Clara Brancorsini - La beauté du collectif
Clara, cette femme qui mise tout sur le collectif, qui ne cherche pas à diriger, détient, en toute discrétion, quarante ans de carrière théâtrale et la co-fondation du magnifique lieu qu’est le Théâtre du Galpon. Et si vous lui posez la question, elle vous répondra certainement, avec, en résonance, les miettes de son accent du sud, « Oh! Mais vous savez, je n’ai que suivi, avec enthousiasme, les élans des autres. » Elle qui, mine de rien, prend soin du Galpon « comme si c’était sa maison ». Elle qui navigue avec délice dans les textes ardus de Valère Novarina ou dans la logorrhée au comble de l’absurde de « Pas moi » de Beckett. Elle qui, après sa longue carrière, conserve un enthousiasme et un émoi entiers à chaque début de création. Une humilité plus qu’honorable pour une femme qui peut si bien vous éblouir de sa présence, de sa technique et de sa malice sur scène. Dans son parcours s’immiscent maintes aventures et l’écouter dérouler sa vie fut un réel voyage. En voici quelques bribes.

Clara-Brancorsini © Ivan P. Matthieu
LES PREMIERS PAS THÉÂTRAUX
« Eclair, choc », sont les mots qui résonnent à plusieurs reprises lorsque Clara me parle de ses premières expériences avec le théâtre. Comme une évidence qui vient frapper à sa porte. Pourtant, plusieurs années s’écoulent avant qu’elle n’ose suivre cet élan.
Ce n’est qu’à l’université qu’elle s’inscrit à son premier cours de théâtre, dans un atelier d’amateur·rices qu’elle côtoie alors pendant deux ans.
« A partir de là, j’ai pensé, j’aime la sociologie mais j’ai peut-être davantage ma place dans le théâtre que dans une looooongue carrière universitaire (Rires). »
S’ensuit un atelier semi-professionnel où elle est sélectionnée et rencontre, entre autres, Pierre Mifsud qui deviendra un grand ami et futur collègue. Une pièce, « La Mère », écrite par le metteur en scène Alain Simon les fait tourner dans le off du festival d’Avignon et à Aix-en-Provence.
Pierre et Clara partagent d’un commun accord leurs doutes quant à leur carrière universitaire et l’envie de tout laisser tomber pour le théâtre. Cherchant une école qui les accepte malgré leur âge « avancé » pour l’époque, 23-25 ans, il et elle font la connaissance de la pédagogie de Serge Martin et sont emballé·es. Après une audition réussie, les deux français·ses déménagent à Genève pour commencer l’Ecole Serge Martin.
J’ai découvert mon amour pour les textes, notamment les écritures des pièces tragiques, tout en remarquant également mon potentiel comique, qui s’est confirmé par la suite.
« Cette école a été le déclencheur, ce qui m’a confortée dans la direction d’une carrière théâtrale. Durant la formation, nous avions des commandes toutes les trois semaines. A partir d’un cours, comme le bouffon ou la tragédie, nous devions créer des petites formes. Parfois, le temps manquait pour de l’approfondissement, mais j'ai pu découvrir différentes approches, différents registres de jeu et sentir ce qui pouvait mieux me correspondre. J’ai découvert mon amour pour les textes, notamment les écritures des pièces tragiques, tout en remarquant également mon potentiel comique, qui s’est confirmé par la suite (Rires) ».
La formation à peine terminée, un premier spectacle est en route. Avec deux camarades de l'école, Sylvia Barreiros et Françoise Guicherd, elles montent "Direction Critoruim " de Guy Foissy. Le metteur en scène, Prosper Diss, de la comédie de Saint-Etienne, accompagne et parraine ce premier projet qui se joue au Théâtre de L'Usine en décembre 89. L'épopée débute et avec elle, les premiers questionnements sur la manière d'empoigner cette vie d’artiste.
LE STUDIO D’ACTION THÉÂTRALE (SAT) EN ESPAGNE - RENCONTRE AVEC GABRIEL ALVAREZ
Avec la technique de Gabriel Alvarez, je sentais que se créaient, en moi, de nouveaux espaces. Sensoriels, musculaires. Je me sentais extrêmement vivante.
S'en suivent deux-trois mois d'errance, avec des doutes non avoués concernant la suite et l'intermittence du métier. Elle remplace par hasard un ami qui s’était inscrit à un stage-audition avec Gabriel Alvarez à l’Arsenic à Lausanne. « Pourquoi cette connaissance m’a appelée moi, et pas quelqu’un·e d’autre est un grand mystère, mais c’est ainsi que je me suis présentée au stage, alors que je ne connaissais ni ce metteur en scène, ni son travail. » Gabriel Alvarez qui deviendra quelques années plus tard son compagnon mais également le metteur en scène avec qui elle collabore depuis presque 40 ans.
Car dans la rencontre avec Gabriel, résonne une deuxième évidence, après celle de la carrière théâtrale. Celle que la méthode de ce metteur en scène convient particulièrement bien à Clara. « Il y avait une clarté physique dans la rencontre avec cette technique. Gabriel proposait tout un alphabet, un outillage pour travailler le corps de l’acteur·rice. J’observais mes possibilités tout autant que mes incapacités. Je sentais que se créaient, en moi, de nouveaux espaces. Sensoriels, musculaires. Je me sentais extrêmement vivante. A l’époque, je ne pouvais imaginer où cela me mènerait, mais un éveil s’est réalisé.»

Josephine d'apres Kaska 2015 © Elisa Murcia artengo
Alors, commence l’aventure de la troupe, « Le Studio d’Action Théâtrale » (SAT), dans laquelle elle est invitée à prendre part, avec huit autres personnes. Il s’agissait d’un projet de recherche à Huesca, en Espagne, pendant 8 mois, concocté par Gabriel et Antonio Buíl.
"Le travail était très physique. Nous avions un entraînement quotidien et parallèlement, nous préparions une création. Nous nous levions quelques fois très tôt pour aller courir dans la nature et faire un training dans les champs d’oliviers. J’ai des souvenirs magnifiques de cette période. Gabriel, encore maintenant, ne te mâche pas le travail. Il te donne de la matière et tu dois chercher par toi-même. » Ce qui donne à Clara le sentiment d’être non seulement interprète mais aussi de prendre part à la création. « C’était dur mais extrêmement riche. Nous jouions en espagnol sans savoir, pour la plupart, parler cette langue. Dans ce travail, je n’étais pas la plus outillée physiquement, je transpirais comme une folle, mais j’avais une volonté de fer, une envie forte, car je me sentais extrêmement libre. Je n’éprouvais pas de jugement. Dans sa méthode, Gabriel part de qui tu es et où tu en es. Cela permet à chaque comédien·ne de mener son propre parcours, tout en travaillant en collectif.
Chacun·e s’était débrouilé·e économiquement pour vivre cette période pleinement. Un financement pour un tel projet était impossible. Les conditions étaient clairement posées depuis le départ et nous étions partant·es. La municipalité de Huesca mettait à disposition un grand espace, un hangar où les premiers actes ont été de l’isoler et de créer un lieu convenable pour le travail. « Un premier Galpon, en somme ». En échange, la troupe a présenté deux spectacles "les Oracles de Troie" d’après les troyennes d'Euripide et "la Parabole du Festin" en hommage à Antonin Artaud et sont intervenu·es en milieu scolaire.
« C’était il y a 36 ans exactement. Les contextes économique et politique étaient différents. Nous ne nous posions pas vraiment encore la question de gagner notre vie avec le théâtre. Nous avions, pour ce projet et avec cette équipe, l’envie d’oeuvrer à ce qui nous animait et de se débrouiller à côté concernant l’aspect financier. Un état d’esprit qui, bien sûr, était limité dans le temps mais qui fut possible durant cette aventure espagnole. »
RETOUR EN SUISSE - LE TEMPS DE L’INTROSPECTION
Une aventure riche, où je me suis livrée corps et âme, et qui par-là même m’a appris clairement à poser des limites dans les relations de travail! No comment…. (soupir, puis rire)

Dada_ Galpon © Elisa Murcia artengo
Le périple se termine en présentant en français, cette fois, "Les Oracles de Troie" au Théâtre de l'Usine à Genève puis à l’Arsenic à Lausanne. Par la suite, le groupe se rétrécit, la volonté reste chez certain·es mais le quotidien genevois est davantage contraignant d’un point de vue financier et chacun·e doit momentanément repartir de son côté. Clara, mordue par ce travail, poursuit ponctuellement avec Gabriel en organisant des stages à Genève pour les acteur·ices professionel·les.
Puis la crise de la trentaine, et avec elle un besoin d’introspection, surviennent. Clara met en suspend ses activités avec la compagnie et participe à des stages divers et variés, notamment sur la voix. Elle rencontre Laure Madier, écrivaine et psychothérapeute, novice dans le théâtre, qui lui propose un projet autour du personnage de Macha de Tchekhov. Ensemble, elles travaillent pendant plus d’une année, mélangeant thérapie et théâtre. Elles présentent leur création « Plumes perdues d’une fidèle d’amour », à l’Arsenic en 95. « Une aventure riche, où je me suis livrée corps et âme, et qui par-là même m’a appris clairement à poser des limites dans les relations de travail! No comment…. (soupir, puis rire) »
L’AMOUR DU COLLECTIF
Après cette parenthèse, Clara réintègre la compagnie du SAT. Avec Gabriel Alvarez, les sphères privée et professionnelle n’ont jamais empiété l’une sur l’autre. « Et c’est pour cette raison que nous avons pu collaborer aussi longtemps.»
J’aime travailler dans la durée et partager le plateau avec les mêmes personnes pendant un temps. J’ai vu le bénéfice que cela apporte à une création théâtrale.
La durée et l’amour du travail en groupe sont deux autres déclics pour Clara, apparus durant la période espagnole à Huesca. « Je pense que si j’avais dû être une comédienne « Free lance », passer des auditions, j’aurais très vite arrêté le théâtre. Je n’ai pas le caractère adéquat. De plus, j’aime travailler dans la durée et partager le plateau avec les mêmes personnes pendant un temps. J’ai vu le bénéfice que cela apporte à une création théâtrale. Une possibilité beaucoup plus grande d’approfondissement, d’ancrage dans le travail. Tout au long de la collaboration avec Gabriel, le travail a été et est encore, pour moi, une expérience extraordinaire, dans le sens, hors de l’ordinaire, d’un point de vue collectif et personnel. »
Après toute ces années à oeuvrer avec « Le Studio d’Action Théâtrale », Clara conserve la même émotion au démarrage de chaque nouvelle pièce à monter. Un sentiment d’une nouvelle aventure, d’inconnu quant au résultat et quant à la forme de ce prochain objet scénique.
LA MÉTHODE DE GABRIEL ALVAREZ SELON CLARA
En abordant des auteurs comme Samuel Beckett, Valère Novarina et d’autres, notre rapport au texte et à la langue a changé. Davantage de liberté, de risque, de poésie, de musique et une autre écoute.

Origine Rouge 2008 Novarina © JM Echemaite
Le regard de Clara sur la technique de travail de Gabriel Alvarez est intéressant car il s’étend sur plus de 30 ans.
« Au tout début, sa recherche était vraiment très physique. Nous nous exercions même à l’acrobatie. Le corps de l’acteur était au centre du travail théâtral. Nous développions des partitions physiques à partir desquelles nous construisions les scènes du futur spectacle. Ensuite, le travail textuel venait à la rencontre de ces partitions physiques. Gabriel nous proposait des thèmes de recherche que nous préparions individuellement, puis ensemble. C’est ce que nous nommons« des actions ». Nous travaillions à partir de souvenirs vécus ou imaginaires, de rêves, d’observations, de poèmes, d’extraits de texte choisis, d’une photo, d’une image, etc. »
La période suivante s’est davantage tournée sur l’exploration de la voix. Des exercices inédits sont apparus ainsi que de nouvelles collaborations comme avec le compositeur Bruno de Franceschi qui a écrit la musique et les chants de plusieurs spectacles. Corps et voix étaient au centre de nos entraînements.
« Nous avons travaillé plusieurs fois avec la HEM de Genève et intégré des musicien·nes et chanteur·euses lyriques dans différents spectacles: « Mack is coming back » d’après Macbeth, « Nous sommes tous des petits suisses dadaïste », une création autour des petits suisses dadaïstes et « Le paradis non merci ! », un projet autour des 7 péchés capitaux. Ces rencontres se sont mutuellement enrichies des pratiques de chacun·e, avec un résultat mêlant la voix chantée et parlée. Une période très stimulante. »
Puis, un troisième volet s’est ouvert sur le texte où le langage devient matière physique à explorer, au même titre que le corps et la voix. Les mots sont désormais reconnus comme une texture sonore. « En abordant des auteurs comme Samuel Beckett, Valère Novarina, Heiner Müller, Gherasim Luca et d’autres, notre rapport au texte et à la langue a changé. Davantage de liberté, de risque, de poésie, de musique et une autre écoute. Le champ exploratoire devient plus vaste. »
« Tout au long de l’année, Gabriel, à travers le SAT, propose des rencontres régulières avec les acteur·ices de la compagnie afin de poursuivre et renforcer ce langage commun. La particularité de la démarche de Gabriel est que chacun·e est l’artisan de sa propre partition. Lui nous accompagne, nous guide tout au long de la période de création et s’empare ensuite avec justesse, de mon point de vue, de tous ces matériaux pour le montage final du spectacle, tel un bâtisseur. Le résultat est le fruit d’une riche collaboration entre nous toutes et tous. »
Le groupe du SAT s’est modifié au long des années, des personnes arrivent, d’autres partent, certain·es font un bout de chemin, d’autres encore viennent découvrir la méthode de travail puis s’en vont. Parfois l’alchimie n’opère pas… Ainsi va la vie d’une compagnie. Clara a longtemps partagé, la scène avec le comédien José Ponce. « Quartett » d’Heiner Müller ou encore la première version de « l’Origine Rouge » restent des souvenirs artistiques palpitants. Aujourd’hui, c’est avec Justine Ruchat qu’un autre duo complice s’est formé dans le travail depuis déjà presque 10 ans.

Cleopatrasse Giovani Testori 2023 © Elisa Murcia Artengo
ARTAMIS - LE GALPON - LA CONSTRUCTION D’UN THÉÂTRE
A cela, s’ajoute le Galpon!
La vie de Clara semble être composée de strates qui se rejoignent, s’entrecoupent, s’assemblent, tout en gardant chacune leur place et sans pour autant s’étouffer.
« L’aventure du Galpon est complexe, car vie privée, professionnelle et sociale s’entremêlent au point que j’ai parfois de la difficulté à isoler un aspect de l’autre »
Pour Gabriel, sans lieu, il n’y a pas de théâtre. L’espace est la première nécessité, un endroit pour rechercher, pour travailler et pour partager tout cela.
Fabien Piccand, connu sous le nom d’artiste Pix, fut à l’initiative du projet d’Artamis et de la réhabilitation de la friche industrielle de la Jonction. Un lieu autogéré, dédié aux arts. Le projet débute en 1996, après une occupation du site. « Gabriel et moi entendons parler du projet et décidons d’y participer. La suite nous la connaissons : occupation du lieu, confrontation avec les forces de l’ordre, négociation, accord entre la ville et l’Association Artamis, puis signature d’une convention de prêt-à-usage. Et débute une incroyable aventure qui va durer 12 ans ».
Lise Zogmal, comédienne à cette époque au sein du SAT, s’associe dès le départ à ce nouveau collectif. Très vite, l’équipe du futur Galpon s’enrichit de Nathalie Tacchella, danseuse et chorégraphe, ainsi que de son compagnon, le marionnettiste Padrut Tacchella. Les deux compères sont alors à la recherche d’un lieu. Ensemble, ils et elles créeront deux plus tard l'Association du Galpon. Laure Chapel se joint à l’aventure au niveau administratif. Nathalie et Gabriel prendront très vite en main la gestion et la direction du lieu, accompagné·es sur la durée par des membres des compagnies permanent·es, ainsi que de nombreux bénévoles enthousiasmé·es par ce projet.
Nous mangions « Galpon », matin, midi, soir, la nuit et dans les rêves. C’était à la fois trop, et en même temps fabuleux.
Le choix des espaces a lieu et pour le théâtre en devenir, une grande halle utilisée autrefois au sablage des machines et un entrepôt de réverbères lui sont dédiés. Clara se plonge coeur et âme avec ses collègues dans l’initiative de créer ce premier Théâtre du Galpon. « Il y a eu un travail titanesque pour rendre l’espace utilisable. Tout était à inventer et à construire : salle de répétition, théâtre, foyer et buvette, atelier de construction.. Nous mangions Galpon, matin, midi, soir, la nuit et dans les rêves. C’était à la fois trop, et en même temps fabuleux. »
Un premier spectacle a vu le jour en hiver 1996, intitulé "Blizzard" par les compagnies de L'Estuaire (de Nathalie Tacchella) et "A hauteurs des yeux " (de Padrut Tacchella). S'ensuivront 12 saisons avec des créations à foison jusqu’à la fermeture du site à l’automne 2008. « C'était une période culturelle très riche, avec en plus, malgré toutes les complexités du site, un incroyable brassage de personnes, d’un point de vue générationnel, social et culturel. Il faut tout de même l’avouer : vivre ensemble, cohabiter avec toutes nos différences et intérêts divers n'était pas de tout repos, loin de là !!! » (Rires)
« Nos vies ont vraiment été mêlées à Artamis durant toute cette époque. Sans pour autant y dormir, le Galpon était notre maison. Nos vies étaient interdépendantes de ce lieu. Nous en parlions tout le temps. Il y avait des réunions en permanence, pour le Galpon mais pour Artamis également. Des événements s’organisaient conjointement aux autres entités. Sur le site, se trouvaient un mur de grimpe, une imprimerie, la salle de concert le Piment rouge, la Halle 52, notre théâtre, une cyclo-messagerie, un coffee shop qui a fait couler beaucoup d'encre dans la presse à cette époque, et encore mille et un projet! Les fins de semaines, Artamis devenait un lieu festif, où les jeunes et moins jeunes se côtoyaient. »
LE GALPON AU BORD DE L’ARVE
« Parfois je me questionne, est-ce que j’aurais continué le théâtre si je n’avais pas été embarquée dans cette aventure d’Artamis et du Galpon? J’ai adoré cette expérience. A nouveau, il s’agissait d’un collectif. Et mes actions au sein du théâtre et de la compagnie possédaient du sens, ce qui est toujours le cas avec le nouveau Galpon, mais dans un cadre plus calme.
« Je suis celle qui pallie au pratique, qui va organiser des repas, prendre soin du Galpon comme si c’était ma maison. Je n’ai jamais revendiqué une autre place. Et je n’ai aucune compétence en matière administrative ou technique. Il y a des personnes bien plus compétentes que moi pour celles-ci. Le Galpon a pu engager du renfort pour gérer le nouveau lieu au bord de l’Arve. Des collègues qui tout en étant salarié·es ont adhéré à l’esprit de la maison, ont investi et investissent encore de leur temps pour l’association. »
Ce ne sera qu’en 2011, trois ans après la fin d’Artamis, et grâce aux forces réunies de ses membres, que le Galpon se reconstruit un écrin au bord de l’Arve. Celui que nous connaissons désormais.
« Je ne me lasse pas de l’atmosphère de ce lieu, entouré de nature. Nous avons beaucoup œuvré pour son existence. Je dis toujours merci à la vie et surtout à Gabriel avec sa ténacité légendaire, sa capacité à soulever des montagnes contre vents et marées, à Nathalie pour son travail colossal administrativement parlant et à toutes les personnes qui ont prêté mains fortes… Oups, un peu d’émotions je crois ! Mais c’est bon de le dire, puis voir ce lieu profiter à tant de monde, c’est magnifique.» « Une image très forte est restée gravée en moi. Je me revois un après-midi face à la structure métallique d’une halle provenant d’Artamis et remontée sur le lieu actuel du Galpon (une idée géniale de l’architecte Alain Vaucher, membre d’Artamis). Devant, un unique tas de sable. Se voyaient au travers de cette structure, la forêt et une partie du Pont Butin (Rires). Pas de mur, pas de toit. J’ai alors regardé Gabriel et lui ai demandé « Mais tu crois qu’on va y arriver?» Ce jour-là, j’ai senti l’ampleur du projet et l’angoisse qui va avec ! »

Cleopatrasse Giovani Testori 2023 © Elisa Murcia Artengo
LES PROJETS À L’EXTÉRIEUR
« Je me considère plutôt comédienne qu’artiste, dans le sens où ce dernier donne naissance à des créations. Mes idées vont naître de l’impulsion de l’autre», déclare celle qui met en scène un bon nombre de spectacles amateurs, à l’imaginaire foisonnant. Puis elle revient sur ce qu’elle dit en se demandant si ce n’est pas plutôt de la paresse ou un manque de confiance et finit par déclarer en riant « je suis un être complexe ».
Tout au long de son parcours de comédienne et des cours de théâtre qu’elle donne, Clara partage la scène au sein d’autres compagnies romandes. Elle respire un instant ailleurs, va se nourrir d’autres rencontres, pour revenir ensuite avec d’autant plus d’entrain dans la compagnie du SAT. Pour n’en citer que quelques-unes, elle rencontre l’univers des marionnettes en travaillant au Théâtre de Marionnettes de Genève sous la direction de Pierre Mifsud, Guy Jutard, Isabelle Matter. Au théâtre, elle joue, entre autres, avec les compagnies 100% Acrylique, Ecart, Apsara, La Dolce Compagnie, l’association Arcodis.

© Ivan P. Matthieu
CLARA ET LE THÉÂTRE
Quand je vois un spectacle, il m’arrive de m’exclamer intérieurement « C’est cela, vivre! Comme si, à cet instant, plus rien ne m’importe, plus rien n’est grave, car la vie est là, sur scène.
« Je pense que le théâtre me permet de vivre. Quand je vois un spectacle, il m’arrive de m’exclamer intérieurement « C’est cela, vivre! Comme si, à cet instant, plus rien ne m’importe, plus rien n’est grave, car la vie est là, sur scène. Parce que la vraie vie peut être si violente, ardue, chiante, très belle aussi, mais si laborieuse. L’espace du théâtre, en tant que comédienne et spectatrice me permet de traverser l’existence. Affirmer cela est peut-être un peu bateau mais c’est ce que je ressens.»
LES 40 ANS DE LA COMPAGNIE DU SAT
Cet automne se fêtent les 40 ans de la compagnie du SAT, ainsi que les 30 ans du Théâtre du Galpon. A cette occasion, des pièces de Novarina, créées et jouées précédemment par la compagnie, seront reprises. Une manière de rendre hommage à cet auteur incroyable, décédé en début d’année. Parmi elles, « Le repas », créé en 2010, rejoué en 2016, est un solo interprété par Clara, où les spectateur·rices sont convié·es autour de la table, avec des interventions de l’artiste plasticien et culinaire Cyril Vandeubeusch.
« Il s’agit d’un repas de mots, d'une langue qui se digère, qui s'éructe, qui se vomit, qui se mâche. (Rires). Plus concrètement, ce texte est un questionnement et une critique sur la manière dont nous mangeons ce monde, au sens propre et figuré. Je me réjouis de cette reprise : partager la langue de Novarina à table est une expérience unique. »
Se jouera aussi « L’Origine Rouge », une re-création avec Justine Ruchat et Clara Brancorsini où il est davantage question du temps et de l’espace, de qui nous sommes en tant qu’humain·es. Une phrase de la pièce, chère à Clara car « si tendre et cynique à la fois », donne un aperçu: « Si vous trouvez un jour la planète Terre, écrivez-moi dessus cette pancarte: Au confort Humain. » Mais encore « Menez une vie à quatre épingles est une mort lancinante »,« J’ai mal à ma vessie cervicale, ma tête obtient ses opinions par opinion », Bon j’arrête, me dit-elle ! »
Les deux spectacles auront lieu entre le 1er et le 10 octobre au Théâtre du Grütli. « L’Origine Rouge » sous le titre « 1+1 Ergo 3 » sera ensuite repris pour trois dates au Théâtre du Galpon du 30 octobre au 1er novembre dans le cadre des 40 ans de la compagnie du SAT. La compagnie continuera ensuite sur sa lancée avec « La Grande Beuverie » du 17 au 29 novembre.
Clara vous attend avec impatience…
Solange Schifferdecker est diplômée d’un Bachelor à l’Accademia Teatro Dimitri. Elle complète ses études en théâtre physique à l’Académie Universitaire JAMU en République Tchèque. Elle est créatrice ou interprète. Son travail et ses projets partent toujours du corps, incorporant le Body-Mind Centering© dont elle est diplômée. Ils tendent ensuite vers la danse ou la parole, avec une attention particulière à l’esthétique. Depuis 2024, elle enseigne à l’Ecole Professionnelle de Théâtre de Rhône.