Yvette Théraulaz :
un peu, beaucoup; à l’infini
Yvette Théraulaz n’a pas la langue dans sa poche, et ceci n’est pas un scoop pour celles et ceux qui ont déjà rencontré cette voix singulière. Chanteuse et comédienne depuis plus de 60 ans, elle est une gratteuse de mots, une fouilleuse de sens. Cash toujours, et résolument féministe, l’actrice se prête ici au jeu de l’interview avec une générosité déconcertante. Sans détour et merveilleuse de digressions.
Propos recueillis par Marie-Lou Félix

© Maurizio Giuliani
« Non, non je n’invente pas mais je raconte tout droit ». Est-ce que cette phrase vous dit quelque chose, Yvette Théraulaz ?
Oui, c’est Anne Sylvestre. C’est une chanson que j’avais reprise dans mon spectacle Histoires d’Ils. Le morceau s’appelle Maison Douce et c’est la métaphore d’un viol collectif. Anne Sylvestre raconte ce viol d’une manière métaphorique et, à la fin de chaque couplet, elle apaise, elle dit : « Non, non je n’invente pas mais je raconte tout droit ». Surtout, à la toute fin, elle a ces mots pour conclure : « Non, non je n’invente pas, moi je dis ce que je dois ». J’aime cette dernière phrase. C’est ma responsabilité, en tant que productrice de sens sur une scène de théâtre ou de music-hall, d’envoyer ce genre de, comment dire… Ce n’est pas un message et ça n’a rien à voir avec du prosélytisme. C’est simplement un constat. Quand on est une artiste, on a une responsabilité. C’est ce que m’évoque cette phrase d’Anne Sylvestre. Dire ce que l’on doit. C’est très bien de commencer l’interview de cette manière ! Tout pourrait se résumer par cette phrase-là.
Que représente l’espace de la scène pour vous aujourd’hui ?
Je dirais que c’est peut-être le dernier endroit où l’on peut être ensemble. C’est banal, mais c’est une réalité. On a besoin de lien, de fraternité, de poésie. De beauté aussi. Moi je continue à être affamée de théâtre, même après toutes ces années. Je fais ce métier depuis 63 ans. Ça me fait bizarre, c’est plus d’un demi-siècle. Et j’éprouve toujours cette même curiosité, cet émerveillement. Une urgence aussi. Il me semble que le sentiment d’urgence est nécessaire pour aller sur scène. Cela m’évoque ce poème de Baudelaire, interprété par Serge Reggiani, qui s’appelle Enivrez-vous. Enivrez-vous ! Peu importe de quoi vous vous enivrez, mais enivrez-vous, ne soyez ni mou ni tiède, engagez-vous.
Dans Rien ne manque sauf moi même, un spectacle écrit et interprété par vous il y a maintenant plus de 30 ans, vous vous décriviez comme « une femme qui aimerait élargir l’individu qu’elle a en elle ». La formule est très belle. Y êtes-vous parvenue ?
Je ne sais pas. Cette histoire de l’individu qui est en moi interroge sur la manière d’accueillir quelqu’un qui ne pense pas comme vous, qui ne vit pas comme vous, qui n’a pas les mêmes valeurs. Est-on condamné.e à rester toujours avec ce qui nous ressemble? Peut-on reconnaitre en l’autre des choses qui nous sont impossibles à agglomérer ? C’est Christian Bobin qui parle de ça… Le fait de chercher à tout agglomérer autour de son petit moi. Et c’est la mort ça ! Sans élargir, je pense que l’on se fige. On ne progresse plus. On est dans une époque comme ça, marquée par une culture individualiste. Dans nos métiers aussi. Les jeunes qui sortent de La Manufacture, je me demande quelles sont leurs nécessités. Je suis 1 allée voir leurs solos de sortie et il y a des choses vraiment très belles. Cela dit, je trouve que certaines formes restent…comment expliquer sans dire de bêtises…un peu autocentrées. Alors, moi aussi je fais ça ! Je pars toujours de moi. Mais j’élargis après, artistiquement. Parler de soi c’est intéressant, mais il faut que cela devienne un geste artistique. J’ai la même réflexion concernant les romans et les essais qui sortent sur le harcèlement, le consentement, etc. S’il n’y a pas un style, une écriture, il me manque quelque chose.

© Maurizio Giuliani
Le geste d’écriture implique de s’élargir plutôt qu’agglomérer ?
Absolument. Élargir afin qu’il y ait de l’espace pour la question. Parce que s’il n’y a pas cet espace, ou alors si la scène donne des leçons, cela devient narcissique… Il faut un certain ego pour faire du théâtre, c’est vrai. Mais moi je me souviens au départ, j’avais surtout une envie folle de jouer sur un plateau avec d’autres. L’individualisme était moins présent. Quand j’ai fait partie de troupes comme le Théâtre Populaire Romand à la Chaux-de-Fonds, ou le T’Act, ou quand je suis allée jouer en France avec Les Fédérés à Montluçon, ou encore dans les Vosges avec le Théâtre du Peuple, c’étaient des expériences collectives. Pendant des années et des années, j’ai travaillé sans avoir la préoccupation de savoir si j’étais mieux que quelqu’un d’autre. On ne se comparait pas, parce qu’on avait un but commun. Il faut retrouver des buts communs.
Avez-vous des obsessions ?
Des obsessions. Je ne sais pas…oui ! Disons que c’est une obsession. Depuis toute petite, je suis sensible à la question des droits des femmes. Je ne supportais pas de voir ma mère qui ne votait pas, je ne supportais pas de voir ma mère qui ne pouvait pas travailler. Il y a ce point de départ, le cercle familial. Cette sensibilité s’est développée ensuite. Et ça me met en colère, encore aujourd’hui, de constater qu’on est loin du compte sur les questions d’égalité. Ce paternalisme ! Le mépris, le sexisme. Il faut extirper tout ça. C’est des millénaires à extirper, à faire rendre gorge ! Dernièrement, j’ai fait une lecture d’un texte d’Alice Rivaz : La paix des ruches. Un roman féministe publié en 1947, soit deux ans avant Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Après la lecture, il y avait un débat. Un monsieur disait alors : « Ces néo-féministes, ces féministes ultra-dures, elles veulent faire ça sans nous ». Et moi, je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui dire : « Venez avec nous. Lorsque vous êtes confronté à des actes ou des propos sexistes sur votre lieu de travail, dénoncez-les. Faites le boulot avec nous. » Sinon quoi ? Ce serait encore une fois à nous d’aller les chercher. On veut bien faire ça ensemble, mais il faut que les hommes y mettent du leur. On ne va pas rogner sur nos désirs pour leur faire plaisir. Dans son texte, Alice Rivaz dit que les femmes n’ont pas encore le droit à la parole. C’est en train de changer : les chroniqueuses, les cinéastes, les romancières, les journalistes, les reporters de guerre, les philosophes, les scientifiques… Je me dis que l’histoire ne va plus s’écrire sans les femmes. On les a invisibilisées pendant des siècles. Même de femme à femme, on nous a mis dans la tête qu’il fallait que l’on soit des rivales. C’est bien pratique ça, pendant que l’on se crêpe le chignon, le monde se fait sans nous. Il ne devrait pas y avoir cette rivalité. J’adore le terme de « sororité ». On est sœurs. Il ne faut pas faire plaisir aux hommes, et se conformer aux images proposées. Geignarde, grondeuse, victime. Je n’ai pas peur de déplaire aux hommes.
Vous parlez de « néo-féminisme », de « sororité », … Quel regard portez-vous sur les réflexions et les mouvances féministes d’aujourd’hui ?
Je fais très attention à ne pas hurler avec les loups, à savoir les masculinistes, qui disent que les revendications actuelles sont exagérées. Je suis d’accord avec les néo-féministes qui affirment que notre imaginaire a été construit par des récits d’hommes, des romans d’hommes, des films d’hommes. Nous-même, en tant que femmes, nous avons intégré ce regard. Notre imaginaire est fait de ça. Quand on regarde une femme, on la détaille : ses seins, son cul, etc... Nous sommes imprégnées de cette culture-là. Comme je le disais, c’est en train de changer et il faut inventer de nouveaux récits, avec des femmes différentes, des femmes nouvelles. Nous ne sommes pas qu’une muse, une mère ou une pute. Ces trois archétypes ! Nous pouvons être autre chose, si on le souhaite.

Ces nouveaux récits s’expriment chez vous par la voix. La voix chantée et le texte dit. Quel rapport entretenez-vous avec votre propre voix ?
Actuellement, ma voix parlée est très basse, parce que je suis en train de répéter pour un spectacle dans lequel je joue la plus âgée des protagonistes. Normalement, ma voix est un peu plus douce, un peu plus mélodieuse. Mais là, je descends dans les graves et dans le corps. Je suis étonnée moi-même par cette voix. Comme quoi, suivant ce que l’on dit ou fait, la voix change.
En 63 ans de métier, avez-vous perçu une évolution dans votre voix ?
Je dirais qu’elle est restée assez stable. Je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup changé de voix. Surement un peu, si je m’écoute. Je trouve ça bien. Tout se transforme. On doit accepter de vieillir, y compris en tant que comédienne.
Diriez-vous que le vieillissement des actrices est un sujet tabou ?
Bien sûr. Là, je pense tout à coup à ce film, Sur la route de Madison, de Clint Eastwood, avec Meryl Streep. Lui, avait 65 ans quand il a joué dans ce film. Meryl Streep en avait 45, et les producteurs trouvaient qu’elle était trop vieille. Ça raconte bien l’enjeu. Dans les films, les femmes restent souvent 20 ou 30 ans plus jeunes que les hommes.


NOV. 2015 MA BARBARA CONVERSATION AVEC BARBARA
Photos: Maurizio Giuliani
Avez-vous toujours été consciente de cet enjeu ? Dans le cadre de votre travail, vous êtes vous senti impactée par les années qui passent ?
Pas tellement, parce que dès l’âge de 30 ans on me donnait déjà des rôles de mère. Je ne suis pas passée par la case « jeune première ». Mais je me rends bien compte des regards. Le regard des metteurs en scène quand il y a de jeunes actrices, c’est quelque chose. Ces metteurs en scène qui vivent la scène comme un espace du désir… Mais ça devrait être avant tout l’espace du travail. Ce dont je me suis rendu compte quand j’étais apprentie comédienne, c’est que j’étais une proie. J’ai commencé le théâtre à 14 ans et j’étais une petite friandise. J’ai subi des harcèlements, et en même temps c’était tellement dans la norme qu’on ne se rendait pas compte. Ou alors on faisait avec. Quand j’ai commencé ma formation, un professeur m’avait dit que je ne pouvais pas faire du théâtre en étant vierge. Il m’avait expliqué : « Si tu es vierge, tu ne peux pas 3 ressentir vraiment ce qui se passe dans les entrailles ». Alors il avait proposé de me déflorer. Il avait une cinquantaine d’années. Il s’est approché, et je n’ai pas été dans la sidération, comme on dit maintenant. J’aurais pu, être sidérée ! Quand tu as 14 ans, tu ne comprends pas ce qui t’arrive. Mais là, j’ai quitté la salle. Et je l’ai évité tout le reste de l’année. Je n’ai même pas eu l’idée de raconter cette histoire à qui que ce soit. C’était une honte. C’était indicible. Je peux raconter des dizaines de harcèlements sexuels jusqu’à mes 45 ans… Après on bascule du côté des vieilles ! Ce n’est pas normal.
Qu’est-ce qui a changé dans votre parcours, une fois passé le cap de la quarantaine ?
Je me souviens qu’il y avait un metteur en scène, je ne dirais pas qui, qui me faisait la cour. Il me draguait, une véritable obsession. Quand j’ai eu 45 ans, ça s’est terminé du jour au lendemain. C’est un exemple. Avec l’âge, on se retrouve sujette aux harcèlements moraux. Une chose dont je me rends compte en vieillissant, c’est que les gens me parlent autrement, y compris dans mon milieu professionnel. Il y a quelque chose qui tourne, qui fait que la voix prend un autre ton, trahissant un doute : est-ce qu’elle me comprend bien ? Ce sera la prochaine étape ! Dénoncer le dénigrement que vivent les vieilles femmes. Cette idée que l’on cesse d’être désirable. Et s’infliger cette idée à soi-même ! C’est difficile de vieillir en faisant ce métier. Et ce constat nous ramène à la nécessité d’inventer de nouveaux récits. J’essaie de m’accepter en train de vieillir. Brigitte Fontaine chantait : « Je suis vieille et je vous encule ». Je n’oserais pas dire les choses comme ça, mais j’aime son impertinence. Elle transgresse et elle a raison. Virginie Despentes aussi, elle transgresse et elle a raison. C’est comme ça qu’on avance. Dès mes débuts sur scène, j’ai chanté des chansons féministes et les camps étaient alors bien définis. Soit les gens adhéraient, soit ils me crachaient dessus, trouvant tout ça épouvantable. Souvent, quand je chantais des paroles critiques envers les femmes (il le faut aussi), les hommes se sentaient attaqués. Ils se sentent toujours attaqués ! Alors, pour que ce soit plus malin, j’ai trouvé l’astuce d’intervertir les rôles. Par exemple, j’avais une chanson sur la drague qui disait : « Il marchait devant moi, ses fesses bougeaient dans son pantalon, je regardais ses jambes, etc. ». En tant que femme, m’emparer d’une attitude masculine et en jouer créait une distance. Brecht parlerait de « Verfremdungseffekt », ou effet de distanciation. Cette prise de distance laisse la place au public de se dire : « ah, c’est une démonstration plus qu’une affirmation ». C’est toujours subtil quand on arrive à passer par des canaux différents. Il s’agit de jouer avec les points de vue, pour pouvoir dire.

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne au Théâtre du Galpon du 14 au 26 mai 2024
Mise en scène Elidan Arzoni / Jeu Délia Antonio, Anna Budde, Sophie Lukasik, Nastassja Tanner, Yvette Théraulaz
Photo © Elidan Arzoni
Vous avez évoqué toute à l’heure cette pièce de Jean-Luc Lagarce sur laquelle vous travaillez en ce moment. Une distribution multigénérationnelle et 100% féminine, que l’on pourra découvrir du 14 au 26 mai, au Théâtre du Galpon à Genève. Pouvez-vous me raconter de quoi il s’agit ?
J’avais joué ce spectacle il y a 30 ans, quand le texte est sorti. Nous l’avions monté au Théâtre de Vidy à Lausanne, puis au Poche à Genève. C’était une mise en scène de Joël Jouanneau. J’avais évidemment un autre rôle. J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne est un texte qui parle de femmes qui attendent. Elles attendent depuis des millénaires. Elles attendent le jeune frère, le fils, leur parent. Cet homme qui est parti il y a 30 ans, qui a fait sa vie, qui a voyagé, et qui revient malade du sida. Cet homme ne dit rien. Il s’écroule et c’est insupportable. Elles ont attendu toute leur vie cet homme, ce mâle. Elles lui accordent une importance totalement exagérée, comme si tout allait venir de lui. Et elles sont dans le sacrifice, dans la résignation, à attendre que cet homme dise quelque chose. Et il ne dit rien !
Comment abordez-vous un tel travail d’interprétation avec votre bagage féministe?
Je suis contente parce que le metteur en scène, Elidan Arzoni, est dans cette démarche de dénoncer l’assignation des femmes à attendre, à se sacrifier. Mais le texte en lui-même n’est pas du tout un manifeste féministe. Quand j’ai joué ce texte il y a 30 ans, l’écrivain Daniel de Roulet m’avait dit que ce n’était pas possible de monter une telle pièce, à l’ère du féminisme. Voir ces cinq femmes, attendre, attendre… Je trouvais qu’il avait raison. Dans la version actuelle, Elidan propose une mise en scène qui laisse une possibilité pour ces femmes de s’extraire de cette attente et de cette abnégation d’elles-mêmes. Il y a une ouverture possible. Nous ne sommes pas là pour délivrer des messages, mais c’est toujours agréable lorsqu’on sort d’un spectacle en se disant que quelque chose pourrait naitre, peut-être.
Autre rendez-vous avec vous, Yvette Théraulaz, cet Interview 2. Un spectacle qui sera présenté en septembre au Théâtre de Vidy. Pouvez-vous en dire quelques mots ?
Oui, alors c’est difficile d’en parler parce qu’on vient tout juste de lire la pièce. J’avais travaillé avec Pascal Rambert à La Comédie de Genève. On s’était très bien entendu, et il a décidé de m’écrire quelque chose. C’est un texte sous forme d’interview, et je jouerai avec une jeune comédienne, Clémentine Le Bas. Il faut savoir que Pascal Rambert écrit tous les jours. Sa vie passe par les mots. C’est un auteur qui fouille. En neuchâtelois on dirait « grailler ». Il va au fond des choses, là où ça peut aussi faire mal. Cette interview, c’est une jeune fille qui vient parce qu’elle a décidé de faire un podcast sur les gens qui perdent pied. Qu’est-ce qui fait que l’on est dans la souffrance et la mort, plutôt que dans la vie ? Le texte tourne autour de cette question-là.

Crime Et Châtiment
Photo © Maurizio Giuliani
Qu’a suscité la lecture d’un texte écrit pour vous ? Est-ce une première?
Non, Michel Beretti m’avait déjà écrit un texte qui traitait de Jenny Humbert-Droz, la célèbre militante communiste. J’aimais beaucoup cette figure de femme et Michel Beretti a décidé de m’écrire un texte qui retraçait la vie de Jenny. Denis Maillefer m’a aussi écrit un monologue sur l’amour. Un amour mort qui renait. C’est devenu le spectacle Printemps qu’on a joué en 2021 avec des danseurs et des danseuses, avec qui j’ai beaucoup aimé travailler. Pour ce nouveau spectacle, Pascal Rambert a écrit sans me connaitre. Il me connait parce que l’on a travaillé ensemble, mais nous n’avons jamais discuté de nos vies. Il m’a dit « je t’ai scannée » et il m’a écrit quelque chose. Je dois reconnaitre que dans les blessures qu’il évoque, il n’est pas tombé tout à fait à côté. C’est quelqu’un qui a du flaire, humainement.
Si vous deviez donner un titre à votre parcours artistique, comme on donnerait un titre à une chanson, quel serait-il?
Certaines phrases de Brecht me reviennent souvent en tête. Par exemple : « Sous le quotidien, découvrez l’insolite ». Ou encore : « de toutes les choses certaines, la plus certaine est le doute ». Il me semble que quand on fait ce métier, on est tout le temps dans le doute. Le doute est un terreau fertile.
Propos recueillis par Marie Lou Félix