Festival d’Avignon: de mal en Py

Face à la pandémie de Covid-19, le directeur du Festival refuse de s’avouer vaincu. « Inquiet mais pas complètement pessimiste », comme il l’a déclaré à France-Inter, Olivier Py a présenté ce mercredi 8 avril sa programmation tout en évoquant un éventuel « décalage des dates ».

Photo page d’accueil. Crédit: Marianne Casamance. Own Work

Le constat est irrévocable. Il faut près de deux mois pour monter la scène et les gradins de la Cour d’honneur à Avignon. Certes, en faisant un gros effort, et si les techniciens ne comptent pas leurs heures, ce délai pourrait être réduit de quelques jours. Ce qui, étant donnée la date d’ouverture prévue du festival, le 3 juillet, nous amène à début mai et plus précisément au 4 selon Olivier Py.

Début mai, donc. Qui peut croire que la situation se sera alors suffisamment améliorée pour que les équipes techniques travaillent dans des conditions sanitaires valables ? Et que dire des répétitions, impossibles en l’état actuel de confinement ? De la présence des compagnies issues d’autres pays (60 % des spectacles prévus viennent de l’étranger) ? Sans oublier le plus indispensable : le spectateur. Un spectateur encore traumatisé qui aura sans doute et à raison quelque réticence à l’idée de se mêler à ses pairs.

Pourtant, Olivier Py n’en démord pas. « Nous avons encore la possibilité de faire le festival, a-t-il expliqué sur les ondes de France-Inter. Bien évidemment, si les autorités sanitaires nous disent qu’il n’y aura pas de déconfinement au mois de mai et pas de rassemblement possible au mois de juillet, alors on ne pourra pas le faire. Mais pour l’instant, au 8 avril, on peut encore espérer ». C’est un peu court ont dû lui assurer ses proches puisque, lors de sa conférence de presse intervenue plus tard dans la journée, le directeur d’Avignon a précisé : « Il est bien clair qu’il ne s’agit pas de mettre en danger la population »

Ce qui se joue, ce n’est pas seulement l’annulation d’un festival (13 millions de budget dont 50 % de recettes propres) dont l’existence même serait alors remise en question. Ce sont plutôt les conditions d’annulation : si le directeur et metteur en scène annule de son propre gré, alors il devient directement responsable de la débâcle financière, tant auprès des artistes que des… assurances ! En revanche, si la décision vient des autorités, il est dégagé de ses responsabilités. Il pourra en outre se poser en défenseur des intermittents, ce dont d’ailleurs on ne peut douter.

D’autres considérations, moins nobles celles-ci, interviennent : le festival est une manne financière pour la ville d’Avignon et, plus largement, pour la région. En 2003, lorsque le Ministre de la culture de l’époque avait pris la décision d’annuler la 57e édition du festival, suite au conflit avec les intermittents, la ville avait du faire une croix sur 23 millions d’euros de retombées économiques, dont 8 millions de retombées directes (billetterie, hôtellerie, restauration principalement) et 14,8 millions d’indirectes (achats divers liés à la présence de festivaliers). La ville s’était employée en outre à éponger une bonne partie des dettes de l’association organisatrice. Cette fois-ci, vu la catastrophe économique qui se profile, ce sera sans doute impossible.

Du côté du Off, on veut aussi continuer de croire à la tenue du festival. Et tant pis si celui d’Edimbourg, qui se déroule pourtant en août, a décidé de passer son tour. « Chaque pays a son fonctionnement, chaque festival sa particularité », plaide Nikson Pitaqaj, le vice-président d’Avignon festival & compagnies. Tout en précisant que « maintenir le Off pour les compagnies pourrait s’avérer dramatique, voire impossible ». Drôle d’exercice qui confine au grand écart. Car, au-delà de l’aspect sanitaire, chacun des 5000 artistes et techniciens qui participent au Off a sa petite idée sur la question. Il y a ceux qui veulent que le festival soit annulé le plus vite possible, pour limiter la casse financière, et ceux qui, au contraire, pensent que c’est un devoir d’être au rendez-vous pour le public. Un argument dont on a mesuré plus haut les limites.

Quoi qu’il en soit, les réactions ne se sont pas fait attendre sur les réseaux sociaux. Olivier Py y est qualifié de « bobo », de macroniste qui pratique le « en-même-temps », d’irresponsable. Ce qui n’a pas empêché ce spectacle surréaliste : une conférence de presse en ligne sur fond de gazouillis, avec des metteurs en scène qui tentent de garder la sérénité nécessaire pour parler de leur projet. Quant au thème de cette 74e édition, Olivier Py n’oublie pas de préciser qu’il a été déterminé il y a plus d’un an : « Eros et Thanatos ». N’aura-t-on donc le choix qu’entre ces deux extrêmes : l’amour du théâtre ou sa mort ? Réponse au prochain épisode.

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