fernandez Cavada me dit « je vais faire un solo ; je serai seul sur scène et il y a de fortes chances que je ne bouge pas ». Je connaissais bien l’univers de Beckett mais n’avais pas lu Premier amour. Instinctivement, j’ai répondu à Xavier : « je pense que je vais t’entourer de projecteurs », sans savoir à l’avance comment j’allais procéder. J’ai construit la lumière du spectacle avec six projecteurs suspendus au-dessus de lui en forme de spirale ascendante. La lumière était en perpétuel mouvement. J’ai commencé à suivre les répétitions une fois cette installation créée. Comme les projecteurs étaient fixés près de Xavier, la lumière était extrêmement précise. Il entrait en scène dans le noir, arrivait aux clous que j’avais plantés dans le plancher comme repères, s’y plantait les talons pour rester fixe pendant son heure et demi de jeu. 

De répétition, j’ai le souvenir ému du comédien François Florey dans une mise en scène de Yan Walther, un monologue sur la chute des tours jumelles le 11 septembre 2001. Le spectacle bougeait beaucoup, avec plein d’effets, un trompettiste en live, un immense mur en papier journal tombait au début de la représentation. C’était très vivant au niveau de la lumière aussi. François Florey m’a énormément aidée car il a tout de suite senti sur quel chemin je m’étais engagée. Il proposait avec moi. S’il le fallait, il changeait son parcours, son jeu même. Il participait et interagissait directement avec la lumière en train de se faire. C’était génial.

L’année dernière, j’ai travaillé avec Thierry Jorand qui s’intéresse énormément à la lumière. Il me demandait toujours où se placer. Tellement pris par son jeu, il tombait souvent à côté mais peu importe. Très consciencieusement, il prenait ses propres repères au sol, ou en fonction des allées du gradin.

Selon vous, votre métier est-il reconnu à sa juste valeur ?

En comparaison à la France, non. Là-bas, il y a les Molières de la lumière. Ici il n’y a rien d’équivalent. Une reconnaissance des métiers du spectacle s’amorce à peine. Une filière scénographie s’est récemment ouverte à La Manufacture***.

Socialement non plus. Les concepteur.ice.s lumière sont souvent considéré.e.s comme des technicien.ne.s. Je ne suis plus confrontée à cette confusion grâce à mon parcours long. Que tu m’aies demandé de parler de mon métier me fait extrêmement plaisir car cela n’arrive jamais. 

En réalité, mes vrais moments de bonheur sont les retours du public. J’en conserve quelques beaux souvenirs. Un soir, je sors du Théâtre de Poche à Genève. Deux mamies échangeaient leurs impressions en se tenant le bras. La 1ère s’exclame : « qu’est-ce que j’ai aimé les lumières ! », ce à quoi la seconde répond : « oh, moi aussi ! ». J’étais juste derrière, tellement heureuse. Dernièrement, à Vevey, ce sont deux jeunes filles qui parlaient de mes lumières à l’issue de la représentation. C’est aussi pour ces occasions d’échange que j’aime faire les régies. Quand tu ne suis pas ta création, tu n’entends pas les retours.

Financièrement, je m’adapte mais je suis obligée de cumuler une dizaine de spectacles par saison pour survivre. Lorsque je travaille pour une institution, je me réfère à la grille salariale du syndicat et fais valoir mon ancienneté. Les compagnies indépendantes n’ont pas les moyens de proposer les mêmes conditions. Quant au temps d’engagement, il se réduit fréquemment à 2 semaines, parfois 1 semaine par manque d’argent ou de temps de plateau. Je râlais beaucoup à ce sujet jusqu’à ce que je fasse les lumières d’un opéra titanesque à Vladivostok il y a 8 ans, avec 6 jours de plateau en tout et pour tout ! Depuis, j’ai complètement basculé. Maintenant, tout me semble facile (rires). Le 7ème jour, jour de la Première, le metteur en scène Alain Maratrat et moi avions des effets à finir. À 1 heure de la Première, une trentaine d’ouvreuses - de grandes Russes d’1.80 mètres hyper déterminées - ont tenté d’entrer en salle pour préparer l’entrée des 2300 spectateur.ice.s attendu.e.s. Rien à foutre : Alain et moi sommes restés focalisés sur nos réglages. Nous avons commencé avec 20 minutes de retard. Heureusement, là-bas, le public comprend bien la réalité artistique.

Financièrement, je m'adapte aux conditions d'emploi, mais je suis obligée de cumuler une dizaine de spectacles par saison pour survivre.

Nelson Schaub dans "Hello?! Less Tears ! More Actions!"

©Danielle Milovic

Êtes-vous attentive à la transmission de votre savoir-faire ?

Oui, beaucoup. D’ailleurs, j’ai fait plusieurs tentatives, proposant à des apprentis de me suivre en création mais ma proposition n’a jamais abouti. Du coup, j’appelle de ma propre initiative, de jeunes gens que j’embarque pour des montages, des régies. Mon objectif est de les former pendant 5 à 7 ans de suite. Je leur transmets tout ce que je peux et ils sont bien sûr payés. Au bout d’un moment, ils prennent leur envol. Loane Ruga est resté 7 ans avec moi sur ce mode de transmission. Petit à petit j’ai vu son œil s’aiguiser. Maintenant il signe ses propres créations lumière.

Avez-vous un rêve en ce moment ?

Imaginer un spectacle sur mes origines monténégrines à travers mon histoire de famille en évoquant la maltraitance et la soumission des femmes dans les Balkans. Plusieurs destinées de femmes - dont la mienne - s’y imbriqueraient. 

*CFC : Certificat Fédéral de Capacité suisse.

** PC : plan convexe représentant un type de projecteur à focal variable qui permet l’émission d’un flux lumineux plus ou moins serré.

*** conduite : liste chronologique des « effets » à déclencher par le régisseur lumière.

 La Manufacture : Haute école des arts de la scène, basée à Lausanne.

Contre-point - Thierry Jorand, comédien

Qu’est-ce qui, selon vous, caractérise Danielle Milovic professionnellement ?                                  

Je fréquente Danielle professionnellement depuis plus de 20 ans. Quand on lui donne les moyens et quand on l’écoute, elle a la possibilité de s’exprimer brillamment avec la lumière car elle a du talent et une grosse capacité de travail. J’ai toujours beaucoup de plaisir à travailler avec elle. J’aime son caractère bien trempé. Ses emportées hautes en couleurs sont vivifiantes.

En tant que comédien, quel rapport entretenez-vous à la lumière ?

La lumière est indispensable pour bien connecter le comédien au spectateur. L’architecture, le mystère, le climat et l’ambiance d’un spectacle sont donnés par la lumière. Le plateau n’est pas un lieu "normal". Nous y sommes hors du temps. Quand une scène est éclairée au néon ou avec les éclairages de service, pour moi c’est un drame. J’ai besoin de la concentration qu’apportent les lumières, la mise en scène, la beauté. Le cinéma est une sorte de peinture qui bouge. Le théâtre, une peinture qui parle. La lumière, c’est de la peinture. Voir un clair-obscur de Rembrandt est sublime. Voir un clair-obscur sur un plateau, tout simplement magnifique. Je crois que l’on peut se passer du décor, mais pas d’un.e bon.ne éclairagiste. Ce sont des artistes, pas juste des technicien.ne.s. Et quand le son est aussi chiadé que la lumière ; non seulement tu habilles les acteurs, mais en plus, tu les aides dans le jeu.

En tant que spectateur, êtes-vous sensible aux lumières ?

Pour moi, la lumière est fondamentale, presque plus que le son, auquel je suis pourtant très sensible aussi. La lumière peut nous donner l’impression d’un extérieur, l’illusion d’un ailleurs, ou être purement poétique. Elle n’a besoin d’aucune logique, d’aucune réalité pour mettre en tension ou pour aider à la densification de l’espace-temps. Alors oui, la lumière est essentielle !

Laure Hirsig est diplômée de l’École d'Art Estienne (Paris) en gravure et en Histoire de l’art. Cette passionnée de dessin fonde sa pratique sur l’incessant dialogue entre technique et création. De retour en Suisse, elle s’immerge dans le milieu théâtral et entretient aujourd’hui un rapport direct au plateau par la mise en scène et la dramaturgie.