Safi Martin-YĆ© bouillonne de cultureS
Propos recueillis par Laure Hirsig

Safi aux cÓtés de Dimitri Anzules "La Parfumerie"©Loris Von Siebenthal
LāArt en HĆ©ritage
ComĆ©dienne multi-talentueuse, Safi Martin-YĆ© puise dans le terreau parental une maniĆØre de vivre lāart comme une Ć©vidence. Sans aucun doute, Ć la questionĀ : et toi, que font tes parents, Safi Ć©tait la seule de sa classe Ć rĆ©pondre par un coup doubleĀ : « artistes de scĆØneĀ Ā». Les dĆ©s sont jetĆ©s. Safi sāengouffre Ć son tour dans la partie et vit le deuil dāune enfance calme et conventionnelle comme un cadeau plutĆ“t quāun sacrifice. « Jāadorais ĆŖtre trimballĆ©e dans les concerts et les cours de danse de mes parentsĀ Ā» confie-t-elle, et tant pis pour le confort ronronnant de la routine.
De mĆØre Suisse et de pĆØre BurkinabĆ©, Safi prend progressivement conscience de lāaura de ce dernier. Paco YĆ© est un musicien-danseur connu internationalement et une star mythique dans son pays dāorigine. Percussionniste-soliste de djembĆ©, interprĆØte rĆ©putĆ© de danses mandingues, Paco YĆ© est aussi un Ć©minent professeur de danses dāAfrique de lāOuest.
Le couple se sĆ©pare lorsque Safi a 4 ans. Elle grandit avec sa mĆØre, tout en partageant avec une demi-sÅur de quatre ans son aĆ®nĆ©e, de lumineux moments avec leur pĆØre commun. « Il nous disait souvent Ć ma demi-sÅur et moiĀ : venez, on va danserĀ !Ā Dans dāautres familles, la danse est associĆ©e Ć NoĆ«l ou Nouvel An, aux anniversaires, bref Ć la fĆŖte quoi. Avec mon pĆØre, nonĀ ! Dāailleurs, nous nāĆ©tions pas lĆ que pour rigolerĀ ; on Ć©tait surtout lĆ pour danser. Il nāhĆ©sitait pas Ć nous reprendre quand nous faisions trop les idiotes. En nous apprenant Ć danser, il nous transmettait la signification des pas et prenait Ć cÅur de nous emmener au bout du mouvement, de nous diriger dans le corps, de nous apprendre où placer le regard et comment faire circuler lāĆ©nergieĀ Ā».
ApprĆ©hender la danse comme une discipline rigoureuse nāexclut pas la joyeuse spontanĆ©itĆ© de ce pĆØre si spĆ©cial. Safi se souvient du sourire plein les yeuxĀ : « Parfois, dans la rue, Ƨa le prenaitĀ ; il commenƧait Ć danser, Ć faire des percussions corporelles ou Ć beat-boxer. Ma sÅur et moi, on le suivait en riantĀ Ā».
JusquāĆ lāadolescence, Safi va tous les deux ans au Burkina où sāancrent dāautres puissants souvenirs. « Quand Paco sortait sa moto, tous les jeunes du quartier se prĆ©cipitaient Ć sa rencontre. Parfois ma sÅur et moi Ć©tions avec lui sur la grosse BMW qui dĆ©marrait dans un bruit dāenfer. Les jeunes du quartier se ruaient vers nous en criantĀ : PacoĀ ! PacoĀ ! Nous nous en souviendrons toute notre vie, comme des moments hors du temps. Burkina FasoĀ signifieĀ : le pays des hommes intĆØgresĀ Ā» poursuit-elleĀ : une valeur chĆØre au sein de la famille Martin-YĆ©. Comme tout sapeur* digne de ce nom, Paco YĆ© associe lāĆ©lĆ©gance Ć lāexcentricitĆ©. Il transmet Ć ses enfants des valeurs fortes ā notamment lāhumilitĆ© -, pas seulement la frime ou le goĆ»t des paillettes.
Lāattachement profond de Safi Ć son pĆØre - disparu prĆ©cocement en 2002 - fait Ć©cho Ć la reconnaissance que la jeune femme Ć©prouve pour sa mĆØre qui se rĆ©vĆØle elle aussi, en tant que danseuse professionnelle de danses mandingues et pĆ©dagogue, une prĆ©cieuse passeuse de passion. La danse est prĆ©sente depuis ses premiers pas, mais la barre est haute, tout comme la conscience de lāexcellence quāexige cette discipline. Respect et humilitĆ© obligentĀ : Safi refuse de se considĆ©rer comme une danseuse professionnelle.
« à lāĆ©cole, nous avions un classeur rĆ©pertoriant les mĆ©tiers. Quand je le consultais, jāallais directement au "C"Ā comme "comĆ©dienne".Ā Ā»Ā

Safi aux cÓtés de Maël Godinat-teaser "Je brûle de Joséphine"©Lauren Pasche
MƩtissage
Rien dāĆ©tonnant Ć ce que Paco YĆ© ait Ć©tĆ© doublement surnommĆ©. Dāabord, "Le CamĆ©lĆ©on" parce que « ce quāil Ć©tait, il lāemportait partoutĀ : Ć GenĆØve, en Valais, au Burkina, en Italie, au Japon,... Partout où il se dĆ©plaƧait, il faisait vibrer son monde. On ne savait plus si cāĆ©tait lui qui se fondait dans lāenvironnement ou lāespace qui changeait Ć son arrivĆ©e.Ā»
Pour dāautres, il est "Le CaĆÆman entre deux riviĆØres", celui qui Ć©rige des passerelles artistiques si solides entre le Burkina et la Suisse que de nombreux musiciens sāy aventureront Ć sa suite.
Safi a indéniablement développé une fièvre et un charisme comparables, sans volontarisme ni calcul, peut-être même sans en avoir conscience.
AprĆØs avoir passĆ© ses sept premiĆØres annĆ©es Ć GenĆØve, puis six mois au Burkina où elle commence le théâtre, Safi revient en Suisse, mais la famille sāinstalle dans le Valais cette fois. Cāest donc lĆ -bas quāelle poursuit les cours de théâtre, de percussion et de danse. « CāĆ©tait mon kiff, je nāattendais que cela toute la semaine. Je nāĆ©tais pas bonne Ć©lĆØve. Ć lāĆ©cole, nous avions un classeur rĆ©pertoriant les mĆ©tiers. Quand je le consultais, jāallais directement au "C"Ā comme "comĆ©dienne". Dans ma tĆŖte, il nāy avait que le théâtre et je nāenvisageais rien dāautre. Alors, pendant cinq ans, je me suis prĆ©parĆ©e au Teatro Comico de Sion. Je faisais du baby-sitting la journĆ©e et suivais les cours de théâtre le soir. Puis, jāai intĆ©grĆ© lāĆcole Serge Martin Ć GenĆØve. Jāai adoré ! EnfinĀ ! Cela faisait tellement longtemps que jāen rĆŖvais. Lāambiance dans ma classe Ć©tait bienveillante et sans esprit de compĆ©tition. Je māy suis sentie comme au sein dāune seconde familleĀ Ā».
Ć lāissue de sa formation chez Serge Martin, tout va trĆØs vite. Le mois suivant sa sortie de lāĆ©cole, Safi est engagĆ©e dans une piĆØce qui se joue au Théâtre de LāOrangerie dans la tour nomade alors installĆ©e dans la pelouse adjacente Ć la bĆ¢tisse. « Jāai aimĆ© cette 1ĆØre expĆ©rience professionnelle, lāambiance de troupe et lāeffervescence estivale. Je suis trĆØs reconnaissante que la metteure en scĆØne soit venue me chercher. Je jouais une vieille mĆØre muette et moribonde, clouĆ©e dans un fauteuil roulant. Je ne parlais pas mais je dansais et chantais. Avec le recul, je rĆ©alise que ce rĆ“le me questionnerait aujourdāhui. Mon visage et mes cheveux Ć©taient blanchis Ć lāargile et, a posteriori, je me demande pourquoi car lāesthĆ©tique nāĆ©tait ni rĆ©aliste, ni inspirĆ©e de science-fictionĀ Ā».
Si les questions qui la taraudent aujourdāhui ne la traversaient pas Ć lāĆ©poque, cāest que sa faim de théâtre et de rencontres dominait. Ć lāaise tant dans le rĆ©pertoire classique, que populaire ou contemporain, elle enflamme les plateaux. Ā« Ma prioritĆ© Ć©tait de bosser et de rencontrer des gens.Ā Jāai jouĆ© des servantes en Ć©tant mĆ©tisse et cela ne me posait pas de problĆØme Ć ce moment-lĆ Ā Ā».
Mais, au fil du temps et des Ć©vĆØnements, lāactrice qui a aujourdāhui 35 ans, dĆ©veloppe une sensibilitĆ© accrue aux problĆ©matiques liĆ©es Ć la question raciale. Elle rĆ©alise que le propos de certains spectacles pour lesquels on la sollicite ne sont plus compatibles avec les valeurs qui sont devenues les siennes. Alors, elle refuse certains contrats. Neuf fois sur dix, elle peut en parler calmement avec les personnes concernĆ©es.
« Il y a quatre ans, on māa contactĆ©e pour un court-mĆ©trage, soutenu par lāOFC**. Lāhistoire tenait la route mais on me proposait, Ć moi femme mĆ©tisse, le rĆ“le de lāemployĆ©e de maison et celui du jeune voleur Ć un acteur arabe. Je ne me sentais pas Ć lāaise de participer Ć une production où lāon caste les afro-descendants ou africains exclusivement pour ces rĆ“les-lĆ . Jāai eu une discussion avec la rĆ©alisatrice, qui a compris ma rĆ©action et sāest excusĆ©e. Par contre, jāai appris par la suite que la productrice māavait traitĆ©e de petite conne impertinente dāavoir osĆ© refuser le rĆ“le pour cette raison. Depuis, jāai dit non Ć tous les rĆ“les qui enferment les femmes et les hommes noirs dans des stĆ©rĆ©otypes. Valider la caricature ne permet pas de briser la chaĆ®ne, ni de modifier les habitudes de casting. Nous sommes si peu nombreux sur le terrain en Suisse romande, cāest hallucinantĀ !Ā Ā»
DƩcollage
Parce quāelle brĆ»le de se lancer dans lāarĆØne et quāelle a tant de choses Ć y dire, Safi se jette sans filet dans un premier one-woman showĀ : Oasis. Une oasis qui ne sera pas de tout repos. AccompagnĆ©e Ć lāĆ©criture par Marjorie Guillot et Ć la mise en scĆØne par Georges Guerreiro, elle campe un personnage complĆØtement Ć cĆ“tĆ© de ses pompes, Sofia Blues, sorte de Huggy les bons tuyaux de la rupture. En lāoccurrence, la donneuse de conseils Ć©clairĆ©s nāa rien rĆ©glĆ© de son cas personnel. Sofia Blues se meurt encore dāamour pour son ex et Safi fait rire aux larmes dans ce rĆ“le de femme en pleine dĆ©compensation amoureuse. RĆ©sultatĀ : on se presse et se compresse au Saltimbanque, micro-théâtre situĆ© dans le quartier des Grottes Ć GenĆØve où Oasis a Ć©lu domicile. Rapidement, la jauge de 15 places est poussĆ©e Ć 40. Il fait chaud, les gens dĆ©goulinent mais continuent Ć sāagglutiner. « Un soir, une femme est tombĆ©e dans les pommes Ć cause de la chaleur. Elle a dĆ» ĆŖtre Ć©vacuĆ©e. Le public a cru que cela faisait partie du spectacle. Dans le feu de lāaction, jāai surfĆ© sur la vague avec quelques vannes pour rattraper le coup, mais Ć lāintĆ©rieur, jāĆ©tais dĆ©composĆ©e. Comble du malaise, au premier rang, jāaperƧois la critique de théâtre Marie-Pierre Genecand avec son petit calepin⦠Elle riait. Les jours suivants, elle māa consacrĆ©e un article-portraitĀ : un vrai cadeauĀ !Ā Ā»
AprĆØs ce premier dĆ©fi kamikaze relevĆ© haut la main, Safi dĆ©veloppe une sensibilitĆ© accrue au racisme environnant. Dans sa tĆŖte et son cÅur mijote une envie de remettre le couvert avec des outils plus tranchants et acĆ©rĆ©s. « Plusieurs figures de femmes me hantaient mais JosĆ©phine Baker revenait sans cesse. Je pensais Ć elle, on māoffrait des livres sur elle, je tombais sur un documentaire la concernant, on me disait que je lui ressemblais. Jāai laissĆ© infuser, jusquāau moment où jāai eu le dĆ©clicĀ : cāest elleĀ !Ā Ā»

"Je brûle de Joséphine" ©Lauren Pasche
« Plusieurs figures de femmes me hantaient mais JosĆ©phine Baker revenait sans cesse (ā¦) Jāai laissĆ© infuser, jusquāau moment où jāai eu le dĆ©clicĀ : cāest elleĀ !Ā Ā»Ā

"Je brûle de Joséphine" ©Lauren Pasche
Quatre ans plus tard, Safi crƩƩ Ć La Parfumerie de GenĆØve un spectacle intime, viscĆ©ral et engagĆ© sous le titre incandescentĀ : Je brĆ»le de JosĆ©phine. Il ne sāagit pas dāune biographie théâtralisĆ©e mais dāune piĆØce personnelle qui puise sa fougue dans lāaura de JosĆ©phine Baker. « Elle Ć©tait prĆ©sente en filigrane, sa personnalitĆ© produisant un Ć©cho profond en moi, femme mĆ©tisse et artiste, en 2020Ā Ā». Le ton mordant, la dimension critique et les points de vue personnels dĆ©fendus par le spectacle ont dĆ©frisĆ© les admirateurs superficiels de JosĆ©phine Baker, comme les fĆ©rus dāentertainment*** ou de danses dĆ©nudĆ©es en pagnes de bananes. « Sāattaquer Ć une figure qui appartient Ć tout le monde expose Ć la polĆ©mique. Lāun des personnages que jāinterprĆ©tais dans ce solo Ć©tait celui dāune femme blanche qui fantasme sur le corps noir, pour lequel elle Ć©prouve autant de dĆ©goĆ»t que de fascination. Ce personnage a tout particuliĆØrement dĆ©rangĆ© certains spectateurs, ce nāĆ©tait pas Ć©vident certains soirsĀ Ā».
Que de bouleversements depuis cette crĆ©ation en 2020. Le mouvement de lutte contre le racisme Black Live Matter nĆ© aux USA il y a une dizaine dāannĆ©es est brusquement et tristement devenu un phĆ©nomĆØne international aprĆØs le dĆ©cĆØs de George Floyd en mai 2020. Des spectacles comme Je brĆ»le de JosĆ©phine semblent plus que jamais nĆ©cessaires. « Si je reprenais ce spectacle, je le retravaillerai comme une pĆ¢te Ć pain en me questionnant sur ce qui a changĆ© en deux ans. Jāai, entre autres, fait ce spectacle pour nous, pour la communautĆ© afro-descendante, trop rare au théâtre. Cela māa bouleversĆ©e de voir autant de personnes noires dans la salle. Aux saluts, je voyais souvent des femmes de couleur pleurer. Certaines sont revenues avec leur fille, noire ou mĆ©tisse. Le mot a circulĆ© dans la communautĆ© et attirĆ© plein de gens qui ne viennent jamais au théâtre. Le simple fait dāen parler me chauffe et me rappelle lāimpact produit par les reprĆ©sentations. Contre toute attente, jāai bĆ©nĆ©ficiĆ© dāune belle couverture presse. Il y a de la matiĆØre⦠Il ne faut pas que je lĆ¢cheĀ !Ā Ā»
Exploration
Un autre bouleversement a soufflĆ© sur la vie de Safi depuis sa derniĆØre crĆ©ationĀ : elle est devenue maman. Une maternitĆ© quāelle qualifie de Ā« tsunami psychique, physiologique, physique et Ć©motionnelĀ Ā». RemuĆ©e de la tĆŖte aux pieds, elle vit sa grossesse comme elle vit le resteĀ : avec une passion dĆ©vorante. « Jāai eu envie de tout donner Ć ce bĆ©bĆ©. Pour me consacrer entiĆØrement Ć la grossesse et Ć son arrivĆ©e, jāai refusĆ© les projets que lāon me proposait, y compris post partum. Et franchement, jāai adorĆ© ĆŖtre enceinte. En plus, jāĆ©tais complĆØtement shootĆ©e par les hormones. Mais aprĆØs, je me suis fait gifler par la rĆ©alité ».
Safi retourne au Burkina avec son petit garƧon, aprĆØs une trĆØs longue absence. « Je nāy Ć©tais pas retournĆ©e depuis les funĆ©railles de mon pĆØre, 19 ans auparavant⦠Jāai fait mon grand retour avec mon bĆ©bĆ©. En arrivant, jāai rĆ©alisĆ© quāune petite partie de moi croyait que mon pĆØre vivait encore lĆ -bas. Or, une fois sur place, jāai bien compris quāil nāĆ©tait nulle part. Je ne reconnaissais rien, cāest comme si je disparais moi aussi. Je pensais revenir aux sources, mais tout Ć©tait assĆ©chĆ©. Ma propre identitĆ© de femme mĆ©tisse a Ć©tĆ© Ć©branlĆ©e. CāĆ©tait trĆØs violent. Aujourdāhui, mon fils a un an et demi. Sa naissance a bouleversĆ© Ć©normĆ©ment de choses, qui nāavaient jusquāĆ lui, jamais Ć©tĆ© bouleversĆ©es, notamment du rapport Ć ma bi-culture, mais aussi vis-Ć -vis de ma place dans ma famille, ma place dans le monde, en tant que femme. Toutes les cartes ont Ć©tĆ© redistribuĆ©es avec lāarrivĆ©e de mon enfant.Ā Ā»
« Jāai vĆ©cu la maternitĆ© comme un tsunami psychique, physiologique, physique et Ć©motionnel (ā¦) Toutes les cartes ont Ć©tĆ© redistribuĆ©es avec lāarrivĆ©e de mon enfant.Ā Ā»
Projection
Lāhyper-active hyper-engagĆ©e conserve un ardent dĆ©sir de jouer et tout particuliĆØrement celui de passer devant la camĆ©ra. « Je joue au théâtre depuis mes 10 ans, et jāai envie de nouveaux dĆ©fis, le cinĆ©ma en est unĀ Ā». DerniĆØrement, elle manque de trĆØs peu un rĆ“le pour une sĆ©rie RTS tournĆ©e Ć GenĆØve, coproduite entre la Suisse et la FranceĀ : Ā DĆ©lits mineurs, un drame policier qui aborde la rĆ©alitĆ© judiciaire des mineurs non accompagnĆ©s. Les trois rĆ“les principauxĀ : une enquĆŖtrice de la brigade criminelle, une Ć©ducatrice et une juge, sont fĆ©minins. « AprĆØs avoir lu le pitch, mon cÅur a fait boum. Je nāen ai pas dormi de la nuit et ne pensais plus quāà ça. Trois jours plus tard, la directrice de casting māappelle pour lāun des trois rĆ“les. Je suis tombĆ©e de ma chaise. Nous nāĆ©tions plus que deux, une actrice parisienne et moi. Cāest finalement lāautre comĆ©dienne qui a Ć©tĆ© choisie...Ā Ā»
DƩƧue oui, mais certainement pas dĆ©couragĆ©e, Safi dĆ©borde au contraire dāenvies et dāidĆ©es pour manifester son dĆ©sir de tourner. Elle monte une bande-dĆ©mo dāimages exclusivement extraites de sĆ©ries et de films de cinĆ©ma, elle renouvelle les photos de son book. « Jāai un regain dāĆ©nergie. Jāai donc dĆ©cidĆ© de me signaler aux boĆ®tes de production, aux directeur.ices de casting et aux rĆ©alisateur.ices. Jāai la chance dāĆŖtre dĆ©jĆ inscrite dans une boucle, ce qui fait que lāon māappelle pour certains castings. Si cela ne marche pas, cela ne marche pas, mais jāaurai entrepris le maximum. Comme le dit Oxmo Puccino****Ā : "Parfois, dire non aux autres, c'est se dire oui Ć soi-mĆŖme." Jāai reƧu de mes parents la confiance en lāavenir, et en nos mĆ©tiers. Mon petit garƧon lui aussi māapporte Ć©normĆ©ment de force. Pour lui, il est encore plus Ć©vident quāil y a des choses que jāai envie de dire et de dĆ©fendre. Jāai aussi la chance dāĆŖtre en couple depuis 10 ans avec un homme qui māapporte un immense soutien. Nous sommes trĆØs diffĆ©rents mais je crois que nous nous admirons mutuellement. Il est posĆ©, cartĆ©sien, rationnel, calme, extrĆŖmement intelligent, pointu et surtout trĆØs drĆ“le. Il enseigne lāhistoire-gĆ©o. Il est le premier Ć me soutenir dans mes activitĆ©s artistiques mais aussi Ć māaider Ć conscientiser la portĆ©e Ć©thique et politique du théâtre. Il est mon prĆ©cieux conseiller. Par exemple, lāannĆ©e prochaine, jāai potentiellement un rĆ“le dans un film qui traite de la migration et il māencourage Ć me documenter Ć fond sur le sujet pour crĆ©er le rĆ“le en toute conscience. Il me renvoie Ć dāautres rĆ©fĆ©rences et nourrit chez moi une forme de saine exigenceĀ Ā».
Ā Femme que le feu de lāaction Ć©panouit, Safi nāa pas fini de brĆ»ler les planches ni de crever lāĆ©cran.
Portrait signƩ Laure Hirsig
 * Sapeur : néologisme qui vient de sape, acronyme de société des ambianceurs et personnes élégantes. Jeu de mots avec le verbe se saper. En Afrique, un sapeur est un homme qui s'habille avec élégance ; dandy.
** OFC : Office Fédéral de la Culture (Suisse)
*** EntertainmentĀ : mot anglais pour signifier divertissement.
**** Oxmo Puccino : rappeur et penseur franco-malien né en 1974.
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Safi aux cÓtés de Françoise Boillat "Les Rebelles"©Guillaume Perret