Valérie Liengme ou l’art du collage
Toujours curieuse — Valérie Liengme résiste à toute définition. Depuis plus de trente ans, elle traverse les scènes romandes en refusant les étiquettes, les hiérarchies et les formats convenus. Comédienne hors norme à la voix unique, metteuse en scène expérimentatrice, auteure au rapport singulier à l’écriture, artiste plastique du dimanche, et du mardi sans compter les jeudis, militante d’un théâtre qui pense plutôt qu’il ne produit, elle incarne la création comme un espace de collages et de liberté.
Pour elle, tout peut se lier et se superposer pour ouvrir les possibles. Elle opère son génie du collage en mélangeant toutes disciplines artistiques et de pensée, sans créer de hiérarchie ou d’importance entre les éléments qu’elle assemble. C’est ainsi que Valérie compose des clusters de sens que son esprit en arborescence fait grandir en ramifications graves et drolatiques. Travailler avec elle, c’est l’assurance de propositions continuelles, ludiques et charpentées.
Entretien signé Benjamin Knobil

© Benjamin Knobil
Une enfance lausannoise
Née et formée à Lausanne, Valérie Liengme appartient à une génération de comédiens romands dont la curiosité a outrepassé les frontières disciplinaires. Mais là où d’autres ont cherché la cohérence d’une œuvre resserrée, elle a cultivé l’éclectisme et le collage comme méthode. Tout est lié, dit-elle. C’est cette conviction — esthétique autant qu’éthique — qui traverse son parcours.
Sa rencontre avec le scène n’est pas le fruit d’une vocation précoce, mais plutôt une combinaison de pragmatisme familial provoquant une liberté quasi accidentelle. Ses deux parents travaillaient. Pour eux, les cours parascolaires, puis les activités théâtrales proposées à l’école primaire, au collège et au gymnase, étaient une solution de garde pratique. « C’était pour mes parents une manière de m’occuper gratuitement à la solde de l’État, ce qui était vraiment super. »
Pour moi le théâtre c’était le fait comme adolescente de pouvoir défendre une parole, de faire ensemble, de se dire qu’on est une équipe, plusieurs cerveaux qui réfléchissent ensemble.
Pour l’adolescente lausannoise, aller au spectacle était une aubaine : les élèves pouvaient s’y rendre sans professeur ou chaperon, pour neuf francs. « On allait voir la pièce, et après, surtout, on faisait la fête. » Cette superposition — la scène comme espace de liberté, de rencontres et d’ouverture — est emblématique de son rapport au théâtre : une opportunité pour un kaléidoscope des possibles. Elle y découvre le pouvoir libérateur de défendre une parole en collectif, hors des cadres, hors de tout académisme ou dogme vertical. Rêver ensemble, mettre la matière grise en réseau lui devient dès lors consubstantiel.
Une formation éclectique
Repérée par Gilbert Divorne lors de cours au gymnase, Valérie Liengme est admise au Conservatoire — Section Professionnelle d’Art Dramatique (SPAD) à Lausanne, où elle obtient son diplôme entre 1991 et 1995. Mais ses parents, qui n’ont pas pu faire l’université, souhaitent qu’elle fasse de « vraies études », dignes de ce nom. Valérie s’inscrit ainsi en parallèle en sociologie, anthropologie et sciences politiques, avant de se faire, selon ses propres mots, « rétamer par les statistiques » au bout d’un an.
Avide de savoir, la structure caporalisée de l’école ne lui convenait décidément pas. Pour elle, la véritable raison de son échec universitaire réside dans sa profonde déception face à l’académisme. Elle avait imaginé un lieu d’échange et de débat ; elle y retrouve les cours magistraux et les interrogations par cœur honnis de sa scolarité.
Cette confrontation révoltée à une autorité qu’elle juge non fondée n’est pas nouvelle : elle a beaucoup redoublé, toujours par refus de se soumettre à des règles dont personne ne prend le temps de lui expliquer le bien fondé. « Si l’autorité n’est pas basée sur la justice, elle n’a aucun sens. »
C’est une des raisons pour laquelle à la SPAD, c’est Jacques Romand qui la marque le plus durablement. Il avait une technique rigoureuse sur le travail du texte, mais surtout un dialogue réel, une reconnaissance des étudiants comme interlocuteurs valables. Il disait que les élèves étaient en avance sur lui car ils étaient plus en accord avec leur époque. Cette posture — l’enseignant qui apprend de ceux qu’il forme — reste pour elle une référence de ce que devrait être la transmission.
Pour moi c’est impossible de raconter une histoire. Quand je sors, je ne m’en souviens pas. Je me souviens de moments ou d’atmosphères.
Le choc Langhoff
Comme pour beaucoup de Lausannois et Lausannoises, un des grands déclencheurs de son parcours d’artiste est l’arrivée de Matthias Langhoff au Théâtre de Vidy. Tout d’un coup, elle découvre des spectacles qui défient ses préconceptions et enflamment son imaginaire. Elle cite Le Perroquet Vert, un diptyque Heiner Müller/Arthur Schnitzler, qu’elle revient voir dix fois. « Je ne comprenais pas, et je retournais voir ce spectacle, et je ne comprenais toujours pas. Ça m’a fasciné parce que c’était une atmosphère que je n’avais jamais vue. » L’incompréhension est pour elle un point d’entrée enthousiasmant qui privilégie l’atmosphère plutôt que du récit.
Une autre expérience marquante : *La Conquête du pôle Sud* mis en scène par Manfred Karge. « C’était hyper lent, très chiant. Il ne se passait rien. Tout d’un coup, il y avait un bateau incroyable et magique, des espèces de mirages énormes, qui créaient des espaces de magie. » Des notions telles que la lenteur comme espace, ou le vide comme possibilité narrative deviendront les piliers de sa démarche de création.
« Je me souviens de moments ou d’atmosphères — jamais vraiment d’une histoire. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours du mal à raconter ce que j’ai vu. » Ce rapport au théâtre — sensoriel, non linéaire — ne la quittera plus.
Au fil des années, Valérie Liengme complètera son parcours par de nombreux stages auprès de personnalités comme Omar Porras, André Steiger, Ahmed Madani, Geneviève Pasquier ou Andrea Novicov, ainsi que par des formations en dramaturgie à l’Université de Lausanne et en médiation culturelle à la Manufacture. Une construction patiente, par infusion, par accumulation à l’image de sa manière de créer.

© Benjamin Knobil

© Carole Parodi
Dans l’art, et au théâtre, avec l’expérience, il y a une attente de savoir-faire. Cela dit j’aurais de la peine à transmettre. Parce que bizarrement, à chaque fois que je commence un nouveau projet, j’ai l’impression que je ne sais pas jouer ou que je ne sais pas faire.
Une présence intense sur la scène
Sur le plateau, Valérie Liengme s’impose par une personnalité unique. Dans Tableau d’une exécution mis en scène par Vincent Bonillo, elle incarne Galactia avec une intensité qui traverse toute la gamme des états — la surprise, le désespoir, la résignation. Dans Perplexe de Georges Grbic, la critique note une fausse désinvolture totalement désarmante et désopilante. Deux registres apparemment opposés induits par son sens d’écoute absolue et une présence scénique qui ne se fabrique pas.
Elle travaille avec une méthode particulière au début de chaque création. Les deux premières semaines, elle multiplie les propositions — un processus qui peut paraître déroutant de l’extérieur, mais qui lui est indispensable. « Si je ne fais pas ça, après je ne sais plus quoi faire. C’est un mode de fonctionnement : j’ai besoin de comprendre pour pouvoir ensuite travailler à l’écoute. » Le discernement intellectuel et sensoriel de ce qui se passe est une condition sine qua non de sa disponibilité créative.
Elle parle de son jeu avec une lucidité non dénuée d’humour « À chaque nouveau projet, j’ai l’impression que je ne sais pas jouer, que je ne sais pas faire. Et en même temps je me rends bien compte que j’ai quand même une exigence fondamentale basée sur mes années de pratique. »
Parmi les collaborations qui l’ont marquée, elle cite avec un enthousiasme particulier Ma Solange de François Gremaud : jouer 2000 personnages en lecture, avec des moments chantés à quatre voix, sur dix-huit heures. Une expérience limite, rigoureuse et joyeuse à la fois. Elle évoque également Geneviève Pasquier, avec qui elle a travaillé sur l’art brut et le dadaïsme — deux esthétiques qui résonnent profondément avec ses propres goûts. Elle pense aussi à Vincent Bonillo pour les Shakespeare en forêt, où le décor lui-même devenait personnage.
J’ai besoin de comprendre pour pouvoir travailler et être à l’écoute. Je n’ai pas trop de problèmes à me mettre au service d’un ou d’une metteure en scène.

© Isabelle Daccord
Le Coût du Lapin ou squatter les institutions
C’est en 2016 qu’elle signe sa première mise en scène solo — à quarante ans révolus. « J’avais pas pu, plus jeune. En fait, j’étais émergente. » L’anecdote dit beaucoup : dans un secteur obsédé par la jeunesse et les trajectoires lisses, Valérie Liengme prend le temps qu’il faut, sans se soumettre aux injonctions de précocité.
C’est au sein du collectif lausannois Le Coût du Lapin que Valérie Liengme commence à développer sur les scènes romandes son univers singulier. La série Romance, fonctionne comme un laboratoire d’écriture et de mise en scène réunissant théâtre, danse, musique et vidéo autour d’un homme et d’une femme qui tentent de se libérer des rôles que la société leur assigne.
Le collectif réfléchit à la question du détournement de l’espace public comme zone de liberté, cherchant à occuper les lieux institutionnels et à déposer des œuvres dans des endroits non dévolus à la culture. Une posture qui rappelle l’époque des squats qu’elle évoque avec nostalgie — « la manière de fabriquer des choses, c’est que du plaisir — il n’y a pas de peur de la critique, pas de pression de prouver quelque chose, juste faire. »
L’expérience vécue pendant le Covid révèle, dans ses propres mots, quelque chose qu’elle n’avait pas cru concevable à grande échelle : un projet réunissant soixante-dix personnes sans sélection, sans jugement, dans un esprit de non-compétition totale. « Tout d’un coup je me suis dit : ah, c’est possible ! » Une utopie pratique qui ouvre confirme ses convictions de faire autrement.
Être femme une femme de théâtre
Sa quête de cohérence et de justice est une des bases essentielles de ses engagements sociaux, politiques ainsi que de son féminisme. Sur les plateaux, elle n’a pas vécu d’être femme comme un obstacle — peut-être parce qu’elle n’a jamais intégré la séduction en tant que dimension de sa pratique professionnelle. À l’école, elle traînait avec des garçons qui la considéraient normalement sans la traiter différemment en raison de son genre. Cette position neutre hors des codes habituels lui a offert une forme de protection inconsciente.
Au théâtre je n’ai bizarrement jamais eu de problème avec le fait que je sois une femme. Mais peut-être aussi parce que je n’ai pas de rapport à la séduction dans le travail. J’ai toujours traîné avec des garçons qui ne me considéraient jamais comme une fille.
Une anecdote dit beaucoup. À la SPAD, André Steiger lui avait signalé, au début de sa formation, qu’elle ne se comportait pas « comme une fille » dans le jeu, et qu’elle devrait apprendre à jouer « comme une fille ». Sa réaction n’a pas été la révolte, mais la curiosité : « C’est quoi jouer comme une fille ? » Elle a abordé la question comme une initiation à une corporalité qui n’était pas la sienne, en la rapprochant davantage à une vision de classe sociale que de sexualité, et surtout de remise en cause du patriarcat.

© Sven Kreter
Côté cinéma, elle analyse sans amertume un hiatus persistant entre son corps et les représentations des réalisateurs. « J’ai bien senti qu’il y a une sorte de divergence entre mon physique, ma voix, et ce que le réalisateur ou la réalisatrice projette. » Elle note aussi que le cinéma français et suisse reste plus rigide que les Anglo-saxons ou Nordiques dans la définition des rôles par la sexualité.
La situation change lorsqu’elle passe à la mise en scène : face aux directeurs de théâtre, elle a le sentiment de devoir davantage se justifier que ses homologues masculins. Une asymétrie classique, mais qu’elle décrit comme une donnée objective du milieu, à la fois injuste et documentée.
Dans notre société qui tend à rester linéaire, à contraindre les espaces de liberté, l’ouverture de la musique et des arts plastiques mènent à une diversité de l’esprit menant à la nouveauté.
Une écriture de collages contre la pensée linéaire
Valérie Liengme est aussi auteure, mais à sa manière, c’est-à-dire de façon absolument iconoclaste et éclatée. « Je n’arrive pas à avoir une pensée linéaire, à construire un récit avec un début et une fin. Je suis attirée par le collage, par la mise en résonance de toutes les petites bribes du monde. » Son processus d’écriture commence dans le bus, dans la rue, dans les interstices de la vie quotidienne. Une conversation saisie au vol, une formulation qui accroche, une image, un livre, un film, des rencontres qui impriment leur marque des années après.
Autant de départs possibles pour quelque chose qu’elle ne discerne pas encore. Tout cela s’accumule, fermente, prend forme lentement. « Si je m’intéresse à une thématique, je dois lire tout ce qu’il y a autour pour circonscrire le sujet, ce qui peut être long — au moins deux ans. Puis après, je m’assieds devant ma table et commence à écrire. » Ces projets qui démarrent par pur plaisir finissent toujours par interroger profondément la manière dont on fait du théâtre ensemble.
Ce rapport à l’écriture est indissociable de sa façon d’habiter le monde : elle perçoit les connexions entre les choses, les analogies cachées, les résonances inattendues. Tout a, d’une certaine façon, la même valeur. Ce qui rend la hiérarchisation des matériaux particulièrement difficile. « J’ai beaucoup de peine à enlever, à décider si telle chose a de l’importance ou pas. »
Ce mode de travail — qu’elle reconnaît elle-même comme peu « présentable et vendable dans la manière de penser actuelle » — l’a conduite vers des formes hybrides, des assemblages, des spectacles qui ne ressemblent pas à des spectacles au sens traditionnel du terme. Et c’est précisément dans cet espace non conventionnel qu’elle a trouvé sa voix la plus juste.
J’ai toujours bien aimé faire des choses avec les mains, sans contraintes, parce que ça détend le cerveau. J’ai arrêté dans mon enfance à dessiner alors que j’adorais ça. Parce que tout d’un coup, il fallait représenter justement des proportions.
Tricoter les arts plastiques
Si le théâtre occupe la part la plus visible de son activité, Valérie Liengme s’investit depuis quelques années dans les arts plastiques avec un appétit croissant. Cartes postales, broderies, tapisseries — du collage au feutre en passant par la laine et les peaux de mouton récupérées au café tricot du quartier. « Je trouve que faire des choses avec ses mains, sans contraintes, ça détend le cerveau. J’ai toujours bien aimé ça. »
Ce retour aux arts plastiques n’est pas anodin. C’est dans cet espace, dit-elle, qu’elle retrouve quelque chose qu’elle cherche en vain dans le théâtre contemporain : « une espèce de petit plaisir », une joie gratuite, dégagée de toute injonction de production et de jugement. « De toute façon il n’y a pas de financement. Donc je n’ai aucune pression de rien. Et si on me dit que c’est raté, je dis : vous avez sûrement raison. »
Ce rapport à la pratique artistique comme territoire libre s’enracine dans une réflexion plus large sur ce que l’évolution du paysage théâtrale. « Les spectacles sont devenus des projets, puis maintenant des produits. » Cette évolution, elle la ressent comme une perte : non seulement d’une certaine légèreté, mais d’une manière fondamentale d’être ensemble dans la création. « Il y a plus le temps de partager, de s’amuser, même de faire une forme de gratuité de la joie. »
J’ai entrepris de faire de la broderie sur racines et un travail sur le feutre en intégrant différentes matières.
L’art brut et le dadaïsme restent ses références les plus chères dans cet espace : l’un pour sa « singularité » et son rapport paradoxal entre repli sur soi et désir de communication ; l’autre pour sa « déstructuration du langage » et sa dimension profondément politique. Deux esthétiques du refus, deux manières de dire que l’art peut fonctionner sans servir la représentation dominante.
Perspectives et art vivant
Ces dernières années témoignent d’une activité soutenue et diversifiée. En 2023, elle joue dans Mer de Jon Fosse, mis en scène par Yann Hermenjat, à la Manufacture de Lausanne puis au festival Week-end prolongé à Fribourg. En 2024, elle incarne Nadejda Kroupskaïa dans Zürich-Petrograd de Matthieu Béguelin. En 2025, elle est à l’affiche de Cœur Colère d’Olivia Csiky Trnka, une production qui s’exporte à Paris et à Meylan et La Métamorphose de Kafka mis en scène par Benjamin Knobil.
Ses projets à venir disent beaucoup de la direction que prend son travail. Avec Paul Courlet, musicien à La Chaux-de-Fonds, elle prépare un projet sur des incantations : aller enregistrer des gens dans la rue, leur poser des questions sur les prières qu’ils voudraient donner à l’univers, s’ils croient en Dieu. Paul reproduirait ensuite, d’un point de vue musical, leurs intonations — une sorte de symphonie faite de prières anonymes. « Je suis assez excitée parce que ça peut être complètement nul — mais ça, c’est assez cool. »
Elle mentionne également le rêve non accompli de travailler avec Joël Pommerat. Il y avait une audition pour un stage sur un sujet qui ne l’intéressait pas. Après une semaine de conflit intérieur intense, elle y a finalement renoncé. « C’est un vrai loupage. » Et Heiner Goebbels, dont le travail sur le son lui semble être « vraiment une merveille. » Des noms qui dessinent une cartographie de ses affinités artistiques profondes : des créateurs qui font du théâtre autrement, qui intègrent d’autres disciplines, qui refusent eux aussi les formats préétablis.

©Olivia cisky Trnka
Une voix singulière
Car dans tous les sens du terme, Valérie est une voix singulière dans le paysage théâtral romand. Que ce soit dans son travail d’autrice, de plasticienne, de metteuse en scène ou d’actrice, son esprit baroque et structuré de femme dadaïste de la renaissance trouve toujours par ses collages des chemins de traverse d’une justesse ludique et éclairée.
Benjamin Knobil est un écrivain, acteur et metteur en scène de théâtre et d’opéra. Il a crée plus d’une quarantaine de spectacles en Suisse et en France. Il a monté et adapté des classiques tels Crime et Châtiment de Dostoievski ou L’Oiseau Bleu de Maurice Maeterlinck, La métamorphose de Kafka, mais aussi ses propres textes comme Dans l’œil du Cétacé, Boulettes, Le Chant du Crabe, Neil ou Femmes Parallèles. Il vient de publier son premier roman Le train des Gueules cassées au éditions BSN Press
benjaminknobil.ch