Mariama Sylla 

Quand l’imaginaire rime avec rigueur

De la bonne dans « M. Bonhomme et les Incendiaires » sous la direction de Claude Stratz dans les années 90 à Lucienne dans « Le Dindon » mis en scène par Maryse Estier aujourd’hui, le plaisir du plateau et la curiosité persistent. En trente ans de carrière, l’exigence, l’amour du texte et de la transmission sont au cœur du parcours de Mariama Sylla.

Un soir d’automne, elle m’accueille chez elle. L’échange est chaleureux, sans filtre. J’en ressors avec l’impression d’avoir passé un moment hors du temps en compagnie d’une amie de longue date.

Entretien signé Joséphine de Weck

@ Diana Meierhans

Comment tout a commencé ?

J’ai éprouvé ma toute première expérience théâtrale à 9 ans, à l’école primaire. Comme j’étais bonne élève, on m’avait attribué le premier rôle dans « Aladin et la lampe merveilleuse ». J’ai encore des extraits du spectacle sur une cassette audio. Parfois, je réécoute cette petite voix qui découvrait la joie des planches. Je me souviens que j’y croyais à fond, convaincue d’être le personnage d’Aladin.

Ensuite, comme beaucoup de personnes, le théâtre a été un excellent canal pour grandir, explorer, se découvrir. J’ai tanné ma mère pour qu’elle m’inscrive à des ateliers de théâtre. C’est ainsi que je me suis retrouvée plus tard dans les ateliers de Maud Coutau au Conservatoire.

Savais-tu depuis l’enfance que tu allais devenir comédienne ?

Non, pas du tout. Ma mère m’avait écrit un petit mot à mes seize ans qui disait qu’elle savait que je serais un jour comédienne. C’était très fort car moi-même je n’avais pas encore cette certitude et surtout, nous ne venions pas d’un milieu théâtral.

Enfant, allais-tu souvent au théâtre ?

A partir du moment où j’en faisais, ma mère nous emmenait ma sœur et moi de temps en temps. Ma famille ne croulait pas sous les moyens financiers, mais l’argent allait en priorité aux activités extra-scolaires. Avec ma tante, parfois, nous allions voir des expositions. En revanche, nous regardions beaucoup de films. En réalité, j’ai une plus grande culture cinématographique que théâtrale. Avec ma sœur, nous regardions chez nos grands-parents les vieux films en noir et blanc diffusés le samedi soir.

De là est-il né le désir de jouer un jour dans des films comme Ingrid Bergman ou Lauren Bacall ?

Absolument ! Ou encore Danielle Darrieux… Nous étions bercées par cet univers… les films avec Jean Gabin… J’adorais qu’on me raconte des histoires. Le cinéma m’a beaucoup influencée.

 Ton cinéma préféré à Genève ?

En général, les salles indépendantes. J’aime parfois aller dans la petite salle du cinéma Bio. J’y étais dernièrement et je pense que nous étions six spectatrices. Cette intimité nous a invitées à discuter du film après la séance. J’aime le cinéma aussi pour ses rencontres.

Si l’on revient à mes débuts, je ne savais même pas qu’il y avait une école de théâtre à Genève. Ma mère était persuadée que j’allais en faire mon métier mais je n’ai pas du tout été accompagnée. C’est grâce à une amie avec qui j’étais au collège, que j’ai su qu’il y avait une école professionnelle de théâtre à Genève. Elle se présentait au concours et m’a demandé d’être sa réplique. L’année d’après, j’ai annoncé à ma mère que je voulais m’inscrire. J’avais vingt ans. Après deux années préparatoires, je suis entrée à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique (ESAD). Aujourd’hui, je me demande ce que j’aurais fait si je n’avais pas été prise.

Après l’école, comment s’est passée la sortie ?

J’ai eu beaucoup de chance. J’ai eu un super parcours. À l’époque, on cataloguait beaucoup les élèves dans les rôles qu’ils pouvaient interpréter. Heureusement, j’ai eu l’opportunité de jouer des rôles très différents pendant ma scolarité, ainsi que des partitions importantes.
Ma grande chance a été de jouer avec Claude Stratz alors que j’étais encore à l’école. Il n’était normalement pas permis de jouer dans des spectacles professionnels lorsque nous étions encore à l’école. J’étais opposée à tout privilège mais une exception a été faite. J’ai demandé une réunion avec la direction de l’école, car je ne trouvais pas juste de bénéficier d’un traitement exceptionnel.

Tu étais prête à renoncer à un rôle dans une production professionnelle par solidarité avec tes camarades de classe ? 

Oui. Surtout parce que le règlement de l’école ne l’autorisait pas. Claude Stratz m’avait proposé le rôle et j’avais décliné parce que je ne me voyais pas interrompre ma formation. Pendant l’été, il a discuté avec la direction. C’est ainsi que j’ai appris que l’école me permettait de le faire. Mais moi, de prime abord, je n’étais pas à l’aise à l’idée de bénéficier d’un traitement de faveur. J’essaie toujours de rester droite dans mes bottes.

 Une parole est quelque chose d’important.

Toujours encore ?

Oui, encore. Pour moi, une parole est quelque chose d’important. Quand j’ai eu des problèmes de dates entre deux productions, j’ai toujours essayé d’être la plus claire possible. C’est à moi de gérer le dilemme quand il faut choisir entre deux spectacles mais j’essaie de rester limpide. Jusqu’à maintenant, j’ai réussi à rester droite et j’espère que ça continuera.

Les aprioris persistent et cela reste un thème. A titre personnel, cette réalité m’a donné la pêche.

Après « M. Bonhomme et les Incendiaires », as-tu été directement engagée dans d’autres productions ?

J’ai terminé l’école et tout de suite j’ai été engagée dans la Revue  genevoise. J’ai toujours aimé chanter et danser. J’étais ravie. D’ailleurs, j’ai continué après l’école à prendre des cours de danse et de chant. Mais quand on m’a à nouveau proposé la revue l’année d’après, j’ai décliné la proposition. Je m’étais un peu ennuyée. Les rôles qu’on me proposait restaient limités à cause de ma couleur de peau. C’est un élément qui compte. En sortant d’école, on m’avait avertie. Leyla, la directrice, m’avait complimenté «Tu peux tout jouer » et ajouté: « Mais bon, évidemment, tu ne joueras jamais la blonde Célimène » (personnage dans le Misanthrope de Molière). Mais j’ai pris ma revanche ! Plus tard j’ai joué Camille dans Horace, Hermione dans Andromaque… j’ai joué dans un Marivaux… donc finalement j’ai dépassé les aprioris liés à ma couleur de peau.

Comment vis-tu cette réalité du milieu ?

L’époque est en train de changer et il y a heureusement du progrès mais les aprioris persistent et cela reste un thème. A titre personnel, cette réalité m’a donné la pêche pendant ma formation. Je me souviens d’un examen suite auquel un juré extérieur m’a dit que j’avais fait un excellent travail car « il fallait que (je) sois dix fois meilleure qu’une blonde pour faire passer une scène de Tchékhov » Intérieurement, j’ai retenu le compliment et l’assiduité qu’insinuait sa remarque. Depuis toujours, je me dis qu’en travaillant, on y  arrive. Vingt ans plus tard, j’ai eu ma revanche : je jouais Natalia Stepanovna dans « La demande en mariage » au théâtre du Crève-Coeur sous la direction de Benjamin Knobil.
Mon parcours ne reflète pas la discrimination. Même dans la presse, il n’y a jamais été mention. En réalité, je pense que le public s’en fiche. Mais ça rentre en jeu pour certains castings ou auditions.

Tu l’as ressenti ?

Par exemple, dans « Quartier des Banques » (série de la RTS) où j’avais un tout petit rôle dans la première saison. J’avais été auditionnée pour faire la bonne. J’ai travaillé comme une malade pour mes trois répliques et le réalisateur m’a remarquée. C’est ainsi que j’ai pu passer de nouvelles auditions pour le rôle de la procureure dans la deuxième saison. Les réalisateur.ices et les metteur·es en scène manquent parfois d’imagination ou craignent qu’en engageant une personne non blanche pour tel rôle, ça ne raconte quelque chose qu’ils et elles ne souhaitent pas raconter. Pour ma part, je pense que plus on verra sur scène et dans l’audio visuel, des personnes de toutes les origines interpréter des rôles, simplement parce qu’ils et elles sont bons acteurs, bonnes actrices, plus cela rentrera dans la norme, et on ne se posera plus la question. Pour l’instant, c’est vrai que si ce n’est pas marqué dans un scénario de film ou série « femme métisse », on ne pense a priori pas à moi. J’ai décidé de prendre ça avec fatalité, d’en parler et de ne pas me morfondre. J’essaie de prendre le positif même si ce n’est pas toujours simple.

La demande en mariage © Loris von Siebenthal

L'Ours de Tchékov © Loris von Siebenthal

Déjà le métier de comédienne n’est pas simple…

Oui, c’est sûr. Au-delà de ça, je me dis que j’ai trente ans de métier et que je suis toujours là, donc j’ai beaucoup de chance. Mais je vois aussi que ça devient de plus en plus difficile. Je regardais les annonces de spectacles sur Comedien.ch et de plus en plus il y a le même nom à la mise en scène, à l’écriture et à l’interprétation. Les grosses distributions intergénérationnelles en Suisse Romande se font de plus en plus rare.

Comment vois-tu le théâtre actuel en Suisse Romande ? Quelles sont ses tendances ?

Je trouve qu’il y a beaucoup de bonnes choses. Il y a de très belles jeunes générations d’acteurs et actrices. je regrette, que nous ne jouions pas sur des longues périodes, comme ça a pu être le cas avant. Et puis aussi, qu’il y ait peu de distributions intergénérationnelles en Suisse Romande. Evidemment, et c’est compréhensible, souvent, les jeunes sortant de la Manufacture se constituent en compagnie. C’est alors aux théâtres de proposer des créations qui mélangent les générations. Certains le font. Pour la durée de jeu des spectacles, j’ai bien conscience que l’aspect financier est à prendre en compte. Dans un de mes rêves, il y a une grosse distribution intergénérationnelle qui permet à chaque génération d’apprendre des autres, on joue quatre semaines et on part 2 mois en tournée.

Tu enseignes également depuis de nombreuses années. Était-ce une évidence ?

J’enseigne depuis la sortie d’école mais au début je ne me sentais pas légitime. Je me demandais ce que j’allais pouvoir transmettre alors que je n’avais aucune pratique d’enseignement. Je me suis retrouvée à donner des cours de théâtre pour jeunes amateur.ices au TPR alors que je répétais sous la direction de Charles Joris. En me renseignant auprès d’ami.es qui donnaient des cours, en fouillant dans mes propres notes et en me rappelant les nombreux cours que j’avais pris, tout s’est très bien passé. Je sentais que j’arrivais à mettre les jeunes en confiance. L’année suivante, j’ai fait des remplacements aux ateliers donnés au théâtre Am Stram Gram. C’est ainsi qu’en 2004 je suis devenue responsable des ateliers d’Am Stram Gram jusqu’en 2022. Depuis une quinzaine d’années, j’enseigne également au conservatoire pour les classes préprofessionnelles.

Pour pouvoir transmettre il faut également être nourri par d’autres enseignements. 

Barbababor

Que leur transmets-tu ?

Mon métier n’est pas uniquement basé sur l’intuition comme beaucoup de gens l’imaginent, du fait que l’on est son propre instrument. C’est un métier qui nécessite de la technique. C’est pour ça qu’il peut être transmis. Il y a des outils qu’on peut travailler. J’ai continué à développer cet aspect. Comment faire pour être plus à l’écoute, pour avoir une meilleure diction, pour être mieux ancrée, etc. ?
J’ai aussi toujours continué à me former. Pour pouvoir transmettre il faut également être nourri par d’autres enseignements. Evidemment, je suis nourrie par les différent·es metteur.ses en scène avec qui je travaille, mais aussi en suivant des formations. J’ai par exemple fait une formation continue sur deux ans en technique Meisner avec Pico Berkowitch. La transmission, c’est un aller-retour. Si je ne suis pas la même enseignante aujourd’hui qu’il y a trente ans, c’est grâce à mes nombreux·ses élèves qui m’ont appris à transmettre. Et puis J’essaie d’être au présent de ce qui m’est utile en tant que comédienne et là aussi, heureusement, j’ai appris. Je ne suis plus la même qu’il y a 30 ans, j’aborde les rôles différemment.

Nous faisons un métier qui parle du monde, dans la mesure où nous racontons des histoires, des situations de vie…

Vois-tu un grand changement dans les profils qui intègrent la classe préprofessionnelle ?

Je pense que le monde change et qu’en tant qu’humains, nous bougeons avec lui. Nous faisons un métier qui parle du monde, dans la mesure où nous racontons des histoires, des situations de vie… Donc, oui, tout bouge ! Les adultes changent, les ados, les enfants aussi. Les rapports changent aussi. La parole est plus déliée entre générations. Et c’est bien. Je constate qu’il y a aussi une autre manière
d’aborder les choses. Nous nous trouvons dans une ère du zapping, dans une époque où les choses vont très vite. Il y a un besoin du multiple. Dans cette réalité, je trouve que l’endurance et la persévérance sont des notions qui méritent d’être entretenues. C’est l’une des choses que j’essaie de transmettre. Car je crois à la persévérance, au travail et au temps nécessaire pour avancer. Mais comme nous sommes dans un monde où les temporalités changent, c’est difficile. Dans un monde où tout va plus vite, c’est aller contre un mouvement général. Je l’observe aussi avec des plus jeunes. J’enseigne encore à des huit-douze ans et je constate que l’imaginaire s’effrite. Ils puisent souvent dans des univers qu’ils connaissent comme les dessins-animés, les jeux vidéo ou les séries. C’est vrai qu’on a peur, souvent, que les jeunes s’ennuient. Or, je pense que l’imagination et l’inventivité poussent du vide. Quand on leur laisse une place.

Contractions, m.e.s Elidan Arzoni © Yann Becker

Qui aime-t-on sur scène ? On aime les comédiens et les comédiennes qui sont libres. Mais cette liberté ne se trouve pas juste en débarquant sur scène et en faisant n’importe quoi. Elle existe à l’intérieur d’un cadre. 

Y a-t-il autre chose que tu essaies de transmettre ?

J’essaie de transmettre qu’un cadre peut être très large et que ce n’est pas forcément une punition ou une contrition. Je pense qu’un cadre aide à être libre. Comme les alexandrins. Quand on dit des alexandrins, c’est très difficile, il y a beaucoup de règles à respecter. En même temps, quand on commence à creuser le sens, à être le plus rigoureux possible, à mettre le pied là où il doit, on trouve une liberté énorme. C’est très difficile d’être libre. Personnellement, si on me donne tous les possibles dans une journée sans contrainte, je risque bien de ne rien faire. J’aurai passé ma journée à hésiter face à tous ces possibles. Pour réaliser des choses, la discipline est nécessaire. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’il y a une demande de méthode de la part des jeunes. Ainsi, cette année au conservatoire, j’ai imaginé et testé un protocole pour aborder une scène étape par étape. Évidemment, l’objectif reste de désobéir, de s’affranchir. Mais pour s’affranchir, il faut savoir de quoi on s’affranchit. Qui aime-t-on sur scène ? On aime les comédiens et les comédiennes qui sont libres. Mais cette liberté ne se trouve pas en débarquant sur scène et en faisant n’importe quoi. Elle existe à l’intérieur d’un cadre. Par exemple, savoir son texte. Un texte su, c’est l’avoir tellement intégré qu’il devient sa propre parole. Sa propre parole ne signifie pas parler mollement comme tous les jours. C’est avoir une langue tenue. L’objectif est d’avoir intégré le texte afin de n’être plus qu’avec son partenaire de jeu.

Au théâtre, je pense que c’est l’autre qui nous fait jouer. Agir. D’ailleurs je préfère le mot actrice que comédienne. Dans actrice, il y a action. C’est comme au tennis. Je lance une balle mais je ne suis pas en train de la lancer en me regardant. Je la lance pour voir comment l’autre va la recevoir et comment il ou elle va la relancer. Si je ne joue que sur moi-même, il risque de ne pas se passer grandchose. C’est en ça que le théâtre ressemble à la vie. Si je suis qui je suis, c’est grâce aux gens qui ont croisé mon chemin ou qui m’entourent. Je suis faite des différents professeur.es que j’ai eu.es, des rencontres, des lectures, des spectacles que j’ai vus, … On ne fait que se nourrir.

Quelles sont les lectures, les spectacles qui t’ont le plus marqués ?

Je pense à des spectacles qui m’ont ouvert de nouvelles perspectives. Par exemple, FC Bergmann que j’ai vu à Avignon. Ou encore, un spectacle récent de Peeping Tom… ou la première fois que j’ai vu TG Stan…

 Que des belges !

Oui, je crois que c’est lié à une autre manière d’attraper les choses. Après, évidemment, Thomas Ostermeier, je trouve ça fabuleux. Mais de nouveau, c’est cette manière de casser le quatrième mur, de nous surprendre. Je pense aussi au spectacle « Le baladin du monde occidental » de Claude Stratz, monté dans les années 90. J’avais été très marquée par la scénographie d’Ezio Toffolutti. Je pense aussi à « Forêt » de Wajdi Mouawad, « Ça ira, la fin de Louis » de Joël Pommerat.

C’était comment de jouer dans un spectacle de Claude Stratz ?

C’était un cadeau. J’avais un tout petit rôle. Je jouais la bonne, mais Claude me parlait comme si j’avais le premier rôle. C’est quelque chose que j’ai gardé dans ma manière de transmettre. Il n’y a pas de petits ou de grands rôles. J’ai énormément appris : le travail sur le texte, sur le corps… J’ai également appris qu’une entrée en scène ne se fait pas en entrant en scène mais en tout cas trois mètres avant en coulisses. Je découvrais aussi une grosse production. Avant cette expérience, la seule fois où j’avais joué, c’était comme figurante dans une pièce au théâtre du Garage ou dans le « Cabaret d’Avant-Guerre » à la Cave 12. Je venais d’un théâtre ultra-alternatif, du monde des squats… et là je me retrouvais à la Comédie de Genève où on prenait mes mesures à peine arrivée et où on me montrait la maquette du décor. C’était incroyable !

C’était aussi une façon de faire que je retrouve moins aujourd’hui. Évidemment, c’est aussi lié à la situation économique de notre milieu. Comme il y a de moins en moins de sous, le metteur en scène se retrouve à faire la scénographie. La costumière devient maquilleuse et coiffeuse… Est-ce que c’est dommage ? Je crois que oui. Mais ce sont aussi des choix de subventionnement et donc des choix politiques.

Quelle est ta routine en tant que comédienne ?

J’adore travailler le matin. Quand je joue, je fais des exercices physiques. Quand je ne joue pas, j’apprends mon texte. Dès que je le sais, je continue à m’approprier la langue, à relire mes notes. Si je suis en répétition, je regarde ce qu’on a fait la veille et me prépare pour éventuellement venir avec de nouvelles propositions l’après-midi. J’aime relire, repenser, refaire… C’est important pour moi de travailler en amont.

Après, évidemment, cela dépend des spectacles. Quand je joue, je fais une italienne par jour. J’utilise une application qui me permet de répéter mon texte toute seule. J’adore arriver tôt au théâtre. De toute façon, à partir d’un certain moment de la journée, mon esprit est déjà au théâtre. L’idéal, pour moi, c’est d’y être deux heures trente avant.
Comme ça, j’ai vraiment le temps de me chauffer, de manger un petit truc, de discuter avec les autres, de faire un bout d’italienne avec celles et ceux qui le désirent, … J’aime travailler et je pense qu’on peut toujours davantage creuser. Là, je reprends un spectacle créé il y a 9 mois, et je découvre encore de nouvelles manières de dire, de penser,
…

Tu joues également de temps en temps dans des séries ou au cinéma…

Oui, mais malheureusement, ce sont des petits rôles la plupart du temps. Les opportunités ne sont pas très nombreuses en Suisse romande. Mais je suis toujours heureuse de pouvoir jouer devant la caméra. J’aimerais en faire plus.

Nous faisons un métier dans lequel nous vivons beaucoup par les mots et les pensées des autres. Qu’est-ce qui te permet de te retrouver ?

Bonne question ! J’ai de la peine (rires). Non, blague mise à part, je crois que ce sont mes ami.es, ma famille, mon amoureux, … Je crois aussi que je me retrouve simplement en étant chez moi, en lisant, en allant voir des spectacles, … Mais c’est sûr que le métier me prend beaucoup. J’écris aussi un peu. J’ai aussi des chansons en chantier avec lesquelles j’aimerais faire quelque chose. En fait, je me retrouve par la créativité. Quand j’étais petite, j’allais déjà à mon piano. Tout ce qui est lié à l’art et à la culture est ma ressource. Dans les moments où ça ne va pas bien, c’est là que je me retrouve.

 

Joséphine de Weck est autrice, comédienne et créatrice scénique. Elle s'est formée en interprétation dramatique à Bruxelles (INSAS) et est titulaire d’un master en «Expanded Theater » à Berne (HKB). Elle a publié son premier roman Ambassadrice de la marque en 2019 à L’Âge d’Homme. "La petite lutte" est sortie en 2025 aux éditions La Veilleuse. Elle traduit aussi des pièces de théâtre de l’allemand vers le français, notamment Ex de Marius von Mayenburg, à paraître à L’Arche. Ses projets en arts vivants se concentrent sur la mise en forme scénique de ses créations littéraires.

Photo : © Pierre-Yves Massot