Cinéma: l’Antenne romande se déploie enfin

Annoncée fin 2016, la section romande de l’ARF-FDS, qui défend les intérêts des scénaristes et des réalisateurs suisses, s’est constituée formellement le 25 juin dernier. De nombreux chantiers l’attendent.

Pas loin de six décennies. C’est ce qu’il aura fallu à l’ARF-FDS, dont les origines remontent à 1962 (voir encadré ci-dessous), pour porter sa section romande sur les fonts baptismaux. Après tout, il n’est jamais trop tard pour bien faire et c’est, en quelque sorte, un juste retour des choses puisque l’association initiale comprenait une grande majorité de réalisateurs romands.

En collaboration avec sa grande soeur tutélaire, l’Antenne romande s’est fixée pour mission de “représenter et défendre les intérêts des scénaristes et réalisateurs.trices romands.es auprès des institutions romandes”. Autant dire que les 93 membres – dont les 8 membres élus du bureau – ne seront pas de trop pour porter la voix de professionnels du cinéma qui ont parfois le sentiment de “ne pas exister”. C’est du moins ce que déclare le réalisateur scénariste François-Christophe Marzal, l’un des membres du bureau de l’Antenne romande. “Les combats, précise-t-il, c’est avant tout d’exister, d’être enfin reconnus par les autres entités (Cinéforom, SSA, etc.). Ce que nous voulons, c’est défendre les droits d’auteur et une égalité de traitement”.

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Ce sont des métiers qui parfois font rêver. Surtout dans une époque où les séries imposent leur loi. Qui ne s’est jamais senti titiller par une idée de scénario, un truc “génial” auquel personne n’avait pensé jusque là, un “pitch” révolutionnaire? Bref, une mine d’or qu’il suffit d’exploiter, caméra ou smartphone en main, pour qu’aussitôt la gloire et la fortune se pointent à votre porte.

La réalité, on s’en doute, est très différente. Comme en témoigne une enquête menée en janvier 2020 par l’ARF-FDS, scénaristes et réalisateurs.trices suisses ont surtout en commun d’avoir à affronter les dures lois du marché et, avec elles, la précarité financière. A l’exception de celles et ceux qui font dans la fiction TV, et qui peuvent atteindre un revenu mensuel de plus de 10’000 CHF.-, les autres naviguent plutôt autour des 3’500 CHF.- . Bref, comme dirait l’autre: “C’est encore loin Hollywood?”

Dans ce contexte, la création d’une antenne romande de l’Association suisse des scénaristes et réalisateurs.trices n’a rien d’un caprice. Pour François-Christophe Marzal, à qui l’on doit le récent Tambour Battant, elle se justifie par “la spécificité romande” et “un dérèglement de la gestion des droits SSA des scénaristes qui a abouti à une baisse de 50% des revenus (ndlr: il s’agit en fait d’une baisse provisoire des tarifs “provisoires”, due aux aléas des programmations télévisuelles, affaire complexe sur laquelle nous reviendrons prochainement)”. “Cela a demandé un temps de maturation, explique-t-il, mais il y avait une réelle volonté de se structurer”. Parler comme un seul homme, ou une seule femme, c’est s’assurer un écho plus ample auprès des différentes institutions liées au cinéma suisse. C’est aussi, pour le réalisateur-scénariste, poser la question des “grilles salariales” et prendre part aux décisions.

“Avec 93 membres, nous sommes très représentatifs des professionnels suisses romands, se réjouit-il. D’autant plus qu’il n’y a pas de cotisation, ce qui laisse la porte ouverte et notamment à la relève”. “L’Antenne romande de l’ARF/FDS se veut également un lieu d’échange, de conseil et de soutien entre les scénaristes, les réalisateurs, les producteurs et les partenaires financiers, mais aussi, et c’est un point important, entre les réalisateurs confirmés et la relève”, indique ainsi le communiqué rédigé par le bureau de l’association. “Scénariste, c’est un métier assez solitaire, poursuit François-Christophe Marzal. On se voit assez peu. Il est important d’intégrer les scénaristes junior à nos réflexions”.

Sur les actions que l’Antenne compte mener, les choses se préciseront dans les mois à venir: “Actuellement, on prend nos marques, constate François-Christophe Mazal. Nous sommes en phase de structuration”. Reste qu’il n’hésite pas à utiliser le terme de “combat”. Comme si le scénario qui va se jouer relevait essentiellement de l’épique. Une lutte, oui, contre des forces obscures qui sont celles d’une économie confrontée aux défis du numérique. Et à celui, plus récent, de la Covid-19. “C’est un peu l’inconnu pour tout le monde, conclut le réalisateur. Les scénaristes ont été moins impactés mais, pour les tournages, ça va être compliqué…”

Les créateurs montent au créneau

Son premier nom a été “Association des réalisateurs de film”. Au début des années 1960, en 1962 très précisément, on appelle un chat un chat. Et puis il y a cette notion de “film”, qui implique l’usage d’un support matériel, cette bonne vieille pellicule que le numérique va dévorer. L’idée, c’est Walter Marti, l’un des protagonistes du “nouveau cinéma suisse”, qui l’a eu. Son pote Alain Tanner l’accompagne dans l’aventure. A leurs côtés, on trouve Henry Brandt, Claude Goretta, Jean-Louis Roy, Jean-Jacques Lagrange et François Bardet.

Pour devenir membre de l’association, il faut alors avoir réalisé un film “porté par une écriture personnelle et dont le travail témoigne d’une volonté d’expression cinématographique”. En clair, être un créateur, par opposition aux producteurs qui ont des soucis d’un tout autre ordre. L’union fait peut-être la force mais elle réclame aussi de la patience. Il faudra attendre 7 ans pour qu’une aide au cinéma de fiction voit enfin le jour.

En 1967, l’association compte 13 réalisateurs, dont June Kovach, qui est la première femme a être admise dans l’auguste mais très masculine assemblée. A l’époque – un an avant 68 et son fameux festival de Cannes – le marché du cinéma n’est pas très favorable à la diffusion de films d’auteur auprès d’un large public. Notamment à cause du monopole de la “Filmmarktordnung”, en vigueur depuis 1935, qui veille au grain.

C’est finalement à l’aube des années 1970 que les choses vont s’arranger. Le fameux “Groupe 5” y est pour quelque chose. Dix ans plus tard, l’ARF parvient à faire fi de la barrière de rösti pour solidariser les cinéastes romands et alémaniques. Depuis, et malgré pas mal de bisbilles avec l’OFC, le dialogue est maintenu. On peut découvrir tout cela – et de jolies photos avec – dans “Au milieu du temps”, un ouvrage publié à l’occasion du cinquantenaire de l’association.

Infos: https://www.arf-fds.ch/documents/?lang=fr

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