Rébecca Balestra, née La Balestra

Actrice, poétesse, humoriste, Rébecca Balestra a su en dix ans imprimer sa marque sur le paysage romand. Elle a déployé son art sous bien des formes et sur bien des surfaces : standuppeuse, chroniqueuse à la RTS et à France Inter, à la télévision pour Antoine de Caunes, actrices des plateaux suisses et français, metteuse en voix de ses propres poèmes. Chaque recoin de son parcours recèle des surprises. Elle est train de finir la tournée de Jacqueline, spectacle où elle incarne Jacqueline Maillan, et malgré la fatigue que je lui imagine, elle a accepté cet entretien. Elle a d’ailleurs elle-même proposé de se déplacer pour l’occasion. Quelle classe de la part de la plus jeune des grandes dames romandes.

Entretien signé Zacharie Jourdain

© Sandra Pointet

Pour beaucoup de gens, ça passe mieux si c’est un homme, c’est plus confortable. Comme femme, tu n’as pas le bénéfice d’être le monstre sacré.

La première fois que j’ai entendu parler de toi et d’un de tes spectacles, c’était Showset, est-ce que tu pourrais nous en parler ?

Bien sûr ! Showset, c’était un spectacle que je voulais spectaculaire, mais qui n’en avait pas les moyens. C’était une sorte de kit, comme un mode d’emploi pour fabriquer un show. D’où ce titre : « Show », « set ». J’ai commencé au Phare, à Nyon, et Patrick [de Rahm, directeur ; ndlr] l’a repris à l’Arsenic. Après Sandrine Kuster [directrice de la Maison Saint Gervais ; ndlr] l’a vu et m’a dit : « T’as tous les moyens de faire un grand spectacle, alors fait le ». Showset, c’était la première version de Piano bar, qui est devenu après Olympia. J’en profite pour remercier Sandrine. Elle m’a décomplexée. Son retour m’a permis d’assumer pleinement ma poésie, qui était au cœur du spectacle, mais qui se cachait derrière beaucoup d’artifices. Là où Showset n’avait pas les moyens de ses ambitions et se riait de mes textes, avec Olympia, je me suis délestée des excuses, des accessoires, des gags et des effets spéciaux et j’ai mis les poèmes au centre du dispositif scénique.

L’aspect spectaculaire, c’est quelque chose qui t’intéresse, comme artiste ou comme spectatrice ?

Oui ! Les costumes, les textes, l’approche des personnages… J’aime surprendre, aller où on ne m’attend pas. Je voudrais que chaque geste artistique que je fasse soit inouï et singulier. Au théâtre comme ailleurs, je souhaite apporter ma façon de penser, d’être, d’imaginer et de rêver… Parce que c’est ça qui me plaît chez les artistes que j’aime et que j’admire pour leur travail. Par exemple, quand je fais des performances à la radio, c’est quelque chose qui est de l’ordre du spectaculaire.

C’est quelque chose que tu fais souvent, de casser les codes de ton médium artistique ? À la radio, sur France Inter, tu t’es illustrée par des chroniques très visuelles.

Alors, le truc très visuel à la radio, il est devenu très visuel parce que c’est filmé ! C’est le médium qui a changé, ce n’est pas moi qui l’ai révolutionné. Mais il est vrai qu’en tant qu’actrice, je saisis pleinement cette opportunité pour jouer et performer. J’estime que je ne joue pas des codes, je joue tout court. Je cherche les réactions des dix personnes qui sont autour de la table, comme je cherche à jouer avec un public ou mes partenaires en tant que comédienne. Oui, je fais du spectaculaire, mais parce que c’est mon métier. Si tu écoutes juste la radio, il y a un pouvoir de l’imaginaire de l’auditeur qui entre en jeu. Je pense que si on écoute un spectacle, ça peut s’entendre aussi. Il y a un claquement de porte, je ne sais pas ce que c’est, mais ça fait rire tout le monde : « Qu’est-ce que c’est ? ». Et moi ça attise ma curiosité et mon imaginaire. C’est ce que je recherche dans mes chroniques. À un moment, tout le monde crie, on se dit : « Qu’est-ce qu’elle a sorti ? Qu’est-ce qu’elle fait ? ». Ça appelle aux fantasmes, ça enrichit, ça pimente l’affaire. Tu vois ? Alors oui, on peut aller le voir en vidéo après, c’est vrai, mais on peut aussi se l’imaginer. C’est ça que j’adore avec la radio. Ça ouvre tout un monde pour soi. Je te dis tout ça, mais je me définis aussi comme une putaclic. Avoir des accessoires, ça me ramène des vues sur les plateformes en ligne, de la visibilité pour mon travail, ça attire l’attention, et du coup on m’écoute.

Quand j’ai conscience de ma différence ou des risques à prendre, ça me fait peur.

Tu écoutais la radio avant d’en faire ?

Non. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour cet art, mais je n’ai jamais écouté la radio. Chez moi, j’aime le silence, j’aime avoir à combler ce vide. Pourtant j’ai toujours eu envie d’y travailler, très curieusement. Sans rien en connaître. Comme pour le théâtre d’ailleurs. Je suis arrivée dans ce domaine sans aucune référence. Quand j’ai commencé le Conservatoire, je n’avais jamais lu de pièce de théâtre de ma vie, je n’avais vu que du boulevard et des pièces de théâtre amateur. J’étais sans culture cinématographique. J’étais sans rien. J’ai débarqué très naïvement dans tout ce que j’ai entrepris dans ma vie : La poésie, le stand-up… À chaque fois, la fleur au fusil ! Mais je crois que c’est forte de ce « rien », de cette innocence, quasi insolente, que j’arrive à faire des choses. Quand j’ai conscience de ma différence ou des risques à prendre, ça me fait peur. Peut-être que c’est pour ça que je me dirige ailleurs en permanence, pour garder une candeur débile qui me protège de l’angoisse et de la paralysie. Une fois que les choses sont faites, je me dis : « Mais qu’est-ce que tu as fait ? T’es folle d’être entrée dans ce paysage-là ! Quelle folie ! Quelle dangerosité ! Quelle audace ! Quelle conne ! ».

© Magali Dougados

Tu fais partie de ces rares personnes qui n’ont jamais cessé de travailler depuis leurs débuts, comment tu expliques cette constance ?

Ce truc de bosser non-stop, ce n’est pas une arrogance de croire tout pouvoir faire, c’est même le contraire. Je n’ai jamais attendu que le téléphone sonne parce que je suis convaincue qu’il ne sonnera jamais. Que ça n’arrivera jamais. Donc je me suis donné du travail à moi-même pour créer les rôles et les choses qui me correspondent. Je me crée mes propres opportunités. Si tu veux, je suis ma propre muse. Je ne veux pas dépendre de la projection et du désir des autres. C’est d’ailleurs assez fatiguant, cet égotisme, à la longue… Mais au moins, ça me laisse le contrôle : Personne ne va me dire ce que je peux faire, être ou devenir.

© Dorothée Thébert

C’est pour ça que tu as développé, à l’image des grandes actrices, le personnage de La Balestra ?

J'ai toujours été inspirée et obsédée par les monstres féminins. Par les divas, Betty Davis, Élisabeth Taylor, Faye Dunaway… ces personnages débordantes et infâmes. Je ne sais pas pourquoi. C'est des rôles que j'ai toujours adoré jouer. Jeune on m’avait dit : « Il faut que tu arrêtes de jouer les marâtres, tu n’as pas l'âge de ces rôles, il faut que tu joues des jeunes premières. ». Mais moi, je me sentais très mal dans les rôles de midinettes et je m'étais dit : « Mais non ! Je veux jouer les marâtres ! ». Parce que justement elles sont subversives. Parce que ça me permet d'exorciser des choses et que moi j'ai un plaisir fou à regarder les actrices jouer ce genre de rôle ! En tout cas je me réjouis à fond de vieillir pour avoir des rôles de vieille peau.

Parfois, tu dois développer une interface entre quand tu es au théâtre, et quand tu es à la ville. Pour gérer toute la surface de projection qu'on envoie sur toi. Surtout les collègues femmes, les jeunes actrices, qui doivent gérer l'idéalisation ou la fétichisation.

Oui, tout à fait. Et c'est pour ça aussi que je n'ai jamais eu de Pygmalion ou de chose comme ça. Je n'ai jamais été l'actrice de personne. Il y a eu Mathieu [Bertholet, ancien directeur du Poche à Genève, actuel directeur du Neumarkt à Zurich ; ndlr] mais on n’a jamais eu ce type de rapport là. Je n'ai pas envie d'être assignée à ce jeu, à l'actrice fétichisée, à la jeune première, à l'actrice sexualisée. Si j’ai hâte de jouer les rôles de marâtre, c’est aussi parce que la sexualisation ou le physique n'est pas au centre de la partition. C’est pour ça que j'adore jouer les navets ou les Qasimodos. Parce que le physique ou la séduction n'est pas au centre du jeu. Je ne voulais pas d’une relation de travail où tu n'existes que dans le désir, désir au sens sexuel, de l'autre, metteur en scène ou public

Tu as travaillé trois ans au Théâtre de Poche au début de ta carrière, en quoi cette expérience a-t-elle été formatrice pour toi ?

Les projets étaient très courts, mais ce qui était super, c'était de pouvoir travailler plusieurs fois avec les mêmes personnes. De connaître en profondeur une équipe avec qui tu bosses. Ça veut dire que tu peux parfaire un jeu collectif. Tu comprends les dynamiques de l'équipe, les dynamiques de plateau. Et donc tu t'améliores collectivement, et je pense que ça, c'est quand même les bases du théâtre. Pas que travailler sur sa propre partition interne, mais sur un ensemble. Et c'est ça qui est super aussi avec Jacqueline, c'est la même équipe que le Père noël est une benne à ordure [réinterprétation du Père noël est une ordure ; ndlr]. On se connaît très bien, et je trouve que ça nous élève.

Quand tu regardes les plateaux romands, actuellement, qui sont tes stars ?

Les acteurs ? C'est tellement infini. Dès que je vois quelqu'un qui me touche sur un plateau, je rêve de travailler avec. Et en ce moment, honnêtement : tous les gens avec qui je bosse. Tu vois Jeanne de Mont [actrice dans Jacqueline ; ndlr] ? Je la trouve épatante. J'apprends énormément à jouer avec Jeanne. Par exemple, Jeanne : je trouve que c'est une star. Je la trouve brillantissime. Elle est au bon endroit du travail. Elle est tellement consciencieuse, elle est tellement stable dans ce qu'elle propose. C'est vraiment une force hyper constante. Constante, mais surprenante ! Parce qu'elle me surprend, tous les soirs ! Il y a toujours des inventivités folles, et elle se maintient toujours à ce niveau-là. Elle n’est jamais en dessous. C’est quelqu’un qui a beaucoup plus d’expérience que moi, et qui est toute entière à ce qu’elle fait quand elle le fait. Elle ne se laisse dévier par rien. Je vais te dire, je ne sais même pas si elle a des réseaux sociaux. Elle est extrêmement rassurante. Je suis hyper admirative de Jeanne. J’aimerais continuer à jouer avec elle. Je la trouve formidable. Jeanne c'est quelqu'un. C'est une présence qui me rassure à fond au plateau et en même temps qui me demande de me dépasser. Elle est merveilleuse. Je ne sais pas, c'est la meilleure partenaire du jeu que j'ai jamais eue de ma vie. Elle ne te laisse jamais dans la merde, si toi t'inventes elle va construire avec ça, si toi t'es en-dessous elle va te tirer vers le haut. Elle a toutes les qualités d’une très grande actrice, d’une très grande partenaire de jeu. Jacqueline ça a vraiment été une rencontre avec elle. Il y a un moment dans la pièce ou on se tient la main, si c'est une représentation où on a peur, où tout à coup je ne me sens pas à l'aise, je sais qu’en lui donnant la main on va s'envoyer l'énergie nécessaire pour continuer et aller au bout. J'adore ce moment. Je l’attends.

© Dorothée Thébert

 Je préfère que les gens aient du plaisir à me courir après plutôt qu’on m’attende au virage.

Parlons de jeu justement ! Je t’ai déjà vue jouer, notamment dans Jacqueline, et j’ai remarqué que tu prenais une attention toute particulière à aller très vite, par exemple pour faire une rupture, ou un virage dans l’émotion. Comment tu qualifierais ça ?

Déjà mon débit de parole est toujours extrêmement rapide, parce que je déteste qu’on ait de l’avance sur moi. J’ai l’impression que si on voit les virages, si on voit les contours, le spectateur a le temps de les percevoir et de les prendre avant moi. Du coup, ce ne sera pas percutant. Je préfère que les gens aient du plaisir à me courir après plutôt qu’on m’attende au virage. J’aime bien prendre les devants. Je pense, pour avoir le contrôle de la situation, donc je fais des ruptures. J’aime bien tout à coup aller là où on ne m’attend pas. Et puis, sur ce travail-là en particulier, je me demande si toutes les comédiennes ne l’auraient pas joué aussi de cette façon-là. J’ai l’impression que c’est intrinsèque à ce texte-là aussi. Une des seules didascalies de Jacqueline c’est : « Elle parle à une vitesse faramineuse, on ne comprend que quelque brides ». Donc cette rapidité, je l’ai prise aussi parce que c’est indiqué dans le texte. Après… c’est vrai qu’il n’y a rien qui m’horripile plus qu’une didascalie ou un auteur qui te dit comment tu dois jouer son texte. Mais si ça vient de Guillaume Poix [auteur de Jacqueline ; ndlr], j’accepte ! Alors pour faire ça ? Je blinde à fond. Dans le sens que je suis vraiment très travailleuse et obsessive. Mais c'est parce que j'ai besoin de planter tous les piquets pour pouvoir faire ma descente en slalom. Je suis quelqu'un qui répète beaucoup, même pour la radio. J'ai besoin de ça pour pouvoir libérer la chose. Le moment de la répétition est hyper important pour moi. Je suis très perfectionniste. Et puis j'aime répéter une phrase 1 million de fois avant qu'elle éclose en public.

Notamment pour le début de la pièce, tu es seule, Jeanne dort dans un fauteuil, et tu as un long soliloque pour ce public imaginaire. On est loin des pièces de boulevard dans lesquels jouaient Jacqueline Maillan.

Cette première partie, elle n’est pas intrinsèquement drôle, ce n’est pas un one-woman show avec des punchlines. J’ai l’impression que ce qui est drôle, c’est le caustique de la situation. Il n’y a pas de blagues. Quand je la fais, je n’attends rien, je n’attends pas de réactions. C’est une scène d’exposition. L’exposition de la psyché de ce personnage, qui est méchante, en détresse... C’est ce tragique, le coté humiliation… et la solitude de ce personnage qui me font rire et pleurer. C’est violent, et en même temps, ça me fait rire. Que cette situation me fasse rire, ce n’est pas que j’occulte la tragédie du personnage. Mais c’est ma manière de la ressentir et d’y répondre. Et c’est vrai que cette première partie, il y a des gens qui la trouvent aride et qui ont de la peine. Si on ne prend que le coté dru de la chose, c’est très unidimensionnel. Et là, oui c’est vrai, ça peut heurter. Ça j’en conviens.

En même temps ce type de rapport est très commun dans la comédie classique, chez Molière par exemple, il s’agit souvent de rapport violent au sein d’un foyer.

 Ça c’est intéressant, et je le ressens beaucoup en ce moment, en tant qu’actrice. Parce que chez Molière, ou Thomas Bernhardt, ce sont bien souvent des hommes. Des soliloques où ça débite, ça radote, ça déblatère, ça frappe, ça humilie. Jamais personne ne dira que c’est une espèce d’homme aigri et hystérique qu’on observe au plateau. On dira que c’est un homme tourmenté, profond, immense, trop grand. Alors que si c’est un personnage féminin, ça devient péjoratif. On dira qu’elle est aigrie, hystérique, méchante, frustrée, en manque de regards. « Elle est démoniaque ! C’est une sorcière ! ». Tu vois ? Pour beaucoup de gens, ça passe mieux si c’est un homme, c’est plus confortable. Comme femme, tu n’as pas le bénéfice d’être le monstre sacré.

© Samuel Rubio

Tu es surprise quand on te renvoie à ton irrévérence. Tu aimerais qu’on parle d’autre chose que cet aspect-là de ton travail ?

Oui. Enfin… bien sûr que je préférerais, quand on parle, par exemple, de mon travail à la radio, qu’on dise que je sois drôle avant d’être vulgaire, ou qu’on dise que j’écrive bien, avant de dire que je suis trash. J’ai toujours l’impression que ce sont des adjectifs assez péjoratifs. Ça peut coller, être enfermant. Après, c’est super, mais c’est juste que trash, vulgaire et irrévérencieuse… oui... mais est-ce que je suis drôle ? Je ne sais pas. En tout cas, on ne me le renvoie pas. Et en même temps l’irrévérence ça me plait. Il y’a quelque chose de transgressif et libérateur que je veux garder en moi, j’en ai besoin.

C'est pas parce qu'on est à la radio qu'on doit faire de la radio. Et c'est pas parce qu’on travaille sur une figure du boulevard qu'on doit faire du boulevard

Il y a peu de femmes, actrices ou humoristes, qui peuvent se targuer d’avoir une carrière choquante. Dans le sens que ton travail, ton humour se basent beaucoup sur cette transgression.

Oui, mais… attends... Voilà : c'est drôle, parce que quand tu le fais, c’est en partie dérangeant, en partie surprenant. C'est drôle parce que ça déborde, parce que ça va trop loin, parce que c'est pas attendu, parce que c'est pas contenu. Parce que c'est pas acceptable ! Je pense qu'il y a quelque chose comme de l'ordre de : jamais aller là où on attend l’actrice, où on attend la comique. Oui : toujours surprendre. C’est comme ce truc de parler vite. De ne jamais pouvoir attraper, ni assigner à quelque chose. Et c'est aussi cette chose d'être multiple et de faire plein de choses. Je ne veux pas être qu'une seule chose, ou qu'un seul rôle, ou qu'un seul métier, ou qu’une seule femme. C’est la liberté en fait. La liberté créatrice. Parce que je trouve que c'est ça qui est inspirant. C'est d'être libre justement, aussi libre avec les figures qu'on aborde et avec les disciplines qu'on entreprend. Et c'est pas parce qu'on est à la radio qu'on doit faire de la radio. Et c'est pas parce qu’on travaille sur une figure du boulevard qu'on doit faire du boulevard ou qu'on doive faire un biopic qui est un hommage à cette personne. L’art, la comédie, c’est profondément irrationnel.

Pour finir avec Jacqueline, j’ai noté qu’à chaque interview, tu prenais le temps de citer chaque collaborateur quand on abordait leur travail : costumières, régisseurs, etc…

Oui évidement, on n’est rien sans rien.

La dernière personne que j’ai interviewée, Samuel Perthuis, m’avait parlé de votre projet. Il disait être très inspiré, car vous êtes tous les trois porteurs de ce projet : toi, Manon Krüttli [metteuse en scène de Jacqueline ; ndlr] et Guillaume Poix. Ce projet nait à ton initiative, mais vous vous répartissez les rôles. C’est un geste singulier, pourquoi ce choix ?

On avait déjà travaillé ensemble, notamment sur des commandes, et je suis quelqu'un qui aime bien les partenariats longs. On est hyper admiratif des gestes des uns des autres. On s'admire et on se surprend toujours. On avait envie de continuer à aller là-dedans, de chercher ensemble. Parce que je pense qu’on apprend beaucoup les uns des autres ! Et puis surtout on se sent en confiance et la confiance nous porte. Et quelqu’un comme Samuel, là où je le trouve super, c'est qu’il voit énormément de théâtre. Moi, ce que je peux me souhaiter, pour maintenant, c'est peut-être de calmer le jeu. Dans le sens, j'ai plein d'idées pour plus tard, mais actuellement, j'ai vraiment besoin de retourner voir du théâtre. De voir des gens jouer. Je pense que quand je vais voir un spectacle, je me sens aussi porté. J'ai besoin de me faire porter. Là, maintenant, j'ai besoin d'être spectatrice.

Alors on te le souhaite ! Merci Rébecca.

Merci à toi ! C’est un peu déstabilisant, je n’ai pas l’habitude de faire ça, j’espère que ça ne paraitra pas trop égocentré et que je ne te prends pas trop pour mon psy.

Pourtant tu donnes beaucoup d’interviews ?

C’est vrai, mais je sais pourquoi je le fais : je le fais pour remplir les salles de théâtre. Je le fais pour avoir un public. Ça fait partie du jeu, de faire la promotion de ce qu’on fait. Même parler de moi, pour faire de la promotion pour un projet. Mais là, par exemple, c'est pas vraiment un cadre de promotion, tu vois ? Du coup je suis un peu perdue. Après, parler à des journalistes, c’est toujours intéressant. Ça me fait porter un regard sur mon travail, ça amène à du recul et une certaine réflexivité. C’est une sorte de miroir qui m’amène un reflet différent, qui éclaire le travail autrement. Les journalistes ont un regard sur l’œuvre totale d’un artiste. C’est très enrichissant de dialoguer avec eux.

Zacharie Jourdain est artiste dramatique depuis dix ans. Diplômé de la Manufacture Hes-so et de l’Université de Lille, il porte un intérêt tout particulier à l’aspect technique de la pratique actorale, aux écritures contemporaines ainsi qu’aux œuvres graphiques atypiques ou déroutantes.